‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 3 sur 46 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Il faudrait d'abord convaincre les incrédules que la consolidation du régime actuel n'est pas aussi impossible qu'ils se l'imaginent.

Le rétablissement de la liberté, dont il sera beaucoup question tout h l'heure, le progrès même le plus radical des classes populaires, sont des sujets qui ne laissent pas d'obscurité dans l'esprit.

Mais l'établissement d'une dynastie, ses origines, sa raisoQ d'être, ses effets, sont moins connus.

Quelques explications préliminaires sont donc indispensables.

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Peu de persoDDes, ea eiïet, se reDcleot compte du rôle qu'ont joué les maisons souveraines dans le passé, de là manière dont elles se sont établies, perpétuées, et des causes qui y ont mis fin. Et parmi le grand nombre de ceux, qui sans réflexion et sans enthousiasme , acceptent comme une nécessité l'existence en France d'un pouvoir héréditaire, combien pourraient expliquer cette nécessité autrement que par des raisons négatives, c'est-àdire par l'impossibilité oii se trouve aujourd'hui le pays de se gouverner lui-même ?

A leurs yeux, l'incapacité du pays doit-elle subsister indéfiniment?

Ils n'oseraient l'affirmer; car, après tout, si la nation , prenant après la révolution de Février la gestion de ses propres affaires, n'a pas trouvé du premier coup la perfection en fait de gouvernement, du moins a-t-elle montré que, sous ce rapport, la génération contemporaine était en grand progrès sur celle de 89.

Le pays ne s'est laissé entraîner cette fois dans aucun écart. H a su triompher seul des plus terribles épreuves. Enfin, librement et d'instinct, il a saisi et développé le germe d'un gouvernement régulier.

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sitôt qu'il s'est présenté à lui ; car tout, même le rétablissement de l'Empire, s'est fait par la nation.

Mais l'obscurité, la confugion des idées sont encore accrues par le langage et la conduite des amis mêmes du gouvernement.

Les hommes d'État, les fonctionnaires élevés qui sepréoccupent faiblement, il estvrai, de la question, confondent généralement l'établissement dynastique avec le passage isolé d'un règne à l'autre, et vivent dans cette confiance que, le jour où le Prince îinpérial aurait succédé à son père la maison des Bonaparte serait fondée, oubliant que Charles X a succédé à Louis XVIH et n'en est pas moins mort dans l'exil !

Il n'est donc pas mutile de définir ce qu'est réellement une dynastie, de faire connaître à quelles conditions elle existe, comment elle se développe et se consolide.

Cette explication fera mieux comprendre s'il est des avantages que la France incrédule et révolutionnaire du xix' siècle pourrait retirer encore aujourd'hui de l'institution, avantages qu'elle ne saurait peut-être obtenir par un autre moyen.

Une dynastie est une suite réguhère de souve-

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raias, se bUCcédaDl suivant un certain ordre d'iiérédité, et de nos jours luaiotenus au pouvoir par la volonté nationale.

Il faut que le besoin qu'éprouvent les peuples de cette roruie de gouvernement soit bien grand, puisque jusque dans les temps modernes la minorité, les imperfections de l'âme et du corps, la captivité, la fotie même d'un souverain, n'ont jamais mis en doute la conservation du rang suprême dans sa famille.

La captivité du roi Jean, celle de François l*% la folie de Charles VI, n'avaient relâché en rien les liens qui attachaient la nation française à la race des Capets. Plus récemment, en Angleterre, la démence de Georges II!, les prodigalités excentriques du régent, dont le Parlement fut obligé de payer les dettes, n'ont pas même fait naître la pensée que la posiiession du trône par la maison de Uanovre en pût être ébranlée.

Napoléon, en 1814 et 1815, Ferdinand 1" d'Autriche, en 1848, ont quitté le pouvoir dans la force de l'âge, ce dernier volontairement et par la cooscience qu'il avait acquise de son iosuitisanco

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L'hislotre avait offert déjà l'exemple d'abdicalions pareilles. Oq conçoit que le progrès des mœurs et de l'opinion multiplie dans l'avenir ces sacrifices volontaires, et que le grand intérêt d'alTerluir UD gouvernement nouveau les rende plus acceptables; toutefois il est difficile qu'ils ne forment jias toujours des exceptions.

Gomment recoDDaltre que l'héritier d'un prince est plus ou moins capable de régner? Comment poser des règles, une limite au delà de laquelle le caractère, l'intelligence, le tempérament deviendraient un empêchement régulier à l'exercice du pouvoir?

Ce serait altérer si profondément le principe dynastique, qu'on en perdrait tout le profit et qu'il ne mériterait plus de conserver son nom.

C'est que le pacte qui unit une maison souverafoe et un peuple ne repose pas sur un intérêt temporaire, il embrasse l'avenir de plusieurs génératioQs; retirez cette condition fondanuentale, l'apparence seule reste, l'institution n'existe plus.

Pourquoi, dira-t-on, poser le problème de la stabilité du pouvoir en des termes si absolus? En France, depuis près d'un siècle, pas- un fils n'a

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succédé sur le trôoe à son père. La société serait satisfaite si elle avait aujourd'hui la certitude du lendemain. Ne soyez pas plus ambitieux qu'elle. En embrassant un horizon trop étendu , vous mettez dans l'ombre et risquez de compromettre un intérêt plus modeste, et le seul aujourd'hui ea question.

Cette disposition d'esprit est générale, j'en conviens, mais elle n'en repose pas moins sur une erreur de fait. Ce n'est pas en s'occupant exclusivement du présent qu'un souverain assure le règne de son héritier; c'est en s'occupant de l'avenir, et de l'avenir le plus reculé que puisse embrasser la prévision humaine.

Et c'est précisément cette nécessité impérieuse de s'occuper de l'avenir le plus éloigné qui peut donner, même aujourd'hui, à l'institution dynastique le moyen de rendre au pays des services que l'on ne saurait attendre d'un autre gouvernement.

Mais comment un gouvernement peut-il trouver sa force dans l'avenir plus que dans le présent? Gomment des choses qui ne sont encore qu'à l'état de conjectures, d'hypothèses plus ou moins vraisemblables, auraient-elles le privilège d'affermir les

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institutions d'un pays, plus que ne saurait le faire la bonne administration des intérêts conlemporaina?

L'histoire et la politique prouvent qu'il en a toujours été ainsi.

C'est la loi naturelle des gouvernements qui durent. Et plus la civilisation se développe, plus cette loi acquiert d'évidence.

L'avenir, en effet, devient de moins en moins hypothétique.

Aujourd'hui tout le monde reconnaît que le progrès social est la destinée des sociétés. Nonseulement on constate que les sociétés ne sont pas station naires, qu'elles ne cessent de se perfