CHAPITRE XIII
Mais l'Empereur lui-même peut-ii se faire illusioD sur le mérite des actes de son règne, au poinl de vue spécial qui nous occupe?
Peut-il vérilablement croire qu'«n rétablissant l'ordre, à la suite de trois règnes aussi réguliers que l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet, il a rendu à la France un bien depuis longtemps perdu et qu'elle désespérait de retrouver? Imagine-t-il que la persistance de son gouvernement à suspendre la liberté, après 36 années de
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es L'AVENIR
régime parlemeolaire régulier, soil aujourd'hui pour la Fran'ce un service comparable à celui que lui a rendu Napoléon I" après la Terreur et le Directoire?
Il paraît très-difficile que l'Empereur ait cette
Napoléon III sait bien qu'il n'a pas, comme son oncle, fouillé, labouré, exaliéle moral de la nation.
L'annexion delà Savoie est-elle un avantage qui puisse compenser les sacrifices que la marine et l'armée ont coûtés depuis dix ans? En tout cas. Napoléon III poursuivait par les armes un but plus important.
Après le grand intérêt de relever l'honneur du drapeau, il a surtout fait la guerre pour arriver à la réorganisation de l'édifice européen et réaliser sa parole de Bordeaux : « V Empire, c'est lapaiœ, »
De même, il n'a suspendu la liberté que pour mieux garantir son rétablissement définitif, selon la promesse solennelle qu'il en fit à l'ouverture de la session de 1853.
Ces deux vues d'avenir n'ont encore amené aucun résultat décisif.
Cependant, le temps marche, le Prince impéiial
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ET LES BONAPARTE. 9fl
graodîL Ne serait-il pas à propos de frapper son esprit par la préparation des œuvi-es que lui seul peut-être est appelé à achever, et de s'expliquer sur l'avenir du pays, avec la même netteté et la même grandeur qu'on l'a fait pour l'avenir de l'Europe?
L'appel au congrès a été, en effet, un acte d'un caractère entièrement neuf et d'une portée bien supérieure à celle des mesures qui avaient précédé.
Evidemment, si l'Empereur n'a pas songé au congrès comme à un expédient qui pouvait le débarrasser de la question polonaise, s'il a foi dans la puissance des idées de paix, d'arbitrage, de désarmement, s'il ne s'arrête pas aux premières difficultés qu'il rencontre, s'il se dit que le triomphe Snal de cette grande entreprise ne sera peulr-êtrâ pas obtenu de son vivant, mais qu'aux yeux de la France et du monde il dépend de lui de s'en rapprocher et de mettre son Gis et ses arrière-neveux en état de la mener k bonne fm ; évidemment, dis-je, dans ce cas, la série de toutes les dispositions qui seront prises pour atteindre ce but aura au plus haut degré le caractère dynastique.
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Car les idées de paix, d'arbitrage, de désarmement sont éminemment populaires. Tout le monde aspire à voir se produire cette immense conquête de l'esprit moderne, mais en même temps qu'on en apprécie les bienfaits, on en comprend les difficultés.
Il y a donc là une entreprise longue et difficile. Sa préparation, sa poursuite, ses victoires successives, sa réalisation complète et les conséquences à en déduire n'ont pour ainsi dire pas de limite. Le désarmement et la constitution d'un arbitrage européen conduisent forcément à l'association de tous les États avancés pour l'exploitation et le perfectionnement social du globe. Tout cet enchaînement de conquêtes morales et matérielles exige le labeur de plusieurs générations, par conséquent la succession de plusieurs règnes, et peut dès lors former, dans une famille princière, les éléments d'une politique traditionnelle.
De tout ce qui précède, il résulté que parmi les actes du présent règne un seul a véritablement le caractère dynastique ; mais comme les faits qui le suivront et les conséquences à en tirer ne dépendent pas du gouvernement français seul, on
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comprend à première vue que cet acte ne saurait assurer par lui-même dans l'avenir le succès des idées de l'Empereur.
La conclusion à tirer de ces considérations, c'est qu'il est faux que toute politique, sufQsant à la solution des difficultés de chaque jour, soit également propre à consolider un régime nouveau.
Il n'y a pas qu'une manière de bien gouverner; en réalité il y en a deux.
Il existe un ordre de mesures excellentes pour asseoir un gouvernement, mais sans efficacité pour le perpétuer; et il y a un autre ordre de mesures qui peut remplir à la fois ce double office.
Quand on se propose de fonder une maison souveraine, entreprise si rare dans l'histoire, et aujourd'hui plus que jamais hérissée de difficultés, il faut méditer profondément sur la différence qui distingue ces deux: politiques.
Toutes deux produisent de bons effets et sont par conséquent attractives, séduisantes; mais l'une est dynastique, et l'autre ne l'est pas.
Cette dernière, la politique qui est gouvernementale et n'est pas dynastique, ne se préoccupe que faiblement, vaguement, de Tavenir. Elle sacrifie tout
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auK nécessités présentes. Ëxcelleote pour résoudre les difficultés et satisfaire aux iMsoins it mesure qu'ils se produisent, elle ne prépare et ne prévoit rien de grand ; il en résulte qu'au lieu de diminuer les mauvaises chances du règne futur, elle peut les faire naître et les accroitre.
L'autre, au contraire, qui est à la fois gouver- Dem«itale et dynastique, s'inspire de l'avenir autant que du présent. Elle ne garde pas le silence, elle ne croise pas les bras devant des difficultés dont il n'est possible de triompher qu'avec les siècles. Sa prévoyance se plaît, au contraire, dans les aitreprises qui embraeiseot les destinées de plusieurs générations et légitiment la succession de plusieurs règnes. Elle crée, par sa parole et ses actes, une forte tradition nationale qui prépare les œuvres futures, facilite, du vivant même du souverain, le passage d'un règne à l'autre ; et l'institution se trouve ainsi garantie contre les mauvaises chances qui pourraient résulter d'une minorité, d'un règne faible, ou des entraîneinents que cette ^édestination de la oaisâaQce peut exercer sur un prince portant le grand nom de Napoléon, et parvenu peut-être au pouvoir sans l'avoir mé-
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rite par des épreuves ou des mérites personnels.
Le dernier fondateur de dynastie dans les temps modernes, Guillaume i^'Orange, n'a pas hésité entre ces deux politiques.
Les plans qu'il adopta, il y a cent-soi\anledix ans, la ligne de conduite que, pardon exempte, il imposa à ses héritiers, ont été couronnés d'un plein succès.
Il est utile de mettre en présence les deux époques et les deux situations. Ce parallèle servira à dissiper la seconde illusion des amis du pouvoir ; il éclairera d'un nouveau jour la marche à suivre pour la réalisation de l'entreprise napoléonienne.
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