‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 15 sur 46 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

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Jusqu'à présent je me suis appliqué à faire counaltre les vraies dispositions de l'esprit public à l'égard de l'établissement d'une dynastie napoléonienne, et les services que le pays peut attendre de cette fondation ; j'ai montré ses conditions essentielles, la nécessité d'un idéal et d'un frein, et l'on a vu qu'il n'y avait de lacune à combler que sous ce dernier rapport.

Abandonnons les généralités pour entrer dans le détail des actes du présent règne. Apprécions, au point de vue supérieur auquel cet écrit se place,

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quelle est leur véritable -valeur, et quelle eal aussi la valeur de l'opinion la plus généralement répandue daus le monde officiel sur le sujet qui nous occupe.

L'indifférence d'un grand nombre de fonction- Daires à l'égard d'une question qui fait l'objet des principales préoccupations du chef de l'État est trop manifeste pour que je m'y arrête.

J'en cherche la raison, et il me semble que cette indifférence, et l'incrédulité qui l'accompagne , tiennent surtout aux idées chimériques que l'on s'est formées sur les moyens de réalisaUon.

Il existe à cet égard deux iltusions également funestes : l'une s'explique par l'inlluence qu'exerce sur les meilleurs esprits le courant quotidien des affaires; l'autre repose sur une fausse assimilation de la politique de Guillaume et de ses héritiers à celle pratiquée jusqu'à ce jour par les Bonaparte.

Avant d'aller plus loin, il importe de dissiper ces deux illusions et de débarrasser l'esprit du lecteur des appréciations inexactes et des préventions qui pourraient nuire à l'examen des moyens de solution exposés dans la suite de cet écrit.

La première illusion consiste à imaginer qu'il

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n'existe pas de principes déterminés ni de conditions esseatielles pour l'établissement des dynasties ; qu'elles se fondent d'elles-mêmes et sans plan arrêté, quand l'esprit du temps les comporte; qu'il suffit pour cela de bien gouverner, au jour le jour, les intérêts des populations et de pourvoir aux besoins qui peuvent surgir; qu'enfin, pour enraciner sa lignée dans le sol, l'Empereur n'a qu'à poursuivre une carrière où il donne à son fils l'exemple d'une grande supériorité et d'un égal bonheur dans la pratique du gouvernement.

Ce fatalisme commode, cette honnête quiétude ne compromettent rien en apparence. On va Toir combien il serait dangereux de s'y abandonner.

On peut dire, sans flatterie, qu'au point où il est parvenu, le règne de Napoléon III forme déjà l'un des plus laborieux de l'histoire.

L'Empereur a rétabli l'ordre , il a délivré le pays des perspectives sinistres que faisaient naître, en 18Zi8, les aspirations fiévreuses du grand nombre, les violences de l'émeute, les terreurs de la classe aisée, t^ rancunes et les manœuvres des anciens partis.

Des guerres ont relevé l'honneur du drapeau.

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Des amélioraticms nombreuses oot été réalisées à l'intérieur. Les travaux publics ont considérablement accru la prospérité matérielle.

Des expéditions lointaines, dont l'une est accusée d'avoir engagé témérairement notre politique et nos ressources, ont cependant fait prendre à ta France aux extrémités de l'ancien et du nouveau moade des positions de nature à grandir le rôle qu'elle est appelée à remplir un jour dans l'équilibre et la civilisation des peuples et des races du globe eutier.

Depuis sa restauration, tous les aciesdu gouvernement impérial sont marqua au coin du patriotisme. Peut-on dire qu'ils ont au même degré le caractère dynastique î

Des guerres heureuses, le développement de l'aisance dans les classes populaires, des entreprises comme celles de Chine, de Cochinchine et du Mexique suffisent-elles réellement à fonder aujourd'hui une nouvelle maison souveraine?

C'est ce qu'il importe d'examiner froidement.

La gloire d'abord est sans doute un bien précieux; mais ses effets moraux ne se font pas sentir de la même manière dans toutes les situations. Les

iotérêts de chaque jour, Tambition de ta carrière, les douceurs de la famille, au milieu d'un moode en possession de tous les agréments de la vie, font, sur une partie notable de la classe aisée, refTet des délices de Capoue.

Aujourd'hui le culte de la famille et le culte lie la patrie semblent s'équilibrer, ou du moins la prédominance des intérêts du foyer domestique oe gêne pas encore l'action du gouvernement au dehors : elle diminue seulement le profit qu'à une époque antérieure un souverain aurait retiré des mêmes œuvres.

