‹ L'avenir du socialismeChapitre 7 sur 21 · IK) LATEVIB BU SOCIALISME · texte numérisé non relu

IK) LATEVIB BU SOCIALISME

partis politiqoes, subsistent des attaches concrètes, Tisolement farouche devra rester la loi des prolétaires. Or, cette démonstration, nul n'a tenté de la présenter : tâche impossible, chimérique aa surplus, puisque tout le mouvement socialiste va à l'encontre de la société contemporaine, qu'il tend à sa destruction, et que les autres partis se disputent les éléments dominateurs de cette société.

Ed dehors du prolétariat, révolution du dernier siècle a mis en contact et souvent même en opposition, trois grandes fractions politiques : le conservatisme qui se teinte plus ou moins de cléricalisme, le libéralisme, et le radicalisme qui semble issu du précédent, qui en réalité en diffère sur nombre de points. Ce qui caractérise le socialisme, (•/est qu'il réclame une subversion intégrale du système de la propriété; c'est qu'il entend relever la plèbe ouvrière à son rang logique et légitime, qui est le premier, pour briser ensuite les compartiments des classes et (aire une humanité homogène : de ces deux conceptions maîtresses, qui en réalité, se confondent, se déduisent des vues accessoires sur telle ou telle matière. Par exemple, les réformes ouvrières, pour les socialistes, ne sont point des freins, des satisfactions dernières, ^"^ns en elles-mêmes ; elles n'apparaissent que é ne des succès partiels, et presque insigni-

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fiants, dans une lutte qui se poursuit sans relâche ; elles mesurent à la fois le progrès de l'attaque prolétarienne et le relâchement de la résistance bourgeoise. Elles ne peuvent ralentir Tassaut; elles le surexcitent.

Au contraire, toutes les fractions démocratiques ou autres, qui se disputent le pouvoir dans la société actuelle^ défendent le régime d'appropriation individualiste ou même capitaliste. Si elles abandonnent un instant la thèse de la propriété immuable, si elles admettent comme désirable l'accroissement du nombre de propriétaires, elles répudient d'autant plus hautement toute so- •cialisation d'ensemble ; vivant dans Factuel, où les catégories sociales, qui les engendrent, trouvent l'existence facile et la sécurité, elles écartent toute hypothèse de changement profond ; les revendications socialistes, dont les plus rétrogrades requièrent la répression à outrance, suscitent le sourire dans celles qui prétendent s'incliner devant les lois d'évolution. Toutes vantent l'utilité sociale de la possession quiritaire. Toutes nient la lutte des classes, l'existence même du prolétariat^ et si, dans la nation unie et homogène, elles notent quelques intérêts contradictoires, il leur semble aisé de ré- 'Soudre ces différends sans bouleversement inté- •gral. Enfin les réformes ouvrières, opérées dans le

cadre même de la société capitaliste, doivent, d'après elles, réduire le socialisme, lui ravir ses arguments, affaiblir et désorganiser son attaque. Du premier coup d*œil, les antagonismes dépensées apparaissent irréductibles.

II. — Pendant assez longtemps, l'opposition du conservatisme et du libéralisme a formé la substance même de l'histoire. L'Angleterre eut ses whigs et ses torys ; la France, le parti du mouvement et le parti de la résistance. Ces qualifications correspondaient à des aspirations collectives divergentes. D'une part, la richesse immobilière^ la culture du sol figée dans ses procédés surannés, l'accaparement du pouvoir politique par une oligarchie de propriétaires fonciers ; de l'autre, l'activité industrielle et commerciale qui, par la prolétarisation grandissante des masses, par l'exploitation outrancière d'une plus-value nouvelle, crce de surprenantes fortunes, — la révolution permanente dans l'outillage et l'adaptation du machinisme le plus audacieux, — la rupture avec les traditions et dans les débuts, l'extrême mobilité, — la volonté de saisir la puissance publique, en étendant ses bases et en éliminant les châtelains. C'est la lutte de la forge contre le champ, du chemin de fer contre les grands pâturages, de la banque contre les latifundia. La victoire n'est pas douteuse : dans près-

