‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 2 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quel est, d'abord, l'état de l'opinion à l'égard du régime impérial?

Le milieu dans lequel se poursuit l'entreprise napoléonienne lui est-il favorable ou contraire? La pensée d'afTermir les institutions existantes soulève-t-elle une résistance passionnée, aveugle? L'Empire a-Hi des ennemis irréconciliables? Ou bien ne s'exagère-t-on pas, au contraire, les dangers qui l'environnent?

b,Googlc

Voilà des questions qu'il faut avant tout éclaircir.

L'opposition qui s'est formée sous le gouvernement de l'Empereur est de plusieurs sortes,

H y a l'opposition des hommes à principes inflexibles. Ceux-là ne sont pas nombreux, et parmi eux bien peu conservent aujourd'hui l'espoir d'une réalisation prochaine de leurs idées. La démocratie se sert de leurs noms comme d'un drapeau, pour indiquer au pouvoir le sens dans lequel elle voudrait le voir agir, et aussi pour lui faire sentir que, dans la situation des choses, elle entend maintenir sa complète indépendance vis-àvis de lui.

Cette disposition d'esprit, particulière aux grands centres, tient surtout à ce que l'Empire ne s'est pas encore engagé solennellement quant à l'avenir de la société. Il règne à ce sujet, dans les masses, des aspirations très -légitimes que les hommes d'Etat croient devoir passer sous silence. Si le pouvoir entrait en communion d'espérance et d'intérêt avec le grand nombre, si le peuple sentait sa destinée et celle de la famille Bonaparte associées dans une foi commune, son attitude changerait.

, npurrib/GoOgIc

< L'AVENIII

En dehors de i'aclion des coryphées populaires g'agileot ies vrais partis, groupes beaucoup plus nombreux, actîrs, afiairés.

Les partis, dans la pratique de la vie courante, ne sont pas absolus, esclusils. Ils peuvent composer, parce que l'on compte parmi eu)c des cbefs capables de prendre la direction des affaires et autour desquels la foule se rallie et se discipline.

Quelle est aujourd'hui leur altitude?

Ils sont désorientés, dispersés ; et de leurs débris qu'un même intérêt rapproche, il naît un nouveau parti, le parti libéral. Il ressort même clairement, du langage tenu dans les journaux elà la tribune, que ce parti n'aspire pour le moment qu'à une chose, à devenir l'opposition dynastique d'un empire constitutionnel.

M. Odilon Barrot en a tracé le programme. Le serment prêté par une cal<5gorie d'hommes politiques qui l'avaient refusé jusque-là témoigne qu'une révolution radicale s'est opérée dans l'opinion qu'ils se formaient des chances de longévité du gouveroemeat actuel.

Dans le domaine des éventualités immédiates,

b,GoogIc

ET LES BONAPAUTK. 7

les chefa de paru ont déBarnié. L'hoslililé ne se traduit plus qu'eu malices de tribune ou de salons.

Peulr-OB dire que cette petite guerre de l'esprit français, que le premier empire a tant redoutée, coiii^titue un péril public, maintenant que le peuple investi du suffrage universel, dans des conditions beaucoup plus libérales que le sy.stème de l'an vhi et de 1804, peut choisir directement les interprètes de ses opinions et de ses besoins ?

Raisonnablement, on ne le peut pas.

Quelque spirituels qu'ils soient, les derniers adversaires de l'idée dynastique ne sont rien moins que des philosophes poursuivant une forme de gouvernement supérieure au principe napoléonien. C'est toujours la question du même air qu'on voudrait jouer autrement.

Et si l'on considère maintenant la grande masse des incertains, des indiiTérents, qui se laissent aller au courant de la vie sans se préoccuper outre mesure des affaires pubhques, on découvre bien vite que chez eus l'incrédulité , à l'égard du maintien des institutions ex^istantes , est en complète contradiction avec leurs traditions de famille et

b,Googlc

la manière dont ils gouvernent leurs propres intérêts.

Il n'est personne, avocat, médecin , érudit, magistrat, littérateur, artiste, financier, cultivateur, fabricant, artisan, qui ne pense que l'expénence acquise dans sa carrière et qu'il transmet à son tils ne le place dans ia meilleure position pour lui succéder.

Combien de noms ne voyons-nous pas se perpétuer dans toutes les directions de la politique, (le l'art, de la science et des affaires !

En laissant de côté l'armée et la magistrature, car elles offriraient trop d'exemples en faveur de cette thèse, quel est, dans les autres carrières , le chef de famille qui, au foyer domestique, ne rêve la prolongation et le progrès de la destinée qu'il s'est faite, des œuvres qu'il doit laisser après lui.

Chacun voudrait bien fonder sa dynastie , et ce sontceuxquiy tiennent le plus qui ne comprennent pas que l'Empereur fonde la sienne.

Faut-il prendre au sérieux, plus que ne fait le public lui-même, cette conlradiction naïve d'un cerlain monde dont les propos n'ont réellement

DigitzrrIbyGOOgIC

EX LES BONAPAKTE. «

d'intluence que sous les g:ouverDements qui ne saveot ni penser ni agir?

Il est clair que l'hérédité, comme principe de distribution des bonnes chances de la vie, perd chaque jour du terrain. C'est le résultat inévitable et heureux des progrès de l'éducation gratuite , de la prévoyance et du crédit. Four s'aiïermir, un gouvernement doit favoriser cette tendance naturelle; mais il n'est pas moins vrai que l'hérédité, qui joue UD si grand rôle dans la transmission des fortunes et des clientèles, restera longtemps encore le moyen le plus régulier et le plus sûr de perpétuer le pouvoir souverain. Si les difficultés de l'établissement d'une nouvelle maison souveraine sont grandes, il faut les chercher autre part que dans la décroissance des influences du principe de l'hérédité et dans l'opposition du pays.

