‹ L'avenir du socialismeChapitre 20 sur 21 · LE SOCIALISME ET LA GREVE GENERALE · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME ET LA GREVE GENERALE

I. — La grève générale peut-elle et doit-elle être un des instruments de lutte du prolétariat contre la classe possédante? Ou en d'autres termes, les travailleurs seront-ils capables, a un moment quelconque, de briser leur servitude économique, en refusant leurs bras ? Le problème s'est posé à une date relativement récente, bien qu'on évoque ici certains souvenirs, d*ailleurs assez confus, du Chartisme anglais. L'intérêt qu'il offre est de tout premier ordre, non seulement parce que la classe ouvrière tient à connaître tous ses moyens d'action, mais aussi parce que des dissidences graves se sont élevées, au regard du chômage universalisé, entre les groupements politiques et les groupements corporatifs.

Au fur et à mesure que s'affirme la poussée syndicale, l'idée de la grève générale recrute des

l'avenir du sogialismb 293

adhérents nouveaux. Comme on Ta parfaitement montré, ce programme de combat n'a pas été élaboré par un penseur, façonné par une ou plusieurs individualités dominantes. Elle est le produit de la mentalité ouvrière elle-même, et si elle ne se recommande d'aucune métaphysique, elle répond à des considérations à la fois simples et logiques. A l'heure actuelle, ce mode d'attaque ou de résistance, comme l'on veut, a conquis les syndiqués de France, d'Italie, de Hollande, d'ailleurs encore. Beaucoup le saluent, a tort, comme la ressource unique, suprême et invincible des prolétaires. Certains autres, à tort aussi, le regardent comnie néfaste et inefficace. Ce qui est incontestable, c'est que Ton ne saurait écarter, comme nulle et non avenue, la ferme décision de centaines de milliers et de millions de travailleurs; c'est aussi que les salariés commettraient une faute grosse de conséquences, s'ils restreignaient volontairement leurs chances de succès.

Pendant des années, le socialisme politique a marqué, pour la tactique de la grève générale, une hostilité, une répugnance tenaces. Dans ces derniers temps, une évolution déjà notable s'est produite en ses rangs. S'il continuait à refuser au chômage concerté toute influence féconde pour l'émancipation totale, il admettait qu'il pût être utile e.\x.

«i«« cis lûuii.t3WBent déicrniioés : il consentait à r»«i<>pt«r o»iBiBe mmt procédure secondaire, aptfi t««t an mnint à dêconrager les tentatives de réacr tSo2. Ce ciiangesent qui tenait compte de certaias tait» kistoiiqnes, et «pi coïncidait avec un essor remarquable des gronpements syndicaux, n*a pas s^lisiait les chaaapîons dn pur syndicalisme. Ils r^pri<chent toii}oors aux comités dirigeants de la «irmôciÂtie sociale internationale^ leur modéran- ;î<nir. leurs prélerences pour les solutions parlenir utiles. legalitaires. transactionnelles. Nous âivai^eroi^s qu'a notre sens» des {M^ventions injusiiàre> subsistent, non point chez tous les socialistes •ics fractions politiques, mais chez beaucoup d'en- ::r eux. à l'endroit de la grève générale. La mé- L.'iice. vjii"ii> manifestent, est entretenue par l'excès wr c:»r.îijace. que marquent, en sens Inverse, les par- :^5aiis de cette méthode. L'exclusivisme des uns alimente Texclusivisme des autres. Il semble qu'une coiiception ditTérente de la lutte prolétarienne doive prévaloir : conception plus large, plus éclairée, plus soucieuse de s'assouplir à toutes les conjonctures, capable surtout de fondre les deux tendances en présence, et de rapprocher tous ceux qui sVntendent sur le but final.

IL — L'expression: grève générale, s'est adaptée à des mouvements de caractères divers. On

peut d' abord considéver la suapensioa d'activité d« le^t un coi^ps de métier. Pa? exemple, dans les dernières aniBée^, les mineurs de FraBce, de Belgique^ d'Autriche, ont désevté les puits, réclamant une augmeatation de sakdre, ou une réglementation légale du travail. En tous ces cas, les grévistes Sc'attaehaîent à des revendications professionnelles ^t d'étendifte limitée. Dans la même catégorie, se classent les chômages des transports qui ont éclaté en Italie, en Hollaade, en Suisse et en Australie.