que toute l'Europe, Tindustrie a écrasé l'agriculture, méthodiquement, progressivement ; le Tiers Etat ne s'est pas borné à refouler la noblesse ; en édifiant, dans sa couche supérieure, une opulence plus massive et plus réelle, il a dépouillé partout les anciens seigneurs de la maîtrise de TEtat. C'est une aristocratie encore qui dirige et qui administre, mais elle se montre moins routinière (|ue l'autre, et à l'origine tout au moins, elle est entraînée à porter partout l'esprit révolutionnaire. Déjà pour conquérir son autorité, pour mettre ses hommes, les Laffitte, les Mole, les Guizot a la place des féodaux, il lui faut de temps \\ autre s'appuyer sur le peuple, fomenter des émeutes, menacer l'ordre. Il y a plus : dans cette bataille véhémente pour la défense de leur privilège politique, qui se redresse chez nous sous la Restauration, que le passage des armées de la Convention, du Consulat et de TEmpirc n'a pas suffi à déraciner ailleurs, les propriétaires fonciers s'étayent sur l'église catholique, elle aussi ébranlée par tout changement. Et les industriels, les commerçants, les armateurs, la bourgeoisie que 1789 a brusquement émancipés, mais qui sont obligés de reprendre l'assaut après 1S15, se heurtent à la fois à la richesse immobilière et à la hiérarchie cléricale, qu'ils confondent dans leurs atta-

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ques. Pendant cette période historique, qui s'étend en France jusqu'en 1830, qui a été beaucoup plus longue en Allemagne, en Autriche, en Italie, le libéralisme représente politiquement et intellectuellement le parti le plus avancé, et le prolétariat qui croit en nombre, mais qui n'est point né encore à la conscience de ses intérêts propres, demeure l'allié des libéraux. Dans Tordre économique^ ceux-ci, qui luttent contre le passé, contre la prépondérance de la terre, contre le protectionnisme douanier, et qui élargissent à Tinfini le marché du travail, par Tabolition ou l'atténuation des tariis protecteurs, 6gurent l'esprit novateur et subversif.

Mais brusquement la situation change, du jour où le libéralisme l'a emporté, et ou la bourgeoisie enrichie, non seulement a dépossédé à tout jamais la noblesse de ses prérogatives politiques, mais aussi s'est subsiituée à elle dans l'appropriation des terres, (lelle bourgeoisie, dès lors, s'efforce d'annuler l(^s conciîssions qu'elle a dû faire au prolétariat, pour soutenir sa lutte ; soit qu'elle refuse d'uni- ^^ le suffrage, comme dans les Etats ailepmme en Belgique, comme en Autriche, lie le mutile comme jadis en France, par iieuse de 1850, soit qu'elle le noie sous fdt la corruption, elle s'efforce de reléguer

la plèbe dans une condition inférieure. Le combat entre le capital immobilier et le capital mobilier cessant par la mobilisation du sol arable, par l'industrialisation des champs, par la mainmise tle la haute finance sur les anciens latifundia, que cernaient déjà les ex-biens nationaux vendus aux roturiers, le protectionnisme s'épand a nouveau avec une vigueur qu'on ne lui connaissait pas. Il ne s'agit plus maintenant de défendre les céréales, mais la métallurgie, les industries textiles, la production du papier; les libéraux qui avaient mis toute leur foi dans la concurrence, que l'extension illimitée du marché n'effrayait guère, sentent soudain leur domination menacée par la liberté même, et comme ils sont incapables, dans l'anarchie de l'industrialisme, d'abolir les crises de surproduction, ils s'efforcent de les restreindre. Quant à i'Église, après l'avoir harcelée, poursuivie de leurs rancunes et couverte de leur haine, tant qu'elle exerçait sa puissance et sa ferveur de réaction au -profit de la vieille aristocratie, ils la flattent, ils prétendent capter son prestige, ses ressources matérielles et morales, pour raffermir le nouveau statut social, qui consacre leur règne. Le libéralisme, menacé par l'apparition subite du prolétariat, qui, chez nous, manifeste sa force révolutionnaire en 1834 et en 1848, — qui, en Angleterre, suggère le

