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CHAPITRE II

CONFUSION ET RBDRESSEMBNT

1. — Dans sa récente autobiographie: Autour d'une Fie, Kropotkine a formulé cette opinion : «Il arrive souvent qu'un parti politique, après s^être proposé un but, et avoir proclamé qu'il ne sera satisfait que s^il atteint complètement ce but, se divise en deux fractions : l'une d'elles reste ce qu'était le parti, tandis que l'autre, tout en prétendant ne pas avoir changé un mot à son programme originel, accepte une sorte de compromis et se trouve entraînée, de compromis en compromis, très loin de son programme primitif, et devient un parti de réformes modestes et d'expédients )).

En évoquant le déroulement du dernier siècle, on pourrait, à chaque pas, vérifier cette constatation ; elle résume l'histoire de nos pires conservateurs catholiques qui, au retour de l'émigration, ne

restèrent pas unis dans rexéeutîon de leurs idées; elle résume l'histoire du libéralisme, non seulement en France, mais par toute TEurope — Thistoire du radicalisme, dont les schismes successifs et les dissidences innombrables ont entraîné la faillite morale anticipée; l'histoire du socialisme enfin, qui après s'être dressé comme l'expression des aspirations de classe, après s'être retranché derrière la plus hautaine intransigeance, à perdu son homogénéité, et parfois subordonné son action destructive à des considérations de banale politique.

A vrai dire, en examinant les origines de la démocratie sociale dans les différents pays, on s'aperçoit que ses divisions, ses oppositions profondes, remontent à des dates lointaines, — au début même de l'éveil prolétarien. En France, l'idéalisme des précurseurs ou des utopistes, Fourîer et Saint- Simon, l'humanitarisme de la génération de Juillet, Considérant, Leroux, Cabet, Louis Blanc, Pecqueur, s'accommodaient assez d'une entente des classes qui eût visé à l'abolition des abus et des iniquités. Si ces novateurs représentaient une foule ouvrière déguenillée, misérable, affamée, prête à tout pour conquérir sa nourriture, c'était simple artifice d'écrivains» En suscitant la pitié et en provoquant Teffroî, ils voulaient incliner les

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esprits a une transformation do régime économique, qui s'opérerait de par la bonne voIont4 générale. Ils n'accoeillaient l'idée d'une nouvelle révolution, d'une révolution non plus politique, mais sociale, que pour en tirer argument et pour l'éearter aussitôt. Après les hécatombes de Juin 1848 et de Mai 1871, le point de vue changea quelque peu, les événements eux-mêmes s'étant chargés de démontrer combien l'alliance de l'oligarchie dirigeante et de la masse dirigée était illusoire et dangereuse. Chez nous^ ce n'est pas du raisonne-* ment, de la froide et laborieuse étude du système industrialiste, qu'est résultée la notion de la lutte fatale : elle a été imposée dn dehors, par le caractère sauvage des guerres civiles. Et malgré tout, elle n'a pas réussi, en s'implantant, à chasser des esprits le vieil idéalisme, qui est à ta base de tous nos mouvements historiques, et qui survit aux contradictions les plus réelles. On l'a vu s'exprimer de nouveau, dans les vingt dernières années, en toute une série d'écrits socialistes^ qui s'inspiraient de la tradition do. 1840, et qui, prétendant substituer, au matérialisme marxiste, une philosophie plus complète et plus vibrante, ne pouvaient aboutir pratiquement qu'à affaiblir l'énergie de combat des ouvriers et a détournjer leur activité sur de trop nombreux objectifs.

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Mais ce n'est point en France seulement que le socialisme est issa de courants divers. Nulle part, en fait, il n'a été d'origine prolétarienne ; partout, avant d'étreindre la masse des ouvriers, il a été conçu par des penseurs, par des philosophes, qui sortaient de la bourgeoisie et, sans doute, le lecteur n'attendra pas que nous lui citions des noms ; or ces transfuges de la classe dominante ne pouvaient éliminer totalement de leurs cerveaux les thèses^ qui leur avaient été inculquées dès leur jeunesse. Marx et Engels, par le prodigieux elTort dé libération qu'ils ont accompli sur eux-mômes, surgissent comme de glorieuses exceptions ; mais Lassalle, avec sa tendance à se rapprocher du gouvernement, avec les vestiges de nationalisme, qu'il a traînés toute sa vie, contribua à imprimer à la Social Démocratie allemande un caractère qui a subsisté jusque dans les luttes les plus récentes. De même encore, il est indéniable que les écrits de la génération française de 1840 ont exercé une influence sur les Belges, sur les Suisses, sur les Italiens, et ralenti généralement l'essor des idées purement matérialistes. La notion de droit et de justice peut s'allier à la théorie de la concentration des capitaux ; mais elle peut aussi prétendre évincer tout concours étranger, et fonder à elle seule un système social. On en déduira également la méthode

de la lutte des classes, ou celle de la collaboratioB les classes ; et comme Fourier et Saint-Simon ont été lus dans l'ancien monde et dans le nouveau, comme souvent leur étude a paru moins complexe que Texamen de certains écrivains postérieurs, ils conserveront ici ou là une influence qui sera dissolvante ou stérilisante.