Au fond, l'idée dynastique ne rencontre nulle part d'adversaires déterminés et dangereux.

On aspire à de grandes réformes, mais on respecte le pouvoir; on le sent fort et bien intentionné. Il a beaucoup amélioré, et il maintient l'ordre. Le plus ou le moins qu'il fera ne peut soulever, pour le moment, une question de vie ou de mort. En

DigitzrrIbyGOOgIC

sera-l-ii ainsi dans les règnes suivants? Que deviendront ces règnes? Et si l'on doit passer par une minorité, quelle sera sa destinée?

Les exemples fourmillent de caractères, d'intelligences , de goûts et de penchants divers qui ont pu. par le seul fait de l'hérédité, se succéder sur ,1e trône, et qui en France, au iix* siècle et dans les conditions aclueiios du pouvoir, ne s'y maintiendraient que par miracle.

Dès lors, est-il prudent de rendre si lourde la responsabilité du souverain, et faut-il considérer sérieusement comme antidynastique le culte qu'une portion considérable de la classe éclairée porte au régime parlementaire?

Sans prétendre faire revivre de toutes pièces le vieux mécanisme de la monarchie de Juillet, qui mettait les agents du pouvoir dans la dépendance des assemblées, ne (X)urrait-on , au moins , épargner à la France cette alternative dans laquelle la constitution la place aujourd'hui, d'être une nation fortement organisée, avec un homme de génie ii sa tête, ou une nation menacée d'agitations et de bouleversements, sous un prince d'une intelligence ordinaire? Ëst-il raisonnable de considérer

■D,g„.c,lbyGOOglC

ET LES KONAt'ARTE. M

comme des eonemis de l'instilulioii les hommes d'Étal qui se préoccupent de ce problème et qui ne foi'nienl qu'un vœu, c'est (ju'il soit résolu sajçement, pi'udemment, en tenant compte de la nature des choses et de l'expérience acquise?

Aucune institution humaine n'est solide etdurahle, si elle ne prévoit la mauvaise comme la bonne forluoe, et si elle n'est propre à fonctionner dans lesdeuxhjpothèses. Fauted'une constilution qui se ploie à toules les éventualités , doit-on exposer le pays à perdre le bénéfice qui résulte de ce qu'il a à sa léie le nom magique de Napoléon, juste au moment oii l'inlluence et le prestige de cette auréole glorieuse seraient le plus nécessaires?

Ces réflexions se représentent sous mille formes, et la disposition générale qu'elles font naître est celle-ci :

Les esprits prévoyauts voudraient éviter dans l'avenir les révolutions.

Ils voudraient que l'empire fi^l constitué de manière à braver tous les hasards, et à donner alternativement, selon la diversité des occurrences, le profit du gouvernement par le pouvoir, et du gouvernement par la nation.

DigiUrrlbyGOOglC

II ne s'agit pas de revenir aux luttes de portefeuilles, et personne ne voudrait voir encore les ministres obligés à des travaux quotidiens de tribune, qui relégueraient de nouveau l'administration des affaires aux mains de fonctionnaires de second ordre.

Mais ne peut-on faire à la nation, dans la personne des députés des départements, une part qui sullise à la satisfaction des intérêts courants, et devienne, dans les circonstances difficiles, une garantie contre le danger que pourraient faire courir au souverain régnant l'isolement et l'exagération de ses droits?

Pourquoi, par exemple, ne pas rendre au Corps législatif le droit de proposition des lois, privilège attribué au Sénat, qui n'en fait rien , tandis que dans la main des députés, pendant trente-six ans, il avait produit tant de recherches etd'élaborations patientes que l'Empire restauré a su mettre habilement à profit? En effet, c'est parce qu'il avait trouvé les cartons des ministères remplis de travaux de commissions et d'enquêtes, et qu'une foule de questions étaient ainsi amenées à maturité, que le début du règne a eu un si vif éclat.

nigiUrrlbyCOOglC

ET LBS BOSAPARÏK. U

Concilier les prérogatives des représentants électifs des départements avec celles du représentant héréditaire de la nation, n'est peut-être pas aussi difficile qu'on le pense.

J'espère le démontrer dans la suite de cet écrit; mais, dès ce moment, il est hors de doute que si la conciliation entre le pays et le pouvoir échoue, ce n'est pas l'état de l'opinion qui l'aura rendue impossible.

Pour tout esprit impartial et réfléchi, il n'existe réellement pas au cœur du pays une opposition radicale contre l'établissement en France d'une nouvelle maison souveraine.

Les tendances naturelles de l'opinion et les dispositioDsdes partis n'étant pas contraires à l'entreprise napoléonienne, le peu de progrès que cette entreprise Tait dans les esprits ne tiendrait-il pas à ce que le public en général, et surtout les représentants de l'autorité, se sont formé jusqu'à ce moment une fausse idée des lois naturelles qui régissent l'institulion, des bonnes et des mauvaises chances qu'elle doit forcément traverser, de ses devoirs, des garanties qu'elle doit ofl'rir, des services que seule peut-être elle est en nie-

DigitzrrlbyGOOglC

sure de rendre, et des moyens qu'elle y doit employer?

Il faut mettre successivemeot dans leur vrai jour toutes œs faces du sujet.

Définissons ce qu'est en réalité une dynastie, et rendoDs-nous compte des avanta^« que la France peut ea attendre.

KT LES BOMAPAIIIK.

Page 1