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chartisme, — quî, d'un bout à l'autre de TEurope, mobilise des contingents croissants, accomplit l'évolution déjà consommée avant lui par les nobles libertins. Il remplit les chapelles ; il fait le simulacre de la religion ; il restitue au clergé la préparation des cerveaux. — Dans la seconde partie du XIX® siècle, le conflit entre le conservatisme et la bourgeoisie industrielle s'affaiblit sans relâche jusqu'à disparaître. De même qu'outre-Manche, whigs et torys unifient à peu près leurs programmes, et s'accordent sur les idées essentielles, combattant le Trade-Unionisme, luttant pied à pied contre la poussée démocratique, les conservateurs d'Allemagne absorbent les nationaux libéraux, dont l'activité, au début de l'histoire impériale, avait été si vivante. Le grossissement du socialisme a opéré ce miracle de rapprocher les plus fidèles admirateurs et les intraitables adversaires de Bismarck. En France, depuis 1871, s'est marquée de plus en plus nettement l'évolution, qui entraine les propriétaires fonciers et les banquiers, les armateurs et les grands usiniers à confondre leurs intérêts dans un même parti, si bien que, dans toutes les contrées où l'industrialisme a exécuté sa tâche, la différenciation essentielle d'autrefois a vécu. Le prolétariat, après avoir soutenu les libéraux dans l'attaque révolutionnaire qu'ils menaient contre

les vestiges d'ancien régime y après avoir collaboré au prix de son sang à leurs victoires successives, a assisté au spectacle de la réconciliation des vainqueurs et des vaincus. .Evénement logique et inéluctable ! La classe ouvrière serait une dupe volontaire, elle commettrait la plus grossière des fautes d'ignorance, si elle croyait pouvoir bénéficier encore de la division des intérêts du grand capitalisme, et toute l'histoire récente se dresse pour l'avertir. Qu'elle envisage l'action parlementaire des partis, ou leur attitude aux élections, en Allemagne (1903), en Belgique (1904) et en Italie (1904) ou leur exercice de la jurisprudence, elle conclura qu'elle ne saurait rien attendre ni du vieux conservatisme, ni du libéralisme frelaté de notre époque. Les travailleurs d'Angleterre qui, plus longtemps que les autres, s'étaient attachés à profiter des alternances du pouvoir, ont aperçu, depuis l'ouverture de la campagne contre les Unions et le célèbre jugement du Taff Vale, toute l'étendue de leur erreur.

III. — Il est vrai qu'à l'heure présente, certains socialistes estiment toujours qu'une alliance avec le radicalisme pourra produire des avantagés, hâter l'évolution, faciliter la révolution prolétarienne. Ils De suggèrent plus aucun pacte avec les vieilles fractions, dont les luttes passionnèrent les esprits

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deux générations avant la nôtre, maïs Ils voudraient lier la cause du communisme à celle d'une remuante fraction démocratique, qui ici monte à Tassaut du pouvoir, qui là s'en est déjà saisie.

Le radicalisme est un groupement hétérogène, conius, équivoque, dont les éléments sociaux diffërent de pays à pays, dont l'importance même apparaît infiniment variable. Son sol d'élection est un coin de l'Europe où la propriété foncière est fort divisée, où la conquête capitaliste a été moins achevée, moins rapide qu'ailleurs. On peut prendre comme modèle le parti radical français, qui remonte à cinquante années pour le moins, et qui, à vrai dire, plonge ses racines profondes dans la Révolutien de 1789.