II. — Ainsi, d'une part, le socialisme mondial devait marquer la tendance à la division, qui a été le propre de tous les groupements historiques ; et d'autre part, il retrouvait dans sa jeunesse même, le germe de deux concepts ou de deux tactiques antagonistes. — Ou bien,d'accord avec le manifeste des communistes, il se ferait exclusivement prolétarien, il dresserait la foule ouvrière en face de l'oligarchie des possédants, sans distinguer entre ces possédants; il poursuivrait ses fins particulières, sans se juxtaposer à aucun autre mouvement politique ; il chercherait ce qui sépare les catégories sociales, ce qui les arme les unes contre les autres ; il façonnerait une conscience hautaine et ferme qui exclurait les petits moyens, les intrigues louches, les marchés où se perdent les partis les mieux organisés ; la route serait longue, pénible, hérissée de difficultés, et surtout il faudrait que le cadre fût assez rigide et assez résistant pour comprimer des impatiences légitimes ou des appétits méprisables. Entre l'op-

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timisme de certains et les convoitises de certains autres^ cette intransigeance superbe et nécessaire risquerait, à chaque instant, de sombrer. Mais quelle serait la puissance d'une masse toujours accrue, que n'entamerait ni l'altruisme, ni l'individualisme, et qui ne se heurterait aux mille obstacles de chaque jour que pour les briser sans effort, en aplanissant le terrain ? Ou bien encore, soumis à l'idéalisme des précurseurs français et à l'étatisme de Lassalle, le socialisme se bornerait à devenir le parti des améliorations sociales ; il confondrait, dans les mêmes rangs, les bourgeois férus d'humanitarisme et soucieux de toujours diriger, les conservateurs qui accompliraient la révolution pour éviter qu'elle ne fût l'œuvre d'autrui, et les travailleurs, qui marchant pour ainsi dire, entre deux lignes d'agents, ne prendraient jamais la notion d'eux-mêmes, ni la mesure exacte de leurs forces; ce socialisme serait amené invinciblement à nier la loi historique de la lutte des classes, à ne plus voir que des individus et des rapports individuels, là où palpitent des catégories sociales et où se débattent des relations collectives ; à l'armée organisée et dotée d'un ordre de route, il substituerait la cohue cheminant vers des buts mystérieux, sans étoiles et sans cartes; il se concilierait, il se combinerait tantôt avec le libéralisme, et tantôt

avec le radicalisme, et tantôt même, pourquoi non? avec le conservatisme le plus rétrograde, pourvu qu'il obtint un résultat immédiat, si imperceplible fût-Il; il effacerait tout ce qui divise, pour souligner tout ce qui rapproche ; quelle que fut la probité initiale, il serait acculé aux expédients. Soms couvert de collaborer avec les braves gens de toutes les fractions, les ambitieux qui fourmillent daas les groupements démocratiques avancés, — et qui s'y multiplient même d'autant mieux que les ambitions s'y donnent plus librement carrière, — trahiraient le prolétariat, et«elaî-cî, masse inerte, informe, inconsciente, ballottée entre les idées les plus disparates et les transactions les plus éhontées, retomberait à une ignorance et a une servitude pires que toutes celles du passé.

Telles sont les deux méthodes qui se sont offertes au choix du socialisme contemporain. On pevt dire que jusqu'ici, aucune d'elles n'a exercé- une séduction telle, qu'elle entraînât la classe ouvrière tout entière ; au contraire, chacune d'elles a trouvé ses adeptes, des adeptes nombreux et fervents, et de cette dualité d'action, de cet antagonisme de vues, est issu un long conflit, qui dure depuis des années, qui s'amortira peut-être pour quelque temps, mais qui renaîtra nécessairement dans l'avenir : il procède à la fois de la différence des for-

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mations historiques et de la dissidence des tempéraments.

Plus loin, dans un tout autre développement, non» aurons à reTenir sur un phénomène capital entre tous pour Favenir du socialisme : l'intrusion de cette catégorie d'hommes, qu'on appelle des intellectuels^qui se rapprochent souvent des prolétaires, par la précarité de leur sort et la subordination étroite de leur activité, et qui pourtant s'écartent souvent des prolétaires par leur mode de vie et par leurs attaches femiliales. Il n'est pas douteux que le mode de recrutement du socialisme contemporain, mode défectueux mais inévitable, ait contribué à raffaibliftsement de la notion de classe, dont tous les partis ouvriers nous offrent aujourd'hui l'exemple. Lorsqu'on peut pénétrer dans un groupement sans faire la moindre profession de principes, en proférant un simple mot qui n'est parfois qu'une affirmation hypocrite, comment ce groupement ne fléchirait-il pas, à un moment quelcomque, sous la pression de nouveaux venus, plus dangereux cent fois que des ignorants ou des insconscientSy parce qu'ils apportent avec eux le contingent des idées acquises, des traditions enracinées, et des répugnances insurmontables et latentes?

