LE SOCIAXISME ET LES PARTIS
I. — Il ne sufRt pas de condamner ralllance du prolétariat avec les divers partis politiques, conservatears, libéraux, radicaux^ etc. ; il est indispensable de justifier cette condamnallon par une étude minutiease des faits. A coup sûr, on aura fourni des arguments très puissants, lorsqu'on aura invoqué le phénomène de la lutle des classes qui exclut toute collaboration permanente entre les éléments aux prises dans la société moderne. Mais la tentation du compromis, les séductions des pactes sont si vives, et se renouvellent si fréquemment, qu'on n'accumulera jamais assez de raisons pratiques contre des tractations, dont le retour doit être tou* jours redouté.
Lorsque la classe ouvrière est déjà forte, consciente, organisée, elle s'imagine qu'une entente avec telle ou telle fraction de ses adversaires de-
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meurera sans péril : erreur ; cette entente la divisera contre elle-même, et lui imprimera un recul. Quand la classe ouvrière est encore faible, ignorante, assoupie, elle se persuade qu'elle pourra croître à Tombre des groupements libéraux, radicaux ou même féodaux: erreur encore; loin de s'instruire, elle perdra sa foi naissante ; loin de se concentrer^ de ramasser ses énergies éparses, elle s'anémiera dans la subordination de son activité ; perpétuant sa servitude sociale, elle apprendra à se complaire dans sa dépendance politique, et ce n'est jamais d'elle-même qu'elle secouera sa torpeur ; c'est du dehors que lui viendront les impulsions libératrices.
Certes, il est agréable, à une heure quelconque, de rompre son isolement ; les groupements qui luttent pour tel ou tel idéal économique, politique ou social, ressemblent aux nations qui cherchent des alliances, qui appréhendent la solitude ; ils se forgent des motifs de croire à la loyauté d'autrui, de découvrir des traits communs ; ils se confient aveuglément, jusqu'à l'heure où un acte brutal vient, trop tard, les désabuser. L'histoire est pleine d'épisodes, qui devraient, pour toujours, attester aux masses populaires le péril de leurs illusions. Depuis des siècles, la plèbe, au lieu de combattre ses maîtres, s'est livrée à eux: au lieu
de conduire sa marche à sa guîse, elle a quètc des 'Orientations. Même dans les plus grandes crises .des temps modernes, cet abandon soudain, presque fatal, a détruit l'effet d'années et d'&nnces de combat.. Ce n'est point seulement la lassitude des volontés et des esprits, trop longtemps tendus, qui -déterminent ces revirements imprévus ; c'est l'ingénuité des hommes convaincus de la générosité foncière et de la bonté invincible de riiumanlté ; -c'est cet optimisme candide qui survit aux plus sanglantes batailles sociales, et qui, par intervalles, s'épandsur les plus déshérités.
Le prolétariat ne sera vigoureux qu'autant qu'il sera égoïste, et qu'il différenciera ses intérêts -d'avec ceux de toutes les autres couches sociales. Si l'on veut briser son élan et servir la réaction ou la conservation économique, il su (lit de l'inciter à transiger ; si l'on veut décupler son énergie, préparer sincèrement la gigantesque transformation qui est a la base du communisme, l'en n'insistera jamais trop sur le danger de la transaction, qui se négocie toujours contre la ■ foule des travailleurs, et qui lui ravissant son autonomie chèrement conquise, lui restitue son humi« lité.
Tant qu'il n'aura pas été démontré qu'entre le programme socialiste et les programmes des divers