Ce parti n'a de raison d'être, il n'existe comme une force concrète, que là où la petite agriculture n'a pas été complètement arrachée du sol, et où la transformation de l'outillage n'a pas atteint à la plénitude de sa puissance. Il ne se conçoit guère, il perd toute base économique et sociale, dès que la concentration descapitaux est entrée dans sa phase dernière, comme aux Etats-Unis ; il tend à disparaître, aussitôtque l'outillage moderne se développe avec une vitesse accélérée, comme en Allemagne, en Belgique ou en Angleterre. Il caractérise les contrées, où l'expansion de l'industrialisme n'a

été nî assez brutale, ni assez soudaine, pour broyer, d'un seul coup, les couches interposées.

Lorsque l'expropriation des petits détenteurs de terre arable laisse subsister des milliers et des milliers de propriétaires nominaux, possesseurs ab&itraits de leurs vignes ou de leurs champs, capitalistes infimes menacés à chaque instant de la saisie, qui consommera leur ruine ; lorsque le commerce qui renouvelle ses moyens d'action avec moins de vivacité que la manufacture, demeure ■réparti entre des dizaines de milliers, des centaines de milliers d'individus, qui gardent une apparente autonomie, mais dont la liberté est vacillante et compromise ; lorsque dans un Etat s'est formée une vaste catégorie intermédiaire qui n'est plus tout à fait bourgeoisie, qui n'est pas encore prolétariat, le radicalisme peut exercer largement son action sociale. Il est le groupement original des contrées économiquement retardées dans leur évolution. Loin d'attester, comme on l'a cru, la force du progrès, il ne mesure que la lenteur de la poussée capitaliste, et les difficultés auxquelles elle s'est heurtée. Les pays où il conquiert, où il occupe le pouvoir politique, seront peut-être les derniers à connaître la socialisation de l'outillage producteur.

Bien que théoriquement, aux yeux de beaucoup

de gens, le radicalisme doive prolonger le libéraisme, il en dlfff»re du tout au tout. Le libéralisme, expression de la conscience d'une classe maîtresse d'elle-même, sûre de sa fortune, confiante dans son avenir, offrait une doctrine définie. Il secouait les entraves politiques et économiques, qui pouvaient enrayer l'effort industriel : il ne réclamait, pour s'épandre, que la liberté du marché. Il triompha, parce qu'il ramassait autour de lui toutes les énergies de l'ancien Tiers-Etat, et que son succès importait à la masse du peuple tout entière, pour laquelle il était un indice, une étape de libération. Le radicalisme, qui puise ses idées dans les théories surannées du xviii*^ siècle, qui dérive politiquement du jacobinisme, économiquement des conceptions parcellaires, est Texpresslon de la conscience d'une catégorie sociale en décrépitude. 11 ne regarde pas vers l'avenir, il se tourne vers le passé, ou si l'on préfère, il voudrait maintenir des formes, que l'évolution de chaque jour désagrège et abolit. Hostile h la concentration capitaliste qui dépossède ses éléments, — qui sur les ruinés des petits vignerons radicaux et des petits commerçants démocrates, édifie la grande propriété et le grand magasin, — hostile au communisme qui arracherait a cette couche intermédiaire ses apparences de privilège, il est par définition, dans les pays de trans-

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formation ralentie, comme la France ou la Suisse, ou l'Italie, le parti du statu qiio. Il élabore des pro- * grammes retentissants, où l'incohérence le dispute à la somptuosité des termes. Dès qu'il abandonne les raisonnements politiques, il redevient impuissant à formuler ses vues.

Il faut avouer qu'au regard de la politîque, il traduit des revendications qui sont aussi, à un certain degré, celles du prolétariat. — Ainsi se marque le caractère confus de ce radicalisme où se mêlent de par la force des choses, des idées antagonistes, et ainsi s'expliquent les séductions qu'il garde pour une fraction de la classe ouvrière.