III. — La méthode du compromis s'est exercée partout ob à un titre quelconque, le socialisme a pu

se rapprocher du pouvoir. Depuis que parurent les études de Bernslein, — qui préparaient une argumentation doctrinale à cette déviation, — de nom* breux écrits inspirés de la même vision des choses, quoique très inférieurs en valeur dialectique et en documentation, ont été publiés en France et en Italie principalement. Mais c*est aux faits surtout qu'il convient de s'attacher, car en pareille matière, ils sont h peu près seuls à compter,

La douloureuse histoire des scissions socialistes françaises est trop connue, elle a trop retenu Tattention du monde pendant cinq années, pour qu'il faille y revenir. Pourtant, c'est dans ce pays qu'a été faite la plus durable, la plus concluante expérience de la tactique modérantiste, ou comme l'on dit, en usant d'une expression insuffisante, de la tactique réformiste. Pendant cinq années, une fraction du prolétariat, à laquelle des éléments douteux, venus de tous les points de l'horizon, s'agrégeaient avec une édifiante facilité, a constitué un simple appendice des partis bourgeois démocratiques ; après avoir soutenu un ministre « socialiste», ce groupement hétérogène noua une entente permanente avec le radicalisme, et même avec une minorité d'opportunistes, si bien qu'associé à l'exercice du pouvoir, qui ne saurait être, à l'heure présente, que la défense du système capitaliste, il a été en-

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trainé aux pires expédients ; contraint de perpétuer, par ses votes, les ressources protectrices de TEtat de classe, il s'efforça, par de vains sophismes, de justifier son attitude. Nous verrons, dans un instant, à quels résultats effectifs cette alliance a abouti.

Pour être moins saisissant, Taffaissement de la conscience socialiste n'en ressort pas moins de certains débats très significatifs, qui se déroulèrent au dehors. Partout, les premiers succès électoraux attirèrent à côté des ouvriers, qui s'imprégnaient de la doctrine nouvelle, des milliers et des milliers d'hommes, — petits bourgeois, bourgeois réfrac* tairea, inassimilables, — et qui n'apportaient avec eux que l'envie, le mécontentement et surtout Tambition. L'un prétendait se venger d'un concurrent plus heureux ; l'autre manifestait contre le fisc une colère momentanée ; le troisième, avocat sans cause, peut-être incapable de travail régulier, comptait conquérir une circonscription par une certaine facilité verbale et aussi par une garde-robe impeccable. Si les cadres prolétariens de la poussée communiste avaient été assez fermes pour embras» ser cette cohue sans unité, faite de personnalités divergentes, le mal fût demeuré anodin. En règle générale, c'est à l'heure où un groupement dé parti ou de classe exerce un suffisant ascendant,

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pour désagréger le parti on la classe adTcrse, et en aI>sorber invinciblement le» parcelles, qne son échéance est arrivée. Mais ici, il n*y avait point conquête par le socialisme de dévouements désintéressés, il y avait pénétration dans la classe ouvrière^ à peine arrachée de sa torpeur par une propagande d'un quart de siècle, d^un noyan d'individus qui voulaient simplement assouvir leurs appétits d'honneurs et leur besoin d'autorité. Si l'on n'eslpas en droit de soutenir que ces immixtions fâcheuses ont créé partout la faction du compromis, elles ont néanmoins secondé, corroboré et finalement mis à jour, des tendances préexistantes.

En Allemagne, par un contraste singulier, c'est au lendemain de la révision, à Erfurt, de ce fameux programme de Gotha, tout pénétré de lassalisme, qne le courant modérantiste et conciliateur s'est affirmé dans les Congrès. Dans les Landtags d'Etats, les fractions socialistes votèrent parfois le budget; à Gotha par exemple, puis en Saxe, en Bade, en Hesse, et finalement en Bavière. Aux assises de Francfort, en 1894, Bebel et Liebknecht soulevèrent le débat qui, à leurs yeux, était de pur principe. « Le gouvernement n'est que le comité administratif de la classe possédante, disait-on d'un côté, il faut donc lui refuser tous subsides »• « Il n'y a là qu'une affaire de tactique, répondaient

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les députés de rAIIemagne da Sud, et si nous repoussons tous crédits budgétaires au Reichstag de l'Empire, parce qu'ils s'appliquent d'abord à l'avmée, le cas est très différent dans les Parlements des royaumes ou des duchés ». — De 1894 à- 1901, aucune sanction ne fut prononcée, et ce ne fut qu'au Congrès de Lubeck que triompha la thèse de la gauche, non sans subir quelques atténuations.

Une seconde discussion, de même caractère, surgissait dans l'intervalle, k propos du militarisme. Au Congrès de Hambourg, en 1897, le dépoté Schippel attaqua le point de vue traditionnel, et critiqua l'attitude strictement négative, où Ton s^était cantonné jusque-là. Ces paroles furent entendues au dehors, et quelques candidats de la Social l^émocratie exprimcrenX l'avis que le parti devrait désormais accorder des crédits militaires, en échange de certains avantages politiques. C'était s'approprier la doctrine du centre catholique, introduite jadis par Windhorst,(( donnant donnant )>, mais le socialisme ne saurait user des mêmes méthodes que ce groupe. Schippel poursuivit sa campagne en ridiculisant les milices. Le Congrès de Hanovre le censura sévèrement, en 1899; alors l'abondant polémiste porta son activité confuse et dT&structive sur un autre terrain, et devenu le

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champion du protectionnisme agraire, il subit une condamnation écrasante à Brème, en 1904.

Bernstein avait donné à ses attaques un caractère infiniment plus général et partant plus dangereux pour le vieux programme. Les réfutations qu'il avait écrites des thèses marxistes, et qui s'inspiraient des tendances petit-bourgeoises, tout en reflétant un proudhonisme transformé, avaient obtenu un immense retentisse.ment. Leur succès avait été d'autant plus vif qu'elles rappelaient, sous une forme systématique, les arguments produits par Vollmar, le leader bavarois, vers 1890. A Erfurt, Vollmar avait été vaincu par Bebel, mais son opposition subsistait toujours, entretenue par radhésion de forts groupements dans les contrées de moyenne industrie et de petite agriculture de l'Allemagne du Sud. En somme, Bernstein, comme Vollmar se contentait d'une série de réformes partielles, qui pouvaient être fort bien avouées par un parti radical bourgeois. En affirmant que le but n'est rien, et que le mouvement est tout, il désertait Tidéal historique du prolétariat : en contestant l'utilité ou la possibilité d'une conquête du pouvoir par la classe ouvrière, il réduisait Faction à des mesures fragmentaires et sans liens. Kautsky se dressa contre lui, défendant la doctrine admise, la renforçant de nouveaux arguments. Le berns-»

teinismc subit une première défaite à Hanovre, en 1899,où Bebel s'écria avec vigueur : «Nous en restons à l'expropriation, nous n'y renonçons pas». Il fat condamné encore à Lubcck en 1901, mais ses échecs successifs ne l'empêchaient pas de se répandre parmi les nouvelles recrues, qu'amena la consultation générale de 1903, et dont l'éducation laissait fort k désirer. Comme la fraction parlementaire revenait très grossie au Reichslag, et que son effectif lui donnait droit à une représentation au bureau, d'aucuns revendiquèrent pour elle une vice-présidence. Une nouvelle agitation révisionniste suivit, qui nécessitait une sanction suprême : celle-ci fut donnée solennellement au Congres de Dresde, qui rappela à l'ordre les dissidents. Mais comment douter que, malgré tout, la propagande de Bernstein ait conquis de nombreuses adhésions, qu'elle se manifeste de mille façons, et qu'elle jette un trouble profond dans les consciences ? A la vérité, la Social Démocj^atie allemande porte, en elle, les deux tendances contradictoires qui se superposent dans le socialisme, et si ces divergences se sont marquées moins bruyamment ici qu'ailleurs, il ne faut pas oublier que les conditions de la vie politique^ outre-Rhin, imposent impérieusement des réserves.

L'Italie a connu des querelles plus violentes

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peut-être que celles de France» Réformistes et révolutionnaires, pour adopter les termes communément admis là-bas, luttent entre eux aTec une énergie extraordinaire^ depuis que la chute du Crispinisrae a restauré les élémentaires libertés» L'esprit de compromis s'est répandu à Milan et dans la vallée du Pô, notamment^ pendant les deux ministères pseudo-libéraux deZanardelli et de Gi(>litti, qui ont fait appel à la gauche, et ménagé quelque temps la démocratie sociale. Tour à tour, dans les congrès, à Imola, k Bologne, la fraction modéran liste ou la fraction avancée reprenait le dessus. Mais ici, comme presque partout, les faits attestent que l'une des tactiques ne peut ja* mais être écrasée totalement au profit de l'autre, et que les éléments petit-bourgeois et intellectuels persistent avec ténacité dans leurs errements- — En Angleterre et en Amérique, de semblables divergences de vues s'accusent; elles s'accentuent même, au fur et h mesure que se développent les contingents socialistes. En Autriche, le congrès de Vienne de novembre 1903 a marqué un premier fléchissement de l'intransigeance passée; en Belgique, la méthode réformiste semble dominer dans l'ensemble du parti, tandis que, dans les cantons Suisses, plusieurs socialistes, acceptant une parcelle de l'autorité executive,, ont été entraînés à seconder

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de« répressions violeotes d'ouvriers en chômage : telfutle casdeThiébaudàGenève, de Wiillschleger à Baie, de Scherrer kSaint-Gall, d'autres encore. Au total^ Thistoire des dernières années prouve qu'une division organique, — qu'on pourra masquer plus -oa moins longtemps, — mais qui est en réalité irrémédiable, s'est produite dans la masse du socialisme. En face de la thèse de Tautonomie prolétarienne, la thèse des alliances, c'est-h-dirc de la confusion des classes, ne s'est pas affirmée seulenaent dans les livres ou les articles des publicistes, elle s'est exprimée encore dans les actes des « hommes de gouvernement », s'il est permis d'user de ce terme. Et c'est sans doute la caractéristique de la phase actuelle que l'apparition de ces « hommes de gouvernement » prêts à sacrifier le but au mouvement, et la transformation inté* grale aux avantages partiels, si illusoires soient-ils. IV. — Du Manifeste des communistes de 1848 a la profession de foi de certains représentants socialistes de 1904, il y a plus qu'un pas. Une tendance trop généralisée s'est marquée à confondre toute agitation, toute propagande, toute conquête avec le maniment du parlementarisme. On n'a plus considéré la mainmise sur une quantité quelconque de siégea dans les Chambres comme un moyen, comnïe une méthode, mais comme un résultat. Il a

semblé que du jour où cinquante, cent, cent vingt députés figureraient la représentation socialiste dans une assemblée de cinq ou six cents membres, Teflort suprême serait accompli, et qu'il suffirait désormais d'attendre, à la tribune, révolution inéluctable des choses. Or, le parlementarisme, dès qu^on cesse de le tenir pour un outil imparfait et secondaire, exerce Tinfluence démoralisante et corruptrice, qu'il a abattue tour a tour sur tous les partis. Lorsque le Parlement est sans contrepoids politique, que la masse du peuple ne se prononce qu'une fois tous les deux ans, comme en Belgique, ou tous les quatre ans comme en France, et qu'en un mot, sa puissance ne joue que par simple délégation, les mandataires à temps deviennent une oligarchie provisoire. Quand en dehors des consultations périodiques et largement espacées, la nation n'a aucun droit de recours, référendum ou initiative, ou que ce droit ne fonctionne qu'à longs intervalles, le progrès, la transformation économique et sociale, demeurent nécessairement ralentis. Les corps constitués, même à titre éphémère, — si leur mandat est assez durable pour qu'ils puissent conquérir des soutiens populaires, versent dans le conservatisme. Jamais une grande décision, capable d'accélérer brusquement l'histoire, n'est venue d'un Parlement. Les Chambres, même élues

au suffrage universel^ tiennent un rôle identique à celui des Académies; elles regardent le passé; elles défendent le statut existant; elles paralysent bien vite par leur tempérament, par leur procédure, par leurs scrupules byzantins, les hommes de volonté qui y peuvent pénétrer.

Certes, dans cette querelle contre le régime parlementaire, Ton n'ira jamais trop avant, et Ton ne dira jamais trop haut que sans correctif, il ne saurait rester la façade d'une vraie démocratie. Les efforts que prodiguent, dans le monde, les députés socialistes, qui gardent leur loyauté intacte, n'attestent que mieux les vices inhérents au système. Et l'on devine quels résultats il peut produire, lorsqu'un groupe nombreux de modérantistes pénètre dans une Chambre. Loin d'être froissé par les abus évidents du parlementarisme, par les transactions de couloirs, par les compromis de salons, par les extraordinaires intrigues que nouent les individualités ambitieuses, le demisocialisme de certains puise, dans ce milieu équivoque, de nouvelles forces de dépression, de nouveaux motifs de défection. Il faut être doublement cuirassé de probité et s'armer d'une inébranlable conviction, pour ne point être gagné à l'esprit am- )>iant. Dès qu'on s'est laissé entamer par la mentalité spéciale aux professionnels de la politique,

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la vision de toutes choses se modifie, la claire conception des faits se brouille, les classes disparaissent derrière les factions. Et malheureusement, un peu partout, certains représentants, qui étaient les élus du prolétariat, n'ont pas tardé à oublier, à déserter leur origine. Confondant les intérêts de la masse ouvrière avec les leurs, ils ont voulu prolonger leur royauté transitoire ; séduits par les avantages de leur condition, souvent fortuitement acquise, ils se sont moins préoccupés de poursuivre l'agitation, que de fortifier leur base électorale. En même temps, comme ils étaient saisis par l'ambition du pouvoir, comme l'autorité leur paraissait plus proche et plus accessible, ils voulaient, ayant émergé, monter toujours. De même qu'ils disloquaient, démoralisaient, par leur conquête des individus, la portion de la classe dirigée, qui les avait portés au Parlement, ils flattaient la portion de la classe dirigeante, la moins éloignée en apparence, par des votes complaisants, et ils tendaient, souvent, a leur insu, à créer un lien permanent entre certains partis démocratiques et le prolétariat. Les mœurs du parlementarisme aboutissaient à exagérer la déviation, à stériliser la doctrine abstraite, à détruire les derniers vestiges de l'enseignement socialiste. Et ce n'est pas un. fait in-

difféFCnt que le triomphe du compromis ait été d'autant plus marqué, dans tel ou tel pays^ que la puissance parlementaire y était plus affermie.

