‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 17 sur 46 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Pour justiSer la conduite du gouvernemeat, les promoteurs du régime actuel ont cru pouvoir s'appuyer plus d'une fois sur la carrière de Guillauate IIl et de ses successeurs.

L'exemple d'une révolution terminée par rétablissement d'une maison souveraine est un fait si rapproché de nous, qu'il était naturel que l'on cherchât à s'autoriser de cet antécédent. Mais les . deux nations et la conduite des deux souverains présentent, sons plus d'un rapport, des dîlTérences et même des contrastes dont on n'a pas tenu assez compte.

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Rétablissons les faits et voyons quel enseignement ressort de ce parallèle.

GommençoDS par la politique extérieure.

Au moment de la chute du dernier des Stuarts, l'intérêt de la Grande-Bretagne au dehors offre une analogie frappante avec celui que devait poursuivre l'Empire reconstitué, succédant, après un interrègne républicain de trois années, à la monarchie de Juillet.

Napoléon III, plus que Napoléon I", s'est trouvé, à l'égard de l'étranger, dans «ne position identique à celle de Guillaume ITI. Il arrivait, comme lui, à la tête d'une nation qui se croyait humiliée, et avait à prendre une revanche. Bien que née d'une source différente, une même passion a animé les deux souverains. Enfin, ils ont été aussi heureux l'un que l'autre. L'adversaire de Guillaume, Louis XIV, subit en6n cette loi de la force qu'il prétendait imposer. La nation que les Stuarts lui avaient vendue retrouva l'honneur et l'indépendance, et les craintes de monarchie universelle, entretenues par le souvenir de Philippe II, se dissipèrent comme une fumée.

Napoléon III aussi a rendu l'honneur à son

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pays. Il a eiïacé jKir les caiiipagoec; de Grimée et d'Italie Jusqu'aux dernières traces des humiliations passées. Il a mis fm à la coaliliou, cette autre chimère d'une oligarchie diolatoriaie, qui menaçait la France et la révolution du sort que Louis XIV réservait à l'Angleterre et à l'Europe.

Mais là s'arrête l'analogie.

Une fois délivrée de cet adversaire redoutable, Louis XIV, et rendue à la dignité et à la liberté , l'Angleterre, sous l'inHuence du génie de la race, de la prédominance de son aristocratie et de la nature insulaire de son territoire, allait accomplir au dehors une destinée constamment agressive qui n'est pas celle de notre pays. C'est avec juste raison que Napoléon III est entré dans une voie toute ditîérente de celle des princes de la maison de Hanovre.

La démarche par laquelle tous les souverains de l'Europe ont été conviés à se réunir pour régler amiablement leurs différends et réduire leurs armées , démarche admirablement conforme aux.

traditions et au génie de la nation française, place les Bonaparte aux yeux de l'Europe dans une situation qui aurait plutôt de l'analogie avec celle

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OÙ se sont trouvés les Capets au milieu de là France féodale, en tenant compte, il est vrai, des éléments différents de chaque époque et de la nature particulière des deux entreprises : celle des Capets ayant pour but la réunion des provinces composant la France d'aujourd'hui en un seul et unique empire, et celle des Bonaparte, la réunion de tous les grands et petits Ëtats de l'Europe en une vaste confédérdtion.

La confédération , but que poursuit Napoléon III, n'était pour Guillaume qu'un moyen. Il s'efforçait, lui aussi, de réunir les puissances divisées; c'était pour arriver,, non pas à la paix ni au désarmement , mais à la ruine de l'ennemi cotamaa.

Le contraste ne s'arrête pas là ; il apparaît encore sur un point essentiel qui donne te secret d'une des plus grandes dilfîculeés que présente l'établissement de la nouvelle dynastie.

Les successeurs de Guillaume apportaient en dot à leur nouvelle patrie une province héréditaire sur le continent. Les héritiei's de Napoléon I", aux yeux de la diplomatie européenne, ont apporté en dot à la France une demande en revendication.

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Le Hanovre était un lien naturel entre l'Angleterre et l'Allemagne.

Les provinces rhénanes ont été jusqu'à ces derniers temps et redeviendront, on doit le prévoir, entre la France et l'Allemagne, une pierre d'achoppement.

Le roi d'Angleterre était prince légitime de* l'Empire germanique.