Pour s'en tenir toujours à la France, qui reste ici le pays type, les radicaux, en leur première phase de splendeur, c'est-à-dire, au lendemain de Février 1848, avaient réussi à universx\liser le droit de vote, qui devait leur conférer la puissance politique. Ils ne tardèrent pas à la perdre, de par leur attitude même à Tencontre des prolétaires. Lorsque, par le concours de ces derniers, ils eurent renversé la monarchie de Juillet et brisé la mainmise de la grande industrie sur le gouvernement^ ils se retournèrent contre leurs alliés, se souvinrent qu'après tout, ils étaient eux-mêmes propriétaires, et laissèrent écraser, aux journées de Juin, les faubourgs parisiens. Emportés à leur tour dans la

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Tague de réaction qui suivit cette guerre' sociale, ils retombèrent en subordination ; ils collaborèrent à la restauration impériale où ils comptaient retrouver leui* prestige, jusqu'au jour où, déçus et trahis par Napoléon, ils redevinrent républicains. Car c'est le signe distinctif de ce parti hybride, composé d'éléments toujours descendants, et qui s'emplit en haut des capitalistes dépossédés pour se déverser en bas sur le prolétariat, de passer d'un régime à l'autre avec une exceptionnelle versatilité. Quoi qu'il en soit, les événements s'étaient succédé si promptement, qu'il n'avait même pu tirer, de l'extension du droit de suffrage, ses conséquences politiques les plus rudimentaires. Or, ces conséquences, il est utile au prolétariat qu'elles se développent sans entrave. Plus que tout autre classe, il est intéressé a l'élargissement des libertés publiques ; plus que tout autre groupement, le socialisme lutte pour l'émancipation de l'esprit humain^ déprimé, pendant des siècles, par la domination religieuse. Quand le parti radical revendique la suppression des congrégations et la séparation des Eglises et de l'Etat, c'est dans les masses ouvrières qu'il recrute ses appuis les plus énergiques. Quoique les socialistes n'aient pas k . défendre, dans le grand débat du cléricalisme, les mêmes solutions que les fractions démocratiques

bourgeoises ou petît-bourgeoises les plus avancées, quoiqu'ils n'envisagent pas le problème sous

-le même angle et qu'ils le rattachent a un problème infiniment plus ample, ils poussent de toutes

• leurs forces ces fractions h accomplir tout leur

^programme.

Mais il en va autrement dès qu'il s'agit de regarder les questions sociales, de préparer l'évolution, oa mieux de déterminer les objectifs futurs. La conception sociale du radicalisme est hétérogène,

•nulle, inintelligible. 11 prétend répudier l'Immutabilité des formes de la propriété, parce que tout passe, tout change, tout se transforme, mais en même temps, il exalte l'appropriation individuelle, qui seule, d'après lui, peut sauvegarder la liberté individuelle. Il ne se demande pas s'il poursuit des réalités ou s'il se lie h des chimères ; il ne recherche point si l'outillage contemporain, issu des progrès de la science, n'a pas créé un statut économique nouveau, tout différent de celui qu'on pouvait concevoir,

-avant les découvertes et les inventions des cent TÎngt-cinq dernières années. Tandis que le sofiialisme ne se fonde point sur des théories à priori^

-mais sur l'étude approfondie des faits, il veut sauvegarder ce qui est caduc, restaurer ce qui est déjà détruit, et si sa doctrine parcellaire de la propriété pouvait, par une sorte d'attentat légis-

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4atif, prévaloir à nouveau, la production serait vouée à un colossal recul^ à moins que la loi écrite ne fût, dès la première heure, brisée dans sa rencontre avec la loi d'économie. C'est le radicalisme qui accuse d'utopie le socialisme, et c'est le radicalisme qui apparaît utopique, dès qu'on appro- 'fondlt les choses. Il est bon de dénoncer les proprictairesde latifundia,mais alors que lemonde marche à une concentration de mieux en mieux affirmée, même en agriculture, alors que les pays de morcellement encore accusé sont vaincus, dans la concurrence universelle, par les pays où triomphent les grands domaines, il est puéril de prêcher la division à l'infini. Rien de plus juste que de signaler l'écrasement de la petite boutique par le grand magasin, mais ce n'est, point en augmentant les taxes fiscales qu'on relèvera le petit 'commerce, condamné par l'ensemble de l'évolution.