On appelle encore : grèves générales^ les grèves qui englobent toutes les professions d'une grande cité, d'une région ou même d'un pays. Ici se présentent tout de suite les sauvenirs de Barcelone, de la Belgique, de la Russie du sud, de la Suède et de l'Italie. Mais il est nécessaire d'opérer une noivvelle subdivision, car certains de ces mouvements visaient purement et simplement des conquêtes politiques, tandis que d'autres demeuraient assez confus ou prenaient un tour révolutionnaire.

A dater de 1890, le parti ouvrier belge envisagea l'éventualité de la proclamation d'un chômage natia- *nal, au cas où la révision constitutionnelle ne serait pas adoptée par I9 Chambre des Représentants. Une première levée de 100, 000 mineurs, en mai 1891, • farçalesrésistaneesdeprincipe,maislell avril 1893, les députés repoussèrent, à une écrasante majorité,

296 l'aveniii du socialisme

rinstitution du suffrage universel. Alors le conseil général du parti invita les travailleurs à quitter l'atelier : 250,000 rompirent brusquement leurs contrats ; le sang coula à Jolimont, à Anvers, à Mons, mais finalement les représentants votèrent la motion transactionnelle Nyssens, qui consacrait le suffrage plural. Par contre, neuf ans plus tard , en avril 1902, les socialistes provoquèrent vainement une seconde poussée analogue, pour imposer leur formule du S. U., sans limitation ; bien que 300,000 citoyens eussent répondu à leur appel, le statut ne fut pas modifié.

Au printemps de 1902, 120,000 ouvriers suédois désertèrent les usines pendant trois jours, en revendiquant eux aussi le droit de vote pour tous. Les journaux cessèrent de paraître, et les tramways de circuler.

La dernière grève de Barcelone, organisée par les groupements libertaires, et qui fut comprimée avec une violence sauvage, tendait à renverser l'Etat et h bouleverser la structure économique. Elle échoua, parce qu'elle ne fut point soutenue dans le reste du pays espagnol, resté à un stade d'évolution industrielle très arriéré.

Quant au chômage de la Russie méridionale (été 1903) qui s'étendit de proche en proche et engloba 250,000 personnes, et à celui de l'Italie

(septembre 1904), qui entraîna un million au moins de travailleurs et l'emporta en ampleur sur tous les autres, ils confondirent les aspirations révolutionnaires, avec les protestations contre des faits particuliers. Le mouvement italien, issu du concert des Chambres du Travail et des comités socialistes politiques, et développé à Timproviste avec une extraordinaire rapidité, permit de mesurer toute la puissance que prendrait une brusque et intégrale suspension du labeur, en un pays déterminé.

On peut encore supposer que la grève, au lieu de demeurer enfermée dans des limites nationales, s'internationaliserait, et c'est a cette éventualité que songent les syndicalistes purs, lorsqu'ils acclament, dans le chômage volontaire, l'unique outil de transformation sociale.

III. — La grève générale n'est pas une construction plus ou moins idéale, une hypothèse aventureuse et sans fondement, l'invention d'une intelligence éprise de symétrie et de déduction abstraite. Sa portée est compréhensible pour les plus frustes et les moins capables de raisonnement prolongé ; ce qui fait la force du mouvement prolétarien, qui Ta choisie comme sanction et comme arme, c*est qu'il s'appuie sur des considérations de simple bon sens, à l'exclusion de toute théorie nébuleuse. D'une part, les travailleurs se rendent compte que

2M L*4V£N1B BB SOCIAU&SUB

des suspensions partielles du labeur leur ont valu des avantages, en imposant aux patrons le respect de certaines clauses : pourquoi tous les travailleurs» en s'unissant, n'imprineraient-ils pas un recul,. n'iniligeraîent-iU point un désastre au patronat envisagé globalement, donc au capitalisme dirigeant ? — D'autre part, l'organisation politique de rKtat» qui garrotte te prolétariat, est assise suc l'organisation économique; la bourgeoisie n'a d'autre autorité que celle qu'elle tire de sa pras-< }>érité industrielle ou agricole^ et sa fortune et\e~ même est iaite de l'exploitation des plébéiens, de l'appropriation du travail non payé. Pourquoi les prolétaires ne frapperaient-ils pas la société au cœur, ou refusant Je se laisser pressurer plus lonortomps, en tarissant partout à la fois les sources do la riohesse, en déclarant d'un commun accord qu'ils abolissent la suzeraineté de leurs maîtres ? Qu'on le remarque bien : la thèse de la grève générale ne va p^s à l'encontre des doctrines sur lesquelles repose le socialisme contemporain ; elle est on parfaite conformité avec l'ensemble des conolusious du marxisme. Elle présente, en outre, cet avantage de répondre a une profonde intuition populaire et de dépouiller toute complication oiseuse.

