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LE SOCIALISME ET LA QUESTION AGRAIRE

I — Le socialisme, jusqu'à Theurè présente, ne semble pas s'être préoccupé suffisamment de la question agraire, ou du moins il n'a pas réussi à proposer, pour elle, un système de solutions coordonnées, à la fois logiques et pratiques. C'est ici surtout que se sont affirmés les courants contradictoires, les flottements, les hésitations. Il n'est pas sans intérêt, — (la matière n'étant plus aussi neuve et une abondante documentation ressortant des débats des congrès allemands et italiens, comme des ouvrages de Gatti (1), de Kautsky (2), etc.), — de dégager quelques principes.

L'évolution agricole dans la société moderne, ne s'est pas accomplie avec la même rapidité que l'évolution industrielle. Les progrès techniques, les

(1) Socialisme et Agriculture, — Paris, Giard et Briére. (î) La Politique agraire, — Paris, Giard et Briére.

transformations de routîUage, qui ont bouleversé la production manufacturière, n'ont pas modifié aussi brutalement l'aspect des cultures. Le machinisme, même dans les contrées les plus favorisées à cet égard, est loin d'avoir acquis aux .champs la plénitude de son rôle. Les publicistes conservateurs ont voulu de là déduire une condamnation intégrale des thèses marxistes, et conclure qu'elles ne pouvaient en aucun cas s'appliquer à l'histoire du sol arable. Ignorance ou mauvaise foi, ils ont abouti à des exposés, que les faits les plus évidents contredisent chaque jour. Le capitalisme prévaut dans le bien-fonds comme à l'usine ; à la campagne comme à la ville, se constitue, en opposition avec la classe propriétaire, un prolétariat misérable ; partout s'installe l'appareil mécanique et s'accentue la concentration ; seulement le mouvement n'est pas uniforme : accéléré ici par la nature même du milieu, il est ralenti, la, par un ensemble de conditions économiques et historiques, qui forment autant d'obstacles.

Même dans les parties de l'industrie, où la structure capitaliste a poussé, dès la première heure, les plus puissantes racines, les structures antérieures ont laissé des vestiges, plus ou moins importants. Jamais un système de production ne disparaît d'un seul coup, et il n'est pas nécessaire, pour que croule

un état ou un régime de propriété déterminés, qu'ils soient arrivés à complet développement. Selon toute vraisemblance, de petits ateliers ou de petits magasins subsisteront jusqu'à l'heure de la socialisation : en réalité ils n'auront plus que les appa« rences de l'autonomie, et ceux qui les détiennent, ne seront que des patrons nominaux, mais leur maintien fera pourtant échec à l'absolutisme des doctrines.

Cette observation était nécessaire pour refouler les prétentions des économistes, qui tirent argument de la résistance de la petite propriété rurale. Celle-ci se survit avec une extraordinaire opiniâtreté, sans cependant qu'elle puisse infliger un démenti aux prévisions du socialisme. Si le capitalisme s'y développe moins vite qu'ailleurs, c'est que jusqu'ici, il a trouvé dans l'activité usinière une productivité supérieure, qu'il s'y est heurté à une routine moins invétérée, et qu'il n'a point eu à y lutter avec la matière, les conditions atmosphériques, la nature, etc.

La terre, même fertilisée, travaillée avec soin, enrichie par des sacrifices répétés, n'a jamais donné les mêmes rendements que l'exploitation minière, les textiles, la métallurgie, le commerce ou les transports. 11 n'est point étonnant que dans les cinquante ou cent années^ qui ont

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SQÎvî radaptation des iBachioes à la fabrication, les capitaux accamulés se soient déversés de préférence sur les entreprises, qui fournissaient les dividendes les plus élevés. Il en coûtait moins de . créer, de toutes pièces, une industrie, affranchie à Torigine des concurrences ruineuses, que d'acquérir un domaine cultivable, et de lui appliquer les améliorations capables d'engendrer un revenu égal. Mais aujourd'hui la situation s'est -renversée ; les crises périodiques qui fondent sur la manufacture, les menaces perpétuelles d'engorgement poussent les possédants à déserter un mode dactîvité devenu aléatoire, et ils ont tendance à se retourner vers Tagriculture. En très peu d'années, roiilillaije mécanique peut atteindre, dans le milieu rural, à un degré d'expansion inouï, et révolutionner intê::!jralement la propriété terrienne. A de multiples indices, il semble que cette période nouvelle doive s'ouvrir.