Donc le radicalisme semble s'accorder avec le socialisme pour reconnaître les maux de la société présente; et comment ne les flétrirait-il pas, se recrutant dans une couche sociale chaque jour plus souffrante ? Mais il s'éloigne prodigieusement du socialisme, du moment qu'il faut supprimer les douleurs, les servitudes, les iniquités. Il trouve tout simple, tout naturel de ramener l'humanité à Tépoque où les machines ne remplissaient pas les villes du

bruit de leurs halètements, et où les transports a grande vitesse ne supprimaient pas les distances. Au lieu d'admeltrc que la conccnlratîon grandissante des instruments de production doit aboutir à leur remise à la collectivité, et que l'oligarchie économique des milliardaires doit crouler devant le communisme triomphant, il se réfugie dans un individualisme dérisoire, dont le premier défaut est de faire table rase des progrès de la cérébralité humaine*

' Le caractère de ce parti se marque très nettement. Il se compose d'hommes dont la condition sociale est mal définie, qui ne sont ni des satisfaits, ni des écrasés, mais qui se sentent menacés et •qui voudraient fortifier leur position. Ces hommes sont désireux de conquérir la puissance politi([uc ou delà conserver, afin de briser les outils de domination matérielle ou morale de la grande propriété et de la grande industrie. Ils réclament l'aiTranchissemcnt ^de la société laïque, parce qu'ils craigncntun retour oflensif ou une consolidation des fractions de la -bourgeoisie opulente, qui se sontlivrécsaux Eglises ; ils revendiquent une réforme fiscale qui leur permettrait de surtaxer les gros revenus et de mettre une entrave factice h la concentration mécanique des capitaux ; ils ne comprennent pas qu'ils ne sauraient eux-mêmes marcher de l'avant.

parce que la nature de leurs effectifs les retient entre la bourgeoisie et le prolétariat. Le conservatisme et le libéralisme, — ils ne font d'ailleurs plus qu'un, — ont un programme social qui se résume en un seul mot : résistance ; — le radicalisme est résistance contre le prolétariat et mouvement contre la vraie bourgeoisie. Nulle part il ne constitue un parti aux cadres cohérents, car rien n'est plus fugitif que son contingent ; nulle part, même en France, il ne saurait jouer un rôle historique durable, car l'évolution, en disloquant et en amincissant sans relâche les couches supérieures, et en grossissant sans trêve les couches inférieures, broie les unes contre les autres, et pulvérise, avec une extraordinaire violence, les couches intermédiaires.

11 est vrai pourtant que ce radicalisme a pu duper un temps les foules ouvrières ; celles-ci, comme par une façon d'instinct, se rendaient compte que ces petits propriétaires fonciers, ces petits boutiquiers seraient un jour versés dans leurs rangs ; elles savaient aussi, par leur propre expérience, combien est prompte l'impulsion qui précipite les hommesduhaut en bas, d'une classe dans une autre ; elles épousaient les colères des petits bourgeois, tant de fois révoltés contre le mécanisme industrialiste, et applaudissaient aux tirades véhémentes des orateurs

et des publicîstes de la démocratie politique. Jus- <{u'k l'heure où la doctrine socialiste s'affirma, se précisa et illumina l'avenir, les masses des travailleurs s'asservirent aux déclamations impuissantes des radicaux, et c'est presque une tradition •historique qui s'est réveillée en ces derniers temps.