Mais le chùmage universel ne peut surgir brus-

qnement, comtuc tine TtsioH de féerie, par un sîmi^^-cmip dé baguette. Ses •conditions n'ont rien de mystérieux; elles peuvent, elles doivent être précisées, et ceux-là même qui préconisent <^tte gigantesque entreprise, n'eut jamais prétondu qu'elle ne dût pas être préparée par une laborieuse propagande. C'est uniquement sur le caractère de cette préparation que des divergences d'opinion sont susceptibles de s'affirmer.

Là grève générale ne peut réussir que dans une contrée de grande industrie, ou mieux de puissante •concentration financière et ouvrière. Si les prolétaires sont répartis entre d'innombrables ateliers, si les petits établissements constituent encore un effectif important, la tentative est fortement menlicée d'échec. Ce'Ia revient à dire que la grève générale sera la consécration, l'aboutissement d'une intense poussée syndicale, ou qu'elle apparaîtra d'avance frappée de stérilité. Là où les travailleurs ne sont pas encore mûrs pour le groupement, où ils se méfient les uns des autres, — où ils ne sentent pas la solidarité permanente de leurs intérêts, ils ne sauraient aspirer à rompre leur servage, eb déposant simultanément leurs outils. Le refus de labeur concerté ne pourrait donc être envisage qwe par les prolétariats, dont l'organisation est ^ëjà avancée, et soustraite aux vicissitudes q^oti-

300 l'avenu du socialisme

diennes. Nous ne voulons pas soutenir pourtant que la grève générale soit subordonnée à Tembriarademenl intégral des travailleurs d'une nation.

MdU pour qu'elle réussisse et engendre le ré- 9>ul:at escompté, il ne sudBt pas que l'éducation cor- {.oritive soit à peu près achevée ; il est indispensable auïsi que Téducation politique ait été conJlaite avec soin. La classe ouvrière doit con- :iai:r*» exactement les barrières qui entravent sa :iijrche. les complications administratives que la boa^^c^^>i^ie a accumulées , les formations mul^ tipîes qui se superposent dans l'État contemporain. Surtout, elle aura, pour obligation d'ébranler cet Etau par des assauts de chaque jour, jusque dans ses couches les plus lointaines. La grève générale r^-pre^cuter j I eiTort maximum des travailleurs coiitrt.' la classe capitaliste : plus aura été dissocié, Jisiuqut.'. secou-:^, le mécanisme de la puissance publique, et plus s'accroîtront les chances de succès. Vu eu revient ainsi de toute nécessité à Talliance des modes d'action. Replacé en son cadre loo-ique, ramené à des conditions évidentes, élaboré avec mêdio le, le cliùmage universalisé surnrit comme le plu> formidable, et aussi comme le plus élémenlairi^^^^S>a*'^*i'!> '1*-^ combat.

•ocialistes qui veulent condenser tout le rolélarien dans l'organisation et dans

l'atenir du socialisme 301

la propagande politiques, ont opposé à la grève générale l'argumentation suivante :

Elle doit réussir du premier coup, ou bien son échec déterminera un désastre écrasant ; elle est impossible, parce qu'elle privera les ouvriers euxmêmes de subsistances ; elle puise son origine dans l'enfance du communisme, et par suite ne saurait être défendue par un prolétariat adulle ; elle apparaît comme une ruse, comme un expédient destiné à entraîner les salariés, malgré eux, à la révolution violente ; elle est la révolution elle-même, et se rattache essentiellement au concept anarchiste ; si elle pouvait aboutir, c'est que le peuple serait mûr pour l'émancipation, etc.. ; nous passons certaines* objections ou considérations secondaires.

^[ous n'insisterons pas sur les contradictions qu'on peut relever entre ces diverses opinions, du reste souvent reliées en un même corps de raisonnement. Mais il importe d'examiner, une par une, les idées émises.