II. — La conquête des travailleurs des campagnes est une question capitale pour le socialisme, dans la plupart des contrées civilisées. Si le communisme peut fort bien triompher en Angleterre, avant que ridée n'ait débordé les enceintes urbaines, — les pavsans ne représentant que 12 ou 14 **/o de la population totale, — la même alfirmation ne saurait s'appliquer aux grands pays continentaux. L'Italie

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contient encore 60 7o d\igrîculteurs ; rAllemagne 35 °/o, la France 45 7o; au surplus, ce ne sont la que des moyennes, car pour s'en tenir à l'Empire germanique, où les agglomérations industrielles grandissent avec une célérité toute spéciale, la province de Posen et la Basse-Bavière fournissent actuellement un contingent supérieur à 58 -/o.

Le prolétariat conscient commettrait donc une très grossière erreur de tactique, s'il se bornait à répandre le concept socialiste parmi les ouvriers des villes, et s'il ne tirait pas une leçon de la répartition même des habitants, en chaque territoire. Les souvenirs du passé comportent d'ailleurs, en ce domaine, le plus sévère des enseignements, et à deux reprises des poussées insurrectionnelles ont été refoulées en France par les ruraux associés aux bourgeois. Ceux-là même qui écartent l'hypothèse d'une subversion violente sont plus intéressés que tous autres à l'assimilation des plébéiens de la vigne et du champ. Il faut dire hautement que tous les efforts demeu-» reront illusoires, tant qu'ils ne s'exerceront pas pas en dehors des chefs-lieux. A la vérité, l'importance de cette thèse a été universellement reconnue, mais les déviations de toute espèce, qui ont affaibli et dénaturé l'action du prolétariat^ ont ea

même temps exclu les vues précises et rationnelles du problème agraire.

D*aucuns ont éprouvé quelque découragement (levant Teffectif que conservent les propriétaires fpnciers en France, en Belgique, en Italie, en Bavière ou en Wurtemberg. Nous ne contesterons pas, — (et nous nous bornons, au reste^ à nous répéter), — que la concentration sopère moins activement dans le milieu agricole que dans le milieu industriel. Mais elle s*opère néanmoins, comme Kautsky l'a attesté pour TEmpire germanique, comme nous croyons l'avoir démontré pour la France (1). Ce serait aussi faire preuve de peu de jugement que de s'arrêter à l'extérieur des choses, et de ne point soumettre la propriété à une analyse au moins rudimentaire. Celui qui passe pour posséder un lopin de terre, n'en est pas toujours le vrai propriétaire, et le créancier hypothécaire détient souvent une part très supérieure du droit. La Hollande, pour une superficie totale dix-sept fois plus petite que celle de la France, portait sa dette hypothécaire de 1.100 millions en 1874, à 2.650 millions en 1895 (2). Gatti estime que chez nous 60 °/o des biens-fonds sont ainsi

(1) Les Étapes du Socialisme. (Chapitre intitulé « Critiques et conclu- Bions »). Fasquelle, 1903.

• (2) Vliégen^ Mouvement socialiste^ mars 1899.

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grevés, et îl évalue à 70 ®/o le contingent de la Belgique. Rien ne dénoncerait mieux la mainmise que la finance a exercée sur Tagriculture, avant de s*en saisir complètement, et de la transformer selon le mode capitaliste. Ce n'est pas tout encore : quantiié de gens, qualifiés par les statistiques officielles de propriétaires ruraux, ne possèdent que de maigres jardins ou des parcelles infinitésimales, qui ne leur assureraient même pas la dixième partie de leur subsistance. Mais ces arguments et quelques autres sont trop rebattus, pour qu'il convienne d'y insister longuement.

Mieux vaut s'attacher à la dépopulation ininterrompue des campagnes, qui atténue peu à peu la résistance opposée par le milieu rural au socialisme. Que cette raréfaction des éléments extraurbains soit due à la puissante fascination des villes ou à la crise agraire générale, ou à telle et telle cause, peu importe; elle constitue un fait. De 1876 k 1891, la France perdait 6 °/o de ses paysans convertis en ouvriers, petits commerçants, domestiques, etc., si bien que dans l'intervalle la balance se renversait au profit des cités. Aux Etats-Unis^ entre 1880 et 1890, le contingent agricole descendait de 50 à 44 «/^ ; en Allemagne, de 1848 à 1902(1), il fléchissait de 66 à 35 %; au Dane-

(1) Kautsky. — La politique agraire.

itinrk enfin, il s'abaissait, entre 1870 et 1890, de 77 à 70 ®/o. Toutes ces données sont très signi£Kcatives pour qui examine les conditions du pro« blême agraire.