• IV. — Peut-être ces considérations déterminentelles suffisamment les rapports du socialisme et du radicalisme. Toute alliance, non seulement permanente, mais durable, constituerait la plus dangereuse des compromissions. Entre les hommes qui annoncent le communisme et ceux qui défendent la propriété individuelle, entre les prolétaires qui proclament la lutte des classes, et les petits bourgeois qui la nient, l'entente apparaît illogique et impossible. Que les radicaux démocrates soient entraînés^ dans leur attaque^ — ou mieux dans leur défense, — contre la grande industrie et l'agriculture concentrée, à sauvegarder et à développer les libertés publiques ; qu'ils soient incités, pour rete-

• nir les fodles urbaines et rurales aveuglées sur ! leurs idées, à modifier le régime fiscal ou à intro-

• dnire quelques loià ouvrières de portée restreinte ; — nous n'y contredirons pas. Mais aussitôt que le

-principe de la propriété est en jeu, — et voilà toute la question sociale, — le radicalisme se redresse conservatear. C'est par esprit de conservation qu'il

lutte contre les partis qualifiés de libéraux et de réactionnaires ; c'est pour défendre le morcelle- ■ment, les petites exploitations de toute espèce, qu'il mène Tassant contre la prédominance des plôutocvates. Mais comme le socialisme lui aussi, a l'inverse, est, de toute nécessité, hostile au système parcellaire qui représente une évolution retardée et qui exclut l'émancipation du prolétariat, il se trouve en antagonisme marqué avec la démo^ ■cratie petit-bourgeoise. Dans sa poussée quotidienne, il est bien contraint de dénoncer cette fraction, parce qu'économiquement, elle apparaît comme son principal adversaire. Le parti libéral et le parli clérical peuvent bien exercer une pression sur la masse des travailleurs en les intimidant, en les meuaçant de la perte de leurs emplois, mais le parti radical les attire par des promesses illusoires En sorte que les effectifs de l'armée communiste doivent être conquis d'abord sur le radicalisme, et «dans un pays tel que la France ou encore tel que la Suisse, le prélèvement fonctionne avec une régularité soutenue. Comment alors un accord, qui ne serait point limité à une circonstance exceptionnelle, pourrait-il s'établir?

Lorsque le socialisme est encore jeune, maL organisé, sans importance numérique, le radicalisme regarde surtout vers lui. Aussitôt qu'il se fortifie,

le radicalisme se retourne vers les fractions conservatrices, parce qu'il préfère même la réaction politique à la désagrégation de la propriété. Le phénomène s'est manifesté presque partout au cours de ces dernières années, — en France où, dans les régions du nord, les collectivistes sont mis systématiquement en échec par le rapprochement des couches bourgeoises, — en Belgique, où la stagnation récente des contingents électoraux du parti ouvrier s'explique par des réconciliations survenues à la dernière heure, — en Allemagne, où, en 1903, toutes les fractions non socialistes sonnèrent le ralliement contre la Social Démocratie. Le radicalisme qui évolue dans le cadre de la société présente, et qui répugne au bouleversement, — et le communisme, dont le premier acte suppose une subversion du statut économique, sont en réalité d'irréductibles ennemis.

Cette opposition a été trop souvent niée par les socialistes, et tout spécialement dans notre pays. On s'attachait aux tendances critiques de la démocratie petit-bourgeoise, sans examiner les solutions fallacieuses qu'elle présentait ; on croyait pouvoir ruser avec elle, l'entraîner hors ,de ses voies, obtenir d'elle qu'elle déserterait sa tradition ; on espérait l'imprégner de théories nouvelles, à force de fréquentation et de contact. L'expérience

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•de 1848 n'avait pas suffi ; avec ua optimisme ingénu, on célèibrait Talliance. Elle n'aboutit qu'à un aJOEaiblissement de conscience et k un ralentissenijent d'activité pous le prolétariat.