II. n'est pas exact que la grève générale, si elle avorte d'abord, entraîne un échec irrémédiable pour la classe ouvrière. On eût pu s'exprimer de même façon au sujet des émeutes ou insurrections, qui ont jalonné l'histoire du passé. Une tentative est brisée; une autre peut être plus heureuse, Lss^

302 Vnv^tRn, im 66cf&i;mB

vérité est que les salariés doîvenl se préparer h mieux possible, mais le résultat *setil leur apprcunlra si leur préparation était ^ffisante. Att sat^Ius, les quelqpoes chômages ëtei^das «wi gétiéraU^ë« aspn se sont produits «n <;es derniers temps, ne ^mblent pas avoir laissé derrière eux, en dépit de leurs issues fâcheuses, une dépression earaclêrrsée. La population de Barcelone n'a nullement été accablée par la victoire de Tordre; le parti oiM4er beîge continue son attaque comme avant 1902, ^t ponr prendre l'exemple le plus typique de tons, le mouvement italien de septembre 1904, a -engendré une poussée remarquable du socialisme. Alors que les votes obtenus dans la Péninsule, par les candidats réformistes ou révolutionnaires, étaient montés à 165.000 en 1900, ils ont atteint 287.000 quelques jours après la reprise du travail; et dans l'intervalle le gouvernement avait accentué son rapprochement avec les purs cléricaux, et surtout le réformisme avait démoralisé les ouvriers. Dans les deux provinces, où la cessation du labeur s'était le plus exactement opérée, la Ligurie et la Lombardie, la statistique enregistre, d'une élection a Tautre, des accroissements de suffrages de 00 ®/o et de

La grève générale imposera la misère k la classe ouvrière, mais elle comportera aussi la privation

L>V£N|R S^V SOCIALISMK $DS

de toutes choses pour les possédants. On suppose que ceux-ci, grâce à leurs accumulations de ri^ obesses^ pourront fai)re venir dfes denréea. Oa aublie seuleœ^eAt que le& transports seront suspendus caa^me Tensemble des industries^ que les riches se refuseront à vivre dans le froid, dans l'obscurité , àajia la suppressioiHi de toutes nouvelles, et que le seul spectacle du prolétariat levé en ntAsse, et unanimedans ses volontés, les astreindra à de. salutaires réflexions.

La grève générale a déjà hanté les ouvriers anglais, dans ta première lOtcâlié du xix^ siècle, a l'époque du Cliiartisme : le fait est exact. Cependant^ peu à peu elle a conquis les groupenients syndicjaux du continent, et pour l'immense majorité des prolétaires, elle se présente comme un instrument d'un manîment difficile, mais d'une incomparable vigueur. Il n'e^t pas indifférent que cette concep-^ tion se retrouve de la Belgique à la Russie, et de l'Amérique à l'Espagne, — ^et qu'habituellement éeartée par le^ dirigeants politiques du socialisme^ elle ait été accueillie d'instinct dans tous les pays, où. le machinisme se développe. Peu importe qu elle se soit déjà enracinée dans le passé, puisqu'elle s'adapte aux conditions économiques du présent, et qu'elle suit^ dans ses pirQgrès,les progrès mêmes de l'expansion capitaliste.

304 L'ÂVBNIB DU SOCIALISME

Les ultra-IégalîtaîreSy ceax qui attendent tout de la lente et méthodique éducation du suffrage, — ceux qui ne comptent ni sur les crises violentes de la surproduction, ni sur les coercitions éventuelles, et qui fixent toujours leurs regards sur les urnes électorales, assignent à la grève générale un carao tère anarchiste et la qualifient de guet-apens. Nous cherchons vainement à quel titre on la taxerait d'anarchiste, à moins qu'on ne veuille par là reprocher à certains socialistes de l'avoir abandonnée à d'autres. En réalité, le chômage universalisé ne relève d'aucune doctrine. Aurait-on l'idée d'attribuer ridée du chômage partiel à telle ou telle école communiste ? Et le prolétariat serait-il condamné a peiner sans relâche pour nourrir ses maîtres, ceux-ci n'ayant plus rien à craindre désormais que de la seule action politique, si aisée à briser, dès qu'elle est livrée à elle-même ? Par ailleurs, c'est faire injure aux prolétaires que de leur dénier toutes vues claires et complètes des conséquences de leur entreprise, et sans doute nul d'entre eux n'ignorerait, s'il s'associait à un refus de labeur concerté par tout un pays ou par plusieurs pays, les effets possibles d'une aussi colossale entreprise

Enfin, la dernière objection : « Si la grève générale réussissait, le peuple serait mûr pour l'affran-

chissement, et alors il aurait pu faire Téconomie d'une grande bataille douloureuse », ne saurait nous émouvoir. Il y a là une simple hypothèse ; les déductions purement abstraites n'ont de valeur que dans les livres, et au surplus, comment le prolétariat connaîtra-t'il, sinon par l'expérience, le degré de caducité et de dissolution de la société capitaliste?

Même succinctement examinée, l'argumentation des adversaires de la grève générale apparaît fragile et laborieuse. Mais sa faiblesse est encore d'autant plus évidente que les tenants de la légalité stricte ont eux-mêmes admis, en certains cas, l'éventualité d'imposants chômages.