Un premier cheminement, sinon du socialisme doctrinal, du moins de la révolte instinctive et des tendances au renouvellement, s'est marqué, au surplus, dans les dernières années, jusque dans les contrées où les populations agricoles semblaient les plus fidèles à la conservation sociale. Cet éveil est beaucoup moins imputaLle a une diffusion méthodique d'idées, à une propagande verbale ou impri-mée qu'à un atroce accroissement de l'insécurité, du chômage et de la misère. 11 s'est prîncipaleliicnt manifesté en France et en Italie.

Chez nous, de grands mouvements qui ont inquiété les pouvoirs publics, se sont produits dans le Languedoc et dans le Roussillon, au cours des hivers de 1903 et 1904. Les ouvriers vignerons d'une foule de communes ont proclamé la grève, organisé des syndicats, qui se sont eux-mêmes fédérés et associés à la Confédération générale du travail. Les premiers résultats obtenus ont stimulé les prolétaires de toute la région : comme les bûoiierons du Morvan, les journaliers du Midi ont stise soustraire à la lourde tutelle des propriétaires. Leurs groupements n'ont aucune analogie avec les

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»yndic2its agricoles, qui fonctionnent dans toute la France, et qui ont tâché de solidariser les grands agriculteurs et les moyens ou petits paysans.

En Italie, la poussée rurale a été autrement violente et féconde, puisque M. de Rocquigny (l),un conservateur, évalue à plus d'un million le chiflTre des membres adlliés aux ligues agraires. Le Congrèsnational de Bologne, en novembre 1901, réunissait 701 sociétés et représentait 145,000 adhérents, dont 57,000 pour la seule Emilie. En 1903, la fédération provinciale de Mantoue comprenait 275 syndicats et 45,000 travailleurs des champs. Cette formidable organisation des ouvriers agricoles de la Péninsule, qui porte de plus en plus ombrage aux propriétaires et aux gouvernements, maïs que les répressions rigoureuses des dernières années (Berra, Putîgnano, Andria, Bucago, Candela, etc.) n'ont pas brisée, a réussi à relever un peu partout les salaires. Le 21 juin 1901, M. [Giolitti. avouait à la tribune de la Chambre, que les ligues avaient, en tin an, accru de 48 millions la masse des rémunérations payées aux journaliers. La grève a été et reste l'arme par excellence de ces groupe-, raents. Depuis le chômage de Molinella en Emilie (1893), les suspensions concertées du labeur sont

"(f)" De' Rocquigny. — Ligues et grèves dépaysant en Italie.

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devenues la pratique courante de la plèbe rurale. De 1901 à 1902, en 15 mois. Ton en a compté 660.

Il ressort de ces brefs développements que le prolétariat rural ne demeure pas indifférent, qu*il peut être utilement travaillé par le socialisme, et qu'il importe par suite de déterminer les bases générales d'un programme agraire.

III. — Les plans de conquête des campagnes que les partis ouvriers d'Europe ont dressés jusqu'à présent, semblent avoir méconnu, en général, les divisions de classe qui surgissent entre les cultivateurs ou fermiers, et les domestiques ou journaliers. Pour complexe que soit, en sa structure, la population attachée au sol arable, ^elle ne doit pas, plus que celle des cités, se dérober à l'analyse. Si le petit cultivateur et le fermier apparaissent en opposition d'intérêts avec les grands et moyens propriétaires, cette opposition se retrouverait sans difficulté dans le milieu industriel, qui n'offre pas une contexture rigide et simple. Mais ni le petit cultivateur, ni le fermier ne sont des prolétaires. Leur existence peut être dure, cruelle même; ils n'en détiennent pas moins une part de capital et échappent par suite à une assimilation avec les travailleurs, qui vivent uniquement de leur servitude. Le champ est un instrument de travail; il est aussi un capital, et ce double caractère n'a

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pas toujours sudQsammeiit frappé les socialistes.