Chaque fois (pi€ le socialisme donne le concours de ses énergies à une fraction qui répudie ses doctrines, il consomme sur lui-même un. attentat de portée indéfinie. A certains momend^s de rhistoire, tes catégories, sociales, menacées dans leurs ptûvilèges, font appel à celles qui les eombattent, afin de les désarmer par des concesâiocis fragmenr taires. Jamais ces concess^ions ne sauivent les partis qui en usent, pour prolonger leur vie ; mais elles aboutissent dli moins à ajourner la vietoire des partis q^i revendiquent la puissance, et qui élaborent la révolution. Le prolétariat, qoii sacrifie son autonomie pour contracter une alUanee, dessert sa propre cause. Il faut toujours revenir à ce précédent éclatant de février 1848 : lès représentants de la classe ouvrière et ceux de la classe- dirigeante: siégeaient côte à côte: dans le gouvei'nement ; les travailleurs avaient donné troist mois de misère à la S(iépublique,.pour permettre à( celle-eiide s'organiser,, d'inaugurer la transformation soûiale, die consacrer ce droit au labeur qui demeua*ait alors la substainee nuème des revendicationis populaiires. Lesraddx2aux s'étaient saisis de la. majjorité,. de^ l'im?

l'avenir DFD BOCIALaSTHE 111

mense majorité des places ; les socialistes avaieat lies masses, dcat la conscience sociale n'était pas encore nettement formée, mais qai, dans leur prodigieux idéalisme, éuientprètes àfonder un régime MKiveau. Us se laissèrent tenter; Us crurent que la j«iictio3i 4es petits bourgeois et des prolétaires assurerait l'évolution , écarterait les heurts et les bittes^ Ils obtinrent des mots d'abord, du plomb ensuite. Le jour où leur appui devint inutile et sembla inquiétant, leurs alliés se retournèrent contre «ecnx, et lebloc.de la propriété se redressa intaK^.

Un phénomène de moindre -envergure, mais non moins notable, et qui illustre ce développement, se ppodnisaxt en Italie à une date récente. Pour faire face MBL erii^inisme qui les écrasait, qui prenait leurs fik et prélevait sur leurs maigres revenus, les petits bourgeois de la Péninsule tendirent la msin 4M1X ouvriers^ et cette coalition brisa la domination insupportable du dictateur sicilien et de ses héritiers. Lorsque la fortune publique se releva plus stable, qu'un minimum de liberté eût été restauré, que les petits industriels et les petits commerçants eurent retrouvé quelques parcelles d« prospérité^ le gouvernement soi-disant radical de M. Giolitti dénonça le socialisme. Après avoir marqué quelque tolérance pour les Chambres du

travail et défié la Papauté, en préconisant le divorce , il fit des avances aux catholiques. La réconciliation du Quîrinal et du Vatican a été préparée par l'expansion des idées subversives. Une fois de plus, le libéralisme et le radicalisme ont marqué qu'ils ne forment d'alliances avec les fractions plus avancées, qu'autant que ces pactes peuvent servir les intérêts économiques, dont ils ont la charge, et dont ils sont la représentation*

V. — L'action prolétarienne est d'autant plus forte qu'elle est plus distincte. Plus s'affermira la conscience de classe, plus se répandra la notion de l'antagonisme inéluctable des couches sociales, et plus le communisme étendra son rayonnement. Si la collaboration intime des groupements politiques et des groupements syndicaux est la condition nécessaire et suffisante du triomphe, c'est à la réalisation loyale et définitive de cette entente que tous les socialistes doivent s'attacher. Or, ce concert étroit ne sera qu'une chimère, aussi longtemps que le socialisme demeurera un simple parti jeté parmi d'autres partis. Sur toutes matières, la démocratie sociale, qui ne se confond nullement avec la démocratie politique, doit avoir sa conception propre, son programme spécial, ses solutions définies. Aussitôt que le régime économique, que la structure de la propriété est en jeu, elle se sent séparée par

un abimc de toutes les fractions qui défendent Tancien statut, et c'est pourquoi elle ne saurait s'allier à Tune d'entre elles, prendre et recevoir des engagements, sans accomplir une mutilation de sa propre pensée. Seule, une doctrine claire et simple peut frapper les masses révoltées contre leur sort. La doctrine socialiste perdrait sa clarté et sa simplicité dans les rapprochements, qui en dénatureraient le sens, et qui la réduiraient à un pur verbalisme métaphysique. Et ainsi, avec une évidence frappante, la victoire apparaît illusoire, en dehors du hautain isolement que l'évolution historique même impose au prolétariat.

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