Les entreprises militaires de Napoléon III n'ont pas d'ailleurs l'importance dynastique que les grandes campagnes du premier empire auraient certainement eue sans les désastres qui les suivirent; et si la popularité des guerres nouvelles, pendant qu'elles s'accomplissent, suffit encore pour assurer leur succès, la reconnaissance publique n'a pas assez longtemps le caractère d'unanimité qui en fait une force nationale aux, yeux de l'étranger.

Une manifestation comme celle de la double élection de Paris et des élections de quelques grands centres n'invite pas le pouvoir à chercher

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dans une troisième campagne l'appui dynastique que les deux premières ne serablent pas avoir réussi à produire.

Au point de vue des règnes qui suivront celui de Napoléon III, la situation des esprits qui vient d'être signalée est des plus graves, parce que la proportion dans laquelle les deux classes bourgeoise et populaire se balancent oe demeurera pas ce qu'elle est. C'est là un point sur lequel il faut insister; car il passe inaperçu, et il forme cependant l'un des traits caractéristiques de la situation intérieure du pays.

Je répète que la proportion dans laquelle se balancent les deux classes bourgeoise et populaire n'est pas fixe, stationnaire; elle se modifie au contraire à tout instant. La politique de l'Empereur elle-même, favorisant le courant naturel des choses, a pour effet d'élever graduellement les masses à une condition supérieure, par l'aisance et les lumières. Le pouvoir ne peut se maintenir et se fortifier qu'en travaillant à réduire de plus en plus les rangs du peuple et à augmenter d'autant ceux de la bourgeoisie ; si bien qu'un jour doit venir où la bourgeoisie sera le grand nombre, et oh le peu-

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pie, le vrai peuple, chaud patriote, simple d'esprit, facilement disciplinable, sera la minorité.

A mesure qu'une nouvelle couche d'artisans, de paysans et d'ouvriers s'élève de l'état précaire à une condition aisée, ces nouveaux parvenus du travail prennent l'amour du foyer et l'esprit d'opposition des classes citadines. Au nombre des raisons qui ont amené à Paris et daos les grands centres, d'une élection h l'autre, une si notable réduction du chiffre des électeurs gouvernementaux, peut-être faut-il compter pour quelque chose le degré d'amélioration matérielle produit par l'impulsion donnée aux travaux publics et aux affaires depuis le commencement du règne.

£n tout cas, sous l'influence de l'accumulatiou des découvertes scientifiques, des créations industrielles et de l'épargne, nul ne peut dire avec quelle rapidité s'opérera l'évolution populaire.

Peut-on arrêter l'évolution populaire? Non. Car il eu résulterait à l'instant même un mécontentement, des crises qui troubleraient toutes les relations et mettraient l'État lui-même en péril.

La solidité même du gouvernement repose donc sur un progrès social qui amène peu à peu, fata-

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lemeot, dans les années qui suivent, des effets antigouTeroementaux. En face du présent et du connu, le pouvoir croit se consolider. En face de l'avenir et de l'inconnu, la dynastie n'acquiert point de forces.

Telle est la situation.

Maintenant, nous pouvons apprécier à sa juste valeur l'opinion de ces esprits confiants qui pensent que les dynasties se fondent d'elles-mêmes, et qu'il suffit, par exemple, de bien gérer les intérêts de chaque jour dans le sens démocratique, pour attacher les générations futures aux héritiers du souverain.

Disons-le, un résultat de cette importance ne s'obtiendra pas à si peu de frais. En s'occupant d'ailleurs exclusivement du présent, en s'en occupant d'une manière incomplète, vu la prédominance des idées de guerre et le système financier suivi jusqu'à ce jour, le pouvoir ne satisfait et ne s'attache que la génération parvenue à la maturité.

La jeunesse et l'enfance ignorent la source du sort meilleur qu'on leur fait, goutte à goutte, sans enchaînement, sans vue d'ensemble, sans idée de

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justice sociale; et c'est pourquoi, dans les géneratioQS qui se succèdent, la popularité est mobile et se transforme comme elles. La passion du moment, de nouveaux besoins qui surgissent, désintéressent d'un passé, même rempli de faits utiles ou glorieux, et l'on reconnaît trop tard que le mérite d'une position laborieusement conquise ne suffit plus.

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