V. — La grève générale est reconnue comme un acte licite, lorsque la classe dirigeante persiste à refuser l'extension des libertés élémentaires, ou à contrarier la pratique de la démocratie, — lorsqu'elle repousse l'universalisation du suffrage ou tâche de restreindre le droit de vote : en somme, la rupture du contrat du louage par la masse des salariés, serait digne d'approbation, si le statut politique était en jeu. C'est la consécration des tactiques qu'employèrent, en des occurrences que nous avons rappelées, les Belges et les Suédois.

Cette doctrine a été sanctionnée expressément par le congrès international d'Amsterdam, au mois d'avril 1904. Il convient de reproduire ici lai «s^^-

3ll6 l'4¥KSU bu &OC1AU9MB

lîon qui fut adoptée en ces assises solenaelles^ fâur 36 Toix contre 4 et 3 abstentions.

V Le Congrès, considérant quHlest désirable qm la démo»-ratie sociale se proiBonce sur la grève générale, que les conditions nécessaires ^ pour la réussite d'une grève de grande étendue, sont une forte organisation et une discipline volontaire du prolétariat;

u Déclare la grève générale, si Ton entend par là la cessation complète de tout travail à un moment donné, inexécutable, parce qu'une telle grève rendrait chaque existence, celle du prolétariat comme tout autre, impossible.

c( Coi^ sidérant que Témancipation de la classe ouvrière ne saurait être le résultat d'un tel effort subit, qu'il est au contraire possible qu'une grève, qui s'étendrait soit sur un grand nombre de métiers, soit sur les plus importants d'entre eux au fonctionnement de la vie économique, se trouverait être un moyen suprême d'effectuer des changements sociaux de grande importance ou de se défendre contre des attentats réactionnaires sur les droits des ouvriers, — avertit ceux-ci de ne point se laisser influencer parla grève générale dont se servent les anarchistes pour détourner les ouvriers de la lutte véritable et incessante, c'est-à-dire de l'action politique, syndicale et coopérative, et invite les

l'aVIUUR du SaCULlSM£ 3Q?

ouvriers à augmenter et à raffermir leur unité, en développait [leur organisatiou de classe, puisque de ces eonditions dépendra le succès de la grève pelitique, si celle-ci, un jour, se trouvait être néees-* saire et utile. »

. L'on doit rappeler qu'aucune des fractions socialistes françaises n'a souscrit à cette motion. Elle a le tort, tout d'abord, d'aller à l'encontre du courant d'idées, qui domine a l'heure présente le mouvement prolétarien. Elle offre, en second lieu, de multiples faiblesses. Si l'on admet les grèves très étendues, englobant les métiers les plus importants, ceux qui commandent tous les autres, et qui, en conséquence, les entraîneront dans leurs chômages, comment condamnerait-on la grève générale ? — Si cette dernière entreprise peut être utile, pour sauvegarder des libertés politiques ou pour élargir les prérogatives déjà acquises, comment serait-elle nuisible en tout autre cas ? La distinction ne Saurait agréer à personne. Il ne suffit pas de donner au prolétariat une constitution, une Chambre élue, iin ministère responsable, un bulletin de vote, ou encore la liberté de réunion ou la liberté de la presse; la classe ouvrière, dans le régime démocratique, comme dans tous les régimes qui conservent l'appropriation individuelle, souffre essentiellement de son servage économique, et l'on

voudrait qu'elle se levât pour obtenir des avantages préliminaires, mais non pour secouer son véritable joug ! Ce ne sont point là les uniques contradictions de la motion d'Amsterdam ; elle préconise encore l'action syndicale; or le chômage universalisé, n'est-il point l'arme suprême du syndicalisme, l'aboutissement logique de son effort?

Plus on étudie le problème, et plus on s'aperçoit que le socialisme politique, après avoir déjà évolué à cet égard, et repoussé les solutions plus strictes d'autrefois, sera contraint peu à peu de bannir ses dernières répugnances. Il ne saurait plus proscrire la grève générale qu'en rompant délibérément avec les groupements syndicaux, c'est-à-dire avec la masse du prolétariat. Déjà il a. dû s'associer en septembre 1904, à la tentative italienne, sous peine d\Ure débordé. Les avertissements ne lui manquent nulle part ; des tendances nouvelles se font jour dans ses rangs. Qu'il prenne garde,* en trop tardant, de se heurter, un beau jour, au fait accompli !

Page 1