Georges I*'" était resté Allemand, à ce point qu'il pouvait à peine suivre une conversation en anglais. La communauté d'intérêt garantissait que tous les caprices de la politique britannique sur le continent obtiendraient les sympathies et souvent même un codcoui^ armé, surtout s'il s'agissait de contrecarrer les vues d'une puissance mal affermie encore à Strasbourg et a Nancy.

La politique de Napoléon III , au dehors , ne ressemble en rieh à ce qu'était la politique anglaise, il y a un siècle et demi. Elle se propose un but plus noble, plus généreux et plus démocratique, puisque dans le nouveau concert européen les petits États seraient admis comme les puissances de premier ordre.

Mais celte politique, à l'inverse de celle des princes

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de Hanovre, trouve devant elle une Allemagne déliante, hostile, aigrie jusqu'à la passion dès qu'elle voit apparaître dans son imagination la question du Rhin.

Ces craintes semblent se calmer. Cependant, on peut se demander si l'Allemagne a eu tort de repousser si longtemps les avances du gouvernement impérial -et de croire à une arrière-pensée d'agrandir du côté de l'est la frontière de la France?

L'exemple de la Savoie suffirait à justifier sa conduite. Et le sujet qui nous occupe montre que ses soupçons, s'ils devaient renaître, reposeraient au moins sur des considérations sérieuses.

L'idée fondamentale sur laquelle se base la néc^sité de l'Empire, c'est qu'une dynastie nouvelle fera mieux les affaires de la France que la République. Mais, alors que le chef de la race n'était encore que simple général, la France embrassait depuis des années dans son territoire la Belgique et le Rhin. Le plus grand guerrier du monde n'a pu rendre française une seule de ses conquêtes. Sa chute, au contraire, a laissé la France épuisée et amoindrie.

N'est-il pas naturel, se dit-on à l'étranger,

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que ses héritiers ne se croient solidement assis sur le trône que lorsqu'ils auront readu à la France les frontières qu'elle avait au moment où le premier consul a pris possession du pouvoir, et qu'elle n'a perdues; que par les fautes de l'Empereur?

Là est la dilTérence de situation des deux souverains; ce côté fort de la dynastie de Hanovre correspond à un côté faible de la dynastie des Bonaparte.

Si Napoléon III voulait conquérir sur le continent une position aussi favorable à ses desseios de paix et de désarmement que celle des héritiers de Guillaume d'Orange i'a été à leur politique d'agression, il faudrait d'abord renoncer pour jamais au Rhin.

Après le peu d'efifet produit sur l'opinion publique par la réintégration de Nice et de la Savoie, on semblerait fondé à croire qu'il n'existe chez elle aucune arrière-pensée , aucune préoccupation de nature à gêner sous ce rapport la liberté d'action du pouvoir. Les sympathies de la démocratie pour les nationalités opprimées sont pures de tout calcul. C'est dans les masses du moios UD simple élan d'humanité, de vrai lÉhérali.sme.

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lâ pensée la plus répandue dans loules les classes, c'est que la paix définitive de l'Europe et l'entrée des États secondaires dans le concert européen deviendraient pour tioire pays la source d'une influence morale mille Tois plus précieuse que des acquisitions nouvelles de territoire.

Le gouvernement, il est vrai, peut-il prendre un engagement à cet é^ard? Et, à supposer qu'il le puisse, comment convaincre l'Europe de la sincérité d'une pareille résolution?

Pour qu'un tel engagement fût pris au sérieux par les cabinets de l'Europe, il faudrait au moins que l'Empereur justifiât qu'il a un moyen plus efficace d'enraciner sa dynastie en France que celui que lui offrirait la conquête du Rhin.

Ce moyen est-il en effet dans sa main? Dépend-il de lui de l'employer?

Avant de résoudre cette question, résumons le parallèle des deux dynasties à l'extérieur.

Guillaume III et Napoléon II! ont réussi à relever l'honneur de la nation que chacun était appelé à gouverner. Mais là s'arrête le point de ressemblance entre les deux souverains.

Pour suivre ses desseins sur le continent, la dy-

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nastie napoléonienne a devant elle un obstacle sérieux à vaincre là où la maison de Hanovre rencontrait au contraire des sympathies et un concours assurés.

Ce fait implique, pour le gouvernement impérial, la nécessité de compenser cette infériorité de situation par des avantages d'un autre ordre.

En poursuivant cette comparaison, nous verrons si la politique intérieure lui en offre réellement le moyen.

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