C'est surtout au regard du problème agraire que de multiples déviations se sont produites dans la tactique, ou mieux dans la politique générale. Certes, il n'appartient pas aux tenants du communisme de réclamer l'expropriation violente et brutale des paysans, qui atténuent leurs cfTectifs ou qui subsistent avec peine ; mais il ne leur appartient pas davantage de défendre une catégorie sociale, qui se trouve nécessairement en antagonisme avec le prolétariat.

Cet antagonisme peut être envisagé sous deux aspects différents. D'un côté, les petits agriculteurs se distribuent une part du terrain cultivable qui est soustraite à la collectivité , comme toute propriété personnelle; de l'autre, les producteurs de blé, les vignerons, les éleveurs sont tentés de réclamer le maintien ou la majoration des droits de douane, qui consolideront leur revenu. Sans doute, nous ne parlons ici que des paysans qui vendent sur le marché, mais leur rôle est considérable encore dans quantité de pays. En prenant nettement parti pour eux, le socialisme s'expose donc à mécontenter à la fois les ouvriers des villes, dont la capacité de subsistance est menacée, et les ouvriers des campagnes qui sont assez ordinairement des non-propriétaires.

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. Ce n'est point là, au surplus, le seul péril d'un programme, qui prétendrait venir en aide aux petits détenteurs de biens-fonds, et par suite pro-' longer l'existence de cette fraction de classe, ou si l'on préfère, de ce résidu social.

Lorsqu'ils voient, dans le développement du coopératisme, le salut ou tout au moins un instrument de libération pour les petits cultivateurs, lorsqu'ils les engagent à s'associer pour faire front a la grande culture, les partis socialistes bâtissent sur le sable. La coopération ne pourrait aboutir, môme dans la plus faible mesure, que si ^Ue rassemblait des capitaux considérables et couvrait les améliorations profondes du sol, de plus en plus dispendieuses. Ses résultats ne sauraient être sérieux, que si elle s'adressait à des propriétaires disposant de ressources réelles, et capables de former un groupement solide. Mais, précisément, le socialisme est obli^ré de recourir a d'autres éléments. 11 cherche a puiser des recrues parmi les paysans, que guettent la saisie et la ruine, dont les biens sont hypothéqués, et qui vont perdre les derniers vestiges de leur liberté économique. Que si même ces ruraux, déjà totalement ou à demi expro priés, cherchent un remède à leur sort dans l'union de leurs énergies, leur entreprise seia d'avance condamnée. Ce ne sont point les faibles institu-

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lions de crédit agricole que TEtat moderne a dressées, et dont on vante à l'excès les services, qui permettront à la petite culture d'enrayer la concentration et d'échapper aux conséquences de la crise mondiale; en dépit de tout, la coopération ne reconslituera pas une classe de petits producteurs autonomes; elle leur vaudra une déception de plus, et le socialisme qui aura préconisé un moyen inutile, et par suite avoué son impérilie, portera, devant les ruraux, la responsabilité de son erreur. Il ne doit pas davantage s'attacher h Tintervcntionnisme, qui a pointé de toutes parts dans ses prçgrammes, au cours des quinze dernières années. S'il est juste et rationnel de requérir l'ingérence de la loi dans le domaine de la manufacture, dans l'organisation du travail usinier, c'est que la réglementation des heures de labeur ou de l'hygiène, ou la réparation des accidents, assurent des garanties rudimentaires au prolétariat tout entier. Même si la pression de la classe ouvrière sur l'Etat n'engendre que d'illusoires progrès, la condition des membres de cette classe n'en est pas aggravée. A rinverse, lorsque les socialistes revendiquent r étatisation des hypothèques ou tout autre intrusion de l'Etat, qui doit être favorable en principe aux cultivateurs peu aisés, ils abandonnent forcément la politique que leur dicte leur cowc.^'^X.Wck

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historique. Car ils augmentent, sans contre-partie et sans justification, la force de coercition de la puissance publique capitaliste, et en même temps ils mettent les ministres des Finances dans l'obligation d'accroître la dette, c'est-à-dire de lever des impôts supplémentaires qui pèseront, comme toujours, sur les prolétaires. Quant aux créances de l'Etat sur les terres grevées d'hypothèques, il est vraisemblable qu'elles s'exerceront malaisément, et si les agents financiers en viennent aux voies d'exécution, les paysans seront incités à imputer au socialisme une ruine^ dont toute la responsabilité remonte à l'évolution économique.