V. — Les résultats matériels et moraux de la tactique modérantiste sont apparus, avec une évidence frappante, partout où elle s'est manifestée dans les faits. Ni en France, ni en Suisse, ni en Italie, les fractions socialistes alliées au radicalisme n'ont réussi à faire payer leur concours même au plus juste prix. Aucune réforme sociale de quelque envergure n'a été le produit des transactions quotidiennes. Alors qu'on accordait le budget, et même les parties les plus légitimement réprouvées de ce budget, et qu'on armait les dirigeants de tous leurs instruments de combat, depuis ceux qui servent à frapper jusqu'à ceux qui servent h acheter^ aucune loi, digne de ce nom, ne venait sanctionner, rémunérer l'enteute. Ou les quelques remaniements anodins que consentaient les Parlements, eussent été votés en dehors de tout accord, parce qu'ils avaient subi, de très longue date, les épreuves successives de la procédure en vigueur.

Mais il n'est point étonnant que le socialisme réformiste n'ait rien obtenu en échange de ses votes, ni à Paris, ni à Rome, ni à Berne. L'événe-» ment contraire eût été stupéfiant. Lorsqu'on repasse la série complexe des textes qui réglemen-

tent partout la durée du travail et de l'hygiène, la matière des assurances, les droits rudimentaires du piolétariat^ on s'aperçoit qu'ils ont été arrachés du dehors par une pression continue. Tandis que sévissait la réaction politique, que la liberté de la parole, de la plume ou de la grève était supprimée par des expédients de jurisprudence, que les tribunaux fonctionnaient en permanence contre les propagandistes du socialisme, le code du travail se formait. La bourgeoisie, maîtresse du pouvoir, voulait calmer la foule qui grondait au dehors, qui dénonçait la violation permanente des prérogatives civiques, et toute l'histoire, si longue et si touffue des Factory Acts anglais, est la. C'est sous le terrorisme grandissant qu'exercent les prolétaires organisés, avec leur classe jalousement isolée, que les gouvernements se résolvent à des concessions, — et les assurances allemandes, élaborées par le Chancelier de Fer, illustrent encore la thèse. Mais dès que la bourgeoisie, en évoquant des spectres politiques, en exploitant les circonstances avec la complicité des optimistes du socialisme, a réussi à capter la force populaire, c'est-à-dire à l'assouplir et à la dompter, dès qu'elle est sûre d'être soutenue, quoi qu'elle fasse, ses appréhensions s'évanouissent, ses craintes de l'acte violent se dissipent, et re-

tombant dans la sécurité de sa possession, elle se rue dans la défense du statut social. Jamais la législation ne redevient aussi stagnante que dans les périodes où, pour une apparence de cause commune, se nouent des solidarités illusoires. Les bénéfices collectifs que le socialisme a retirés de la méthode de déviation ne sauraient donc être énumérés, car ils furent pure duperie. Et nous ne voulons point dire que les communistes doivent permettre à un État républicain de s'abandonner à une restauration royale ou impériale, ni à Tobscurantisme d'épandre à nouveau sa domination, ni au militarisme de faire sonner triomphalement des éperons neufs sur le pavé des faubourgs 3 mais même pour prévenir un retour du passée la classe .ouvrière n'a pas à oublier que ses intérêts sont séparés de ceux de tout autre classe : il lui suffit d'accomplir son devoir envers elle-même, sans accepter le pacte qui l'abusera et qui, bien plus, l'affaiblira pour des années.

Le désordre moral que le modérantisme a porté -dans les masses socialistes, les hésitations, les -flottements, les répugnances qu'il a engendrés chez les meilleurs, l'arrêt de croissance qu'il a déterminé, constituent contre lui le plus véhément des réquisitoires. Ainsi il n'a pas suffi, -qu'abolissant la pression permanente des ouvriers

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sar la machine gouvernementale et parlementaire, il ait conféré aax possédants la conscience d'une énergie renforcée; il a encore divisé les socialistes contre eux-mêmes et offert le spectacle délicieux et enivrant de leurs luttes stériles à ceux qui, hier, éprouvaient la valeur de leurs armes. De même qu'à Rome, les vaincus, équipés en gladiateurs, s'entrechoquaient et s'entretuaient sous les yeux de leurs maîtres, les groupements politiques de la démocratie sociale se déchiraient par des attaques réciproques. Toute l'activité qu'ils eussent pu mettre à l'enseignement des travailleurs encore inconscients, ils l'employaient à s'accabler mutuellement. Combien d'hommes, lassés de ces joutes fratricides, de cette guerre sans gloire, préféraient déserter le champ de bataille! Mais un phénomène plus grave que tous les autres, le phénomène caractéristique de cette douloureuse période, apparaissait, grandissait, emplissait l'horizon. Les syndicats, affectant de se désintéresser de Taction politique, incitaient leurs adhérents à se cantonner tout entiers dans l'action corporative ; ils ne se bornaient pas à flétrir le parlementarisme et ses innombrables abus; ils tiraient argument des faits, pour dénoncer toute tentative de conquête de la puissance publique.