Quelques considérations qu'on puisse faire valoir contre la politique confuse et complexe, qui prétend servir à la fois les paysans propriétaires et les ouvriers des campagnes, il est indéniable que nombre de partis socialistes n'ont pas su conserver les distinctions nécessaires. Si même on laisse de côté le programme français de Marseille (septembre 1892), dont la critique a été maintes fois formulée, on doit englober dans la même condamnation le programme hollandais d'Arnheim (1897) qui admettait, à l'encontre de la décision d'Utrecht (1896), la solidarité des petits cultivateurs et des journaliers, — le programme du parti ouvrier belge, — le récent programme adopté par les

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Suisses, le programme bavarois de Regensbourg (1892) qui a été étendu ensuite à tonte l'Allemagne du Sud. Il convient de noter que le parti socialiste italien a repoussé, au congrès de Bologne, en 1897, les conclusions du rapport Gatti, trop favorables au coopératisme, et que la Social Démocratie allemande, en dépit des travaux d'une grande commission, et des débats survenus aux congrès de Francfort (1894), de Breslau (1895), etc., n'a pas réussi à élaborer un plan d'action général. A Breslau, on se borna à repousser, aux trois quarts des voix, les propositions des commissaires, « qui faisaient espérer aux paysans un renforcement de la propriété privée, et présentaient l'intérêt de la culture, dans l'ordre actuel, comme un intérêt prolétarien, — et qui de plus consolidaient l'Etat. » Donc, ou bien les partis nationaux demeurent sans politique précise, ou bien ils ont accueilli une méthode blâmable au regard de la doctrine, et du reste demeurée stérile, quant aux résultats.

IV. — Il importe cependant que le socialisme surmonte les difficultés du problème agraire, et qu'il ne manifeste pas plus longtemps son impuissance, devant les populations des campagnes. Ses devoirs vis à vis des petits paysans, voués à la prolétarisation plus ou moins rapide, sont extrêmement simples : il n'a ni à les sauver, ni à leur infliger uae

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ruîn^ prématurée. 11 ne pnent lefiivîsager que Tintérèt du prolétariat, inlérêt ideuticpie dans \e milieu rural et dans le milieu urbain. Certes, il aurait tort de ne point s'attacher au développement de la productivité, iqni précipite l'évolution économique, et qui accroît à la fois les facilités de "Subsistance de la plèbe salariée, mais il n'a point à rechercher si cette extension .du rendement agricole sert ou dessert momentanément la catégorie paysanne. Celle-ci ne saurait paralyser son action ou déterminer son attitude, car eHe échappera à son étreinte, tant xjue gardant une propriété même rétrécie et hypothéquée, elle conservera le caractère qui lui est propre.

Partant de ces principes, le programme des partis ouvriers ne prête pas à une longue discussion. Tout en poussant sans relâche l'agriculture, comme l'industrie, vers une étape supérieure, vers un perfectionnement de l'outillage, qui multipliera les produits et économisera l'effort humain, le socialisme embrassera la cause exclusive des journaliers et des domestiqués. Il revendiquera, pour eux, les améliorations partielles qu'il a obtenues, ou qu'il poursuit encore, au profit des salariés de l'industrie et du commerce. La réduction de la journée de travail, la protection des femmes et des enfants, les garanties contre la mauvaise hygiène,

l'institution et l'extension des assurances de toute nature^ etc., intéressent non seulement les prolétaires des citéSy mais encore ceux des champs.

De même que le communisme s^est dispensé de lutter pour sauvegarder la petite industrie, il doit s'abstenir de préserver, en agriculture, les couches intermédiaires. Les conceptions qui, — au lieu de présenter l'antagonisme comme inéluctable entre la plèbe ouvrière et la catégorie des propriétaires, dans le domaine agricole, — admettaient une certaine solidarité y — consacraient les erreurs et les déviaticMis, qui trop longtemps ont prévalu* Il ne s'agit point de constituer une démocratie rurale, cohue hétérogène et disparate, destinée à se dlisaoudire au choe des réaKtés économiques, mais de grouper^ dans des limirtefl. rigides^ un prolétariali de la terre conscient de ses devoir» distincts, et cap9d>le de seconder l'effort des travailleurs déjà agglomérés et éduqaéa des ateliers, des mine& et des transftorts.

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