Il sied de le remarquer: cette attitude des asso-

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ciations de métiers, cette mentalité du syndicalisme exclusif ne se sont manifestées avec persisjtance que dans les contrées, où l'alliance entre les socialistes de droite et les fractions bourgeoises démocratiques s'est pratiquement et méthodiquement exercée. En Allemagne et en Autriche, où le statut quasi-absolutiste a interdit le plus souvent de semblables négociations, les organisations politiques et les organisations économiques du .prolétariat entretiennent les meilleures relations. Jamais les mineurs ou les métallurgistes n'ont pu accuser les députés de la Social Démocratie d'avoir donné leurs voix aux gouvernants, lorsque ceux-ci sévissaient brutalement dans une grève. L'opposition du pur syndicalisme et du mouvement politique est le propre des pays latins, où les pactes multipliés ont servi la diOTusion des idées libertaires, de longue date d'ailleurs répandues. Au fur et à mesure, chez nous, qu'un groupe compact de représentants socialistes se liait da- 'Vantage aux gouvernements de concentration répu- -blicaine, les syndicats se détachaient plus volontiers «du vieux programme. Ils répudiaient toute action politique comme honteuse ; ils incitaient leurs adhérents à ne'plus voter; telles furent, du moins, les idées qui prévalurent dans la Confédération du Travail dont elles contribuèrent à assurer la

rapide fortune, et Ton ne saurait contester qu'en présence des faits, cette évolution envisagée in abstracto n'eût un fondement logique. Le socialisme s'affaissait, trahissait son propre passée par l'abus de la politique ; le salut était dans l'abandon de la politique. Il est vrai, par contre, que même au Parlement, tous les députés socialistes ne suivaient pas les mêmes errements, que certains persistaient dans leur fidélité à la doctrine, qu'ils évitaient de se mêler aux mandataires des autres fractions sociales. Leur intransigeance passait inaperçue ; ils semblèrent momentanément étouffés, avec les groupements d'où ils émanaient, entre les réformistes qui versaient dans un parlementarisme sans limites et les libertaires, qui prétendaient détruire l'État capitaliste, par la simple expansion des organismes corporatifs.

En Italie, les conséquences de la déviation, identiques en principe, prirent un développement plus ample encore. Dans toutes les grandes villes, en dépit des efforts multipliés par les socialistes intransigeants, se dressèrent de puissants noyaux anarchistes. Et tandis que, d'une part, les prolétaires des comités et fédérations politiques s'épuisaient dans leurs batailles incessantes, ils avaient, d'autre part, à faire front souvent contre les chambres du travail

qui reprenaient les idées jadis soutenues par Ba-> kounine et par ses amis, dans l'Europe méridionale. A la vérité, dans les pays latins, il semblait que toute la lutte sociale, au lieu d'opposer les dirigés aux dirigeants et les ouvriers aux employeurs, dut se dérouler entre les éléments du prolétariat, armés les uns contre les autres ; réformisme contre révolutionnarisme, communistes libertaires ou anar* chistes contre socialistes. Le socialisme qui avait marqué une si prodigieuse poussée, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, risquait d'êlre paralysé dans son élan ; envahi à droite par les cohues petits bourgeoises qui l'entraînaient à la faillite morale, il déversait, à gauche , ses meilleures recrues dans le syndicalisme. A l'heure même où il terrorisait la classe capitaliste, où il avait formé partout des partis nationaux et redressé une vivante Internationale, alors qu'il atteignait à un degré de puissance inouïe, et qu'il n'avait plus rien à craindre, — ou presque rien, — des forces de compression, il menaçait de s'effondrer par une violente désagrégation organique, dans une sorte de guerre civile de la plèbe salariée. Le destin de la première Internationale assombrissait l'avenir.

VI. — Une décision énergique s'imposait. 11 fallait que le prolétariat mondial redressât sa tactique politique, qu'il réprouvât catégoriquement les actes

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compromettants, répudiât les transactions, et rappelât k Tordre les personnalités débordantes. Certes Fœuvre, pour des raisons qui apparaissent assez clairement, comportait de multiples difiicultés Lorsqu'un groupement social s'est une (ois divisé, les germes de dislocation survivent à tous les rapprochements, et ici le mal naissait du développement de deux philosophies antagonistes et de deux traditions lointaines. En pure logique, la conciliation eut dû être taxée de chimérique. Mais le problème changeait d'aspect dès qu'on l'examinait de plus près. De même que tout le prolétariat n'est pas socialiste, de même tout le socialisme n'est pas pro« Ictarien. Les idées collectivistes ou communistes ont concentré autour d'elles, outre une fraction de la chissc ouvrière, des éléments attirés de toutes parts, et c'étaient ces éléments qui avaient créé la crise. Si Ton pouvait associer, autour d'un programme unique, tous les travailleurs acquis à la transformation sociale, toute la tâche, ou presque toute la tâche serait accomplie. Ou bien les transfuges de la bourgeoisie s'avoueraient vaincus et confesseraient leur faute, et alors le redressement serait intégralement consommé, — ou bien persistant dans leur idéalisme, dans leur défense de l'ententQ des classes, ils perdraient, de par la condamnation universelle, la popularité, le prestige que leur va-

laient leur talent oratoire et leur instruction supérieure. En un mot, pour clore Tère douloureuse des discussions, des excommunications entre prolétaires, il suffisait de restituer le socialisme an prolétariat, en restaurant la lutte dcâ classes comme maxime fondamentale. Et du même coup, on accroissait sans limite la (brcede pénétration du socialisme dans le prolétariat, parce que celui-ci ne se sentirait plus entraîné hors de ses voies.

A vrai dire, si le Congrès International d'Amsterdam de 1904 a réalisé toute l'œuvre que les adversaires du compromis attendaient de lui, s'il a rejeté en termes explicites, les nouvelles méthodes d'action, s'il a renouvelé les affirmations qui, pendant cinquante années, avaient été la formule même de la propagande, il n'a pas obéi à de simplestîonsidérations doctrinales. C'est le progrès colossal du syndicalisme antipolitique, frappant de discrédit la conquête des pouvoirs publics, c'est la désaffection des masses pour des partis dévorés par le parlementarisme et trop enclins aux alliances suspectes, qui ont déterminé sa décision.

Déjà l'on a pu mesurer toute la puissance de désagrégation de ce qu'on pourrait appeler, en usant d'un terme barbare, le politicianisme. Si la thèse de la jonction permanente des prolétaires avec les fractions les plus avancées de la démocratie

bourgeoise ne fut soutenue, dans la grande cité hollandaise, que par de rares délégués, d'autres, infiniment plus nombreux, se montrèrent pour elle d'une clémence significative. Une large portion de l'assemblée eût accepté qu'on la blâmât du bout des lèvres, qu'on n'acheminât point le débat vers le vote d'une motion décisive. Certains actes étaient tenus pour répréhensibles, d'autres •étaient systématiquement dénoncés, mais on hésitait devant le péril d'une scission retentissante. Le socialisme international a été sauvé par Texpan* sion syndicaliste.

D'aucuns penseront qu'il y a là un paradoxe ou une illusion. Mais tous les discours qui ont été prononcés dans le grand débat historique, dont nous tachons de préciser la portée, indiquaient longuement ou d'un mot l'évolution d'une large fraction du prolétariat. Si le Congrès n'avait pas repoussé le réformisme, le révisionnisme et autres formules de déviation, les organisations politiques nationales, et par contre-coup l'Internationale, eussent perdu et leur ressort moral et le meilleur de leurs effectifs. Sous peine de banqueroute et de mort, le socialisme devait revenir a ses principes et s'armer d'intransigeance. Et ainsi fut votée la motion de Dresde qui répondait à la conscience de beaucoup, et que d'autres n'acceptèrent que par contrainte.

Cette résolution qui prend une importance essentielle pour Tavenir du communisme, qui éclaire la marche du prolétariat, qui le soustrait à certains de ses tuteurs, en traçant fermement les frontières de son action, a affirmé le droit d'ingérence de rinternationale dans tous les domaines. Elle a lait grand bruit dans le monde; elle a rouvert l'ère de la poussée générale. Mais nul ne viendrait soutenir. qu'elle ait sauvegardé a tout jamais l'unité du socialisme.

Demain comme hier, en dépit de toutes les promesses et de tous les accords verbaux, les deux tendances qui se sont heurtées dans le passé, reparaîtront et s'entrechoqueront; demain comme hier malgré les sentences solennelles, des hommes issus de la bourgeoisie, passionnés d'autorité, avides de former un parti démocratique nouveau, puiseront^ dans le communisme, des mots^ sinon des idées, et les amalgameront avec d'autres maximes. Il paraîtra commode a beaucoup de préconiser la lutte des classes comme un simple critérium d'orientation, alors qu'ils accepteront en fait des ententes permanentes avec toutes les catégories sociales. Cette fraction qui ne sera plus dangereuse, le jour où tous les prolétaires conscients se seront rassemblés autour du même programme, pourra même alors rendre des services au prolétariat ré-

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volutionnaire. Désertée par les masses ouvrières qui auront secoué leur optimisme et banni toute illusion, elle prendra ses recrnes dans cette portion de la petite bourgeoisie que guette le déclassement. Elle jouera le même rôle que les syndicats chrétiens ou libéraux à l'égard des autres syndicats... Alors que le socialisme prolétarien resterait unifié, dans sa vigueur croissante, et que sa loyauté même dresserait un prolétariat homogène, la vieille tradition idéaliste renaîtrait dans un socialisme bourgeois, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui n'aurait plus rien de commun avec l'autre, mais qui accélérerait l'émiettement de la classe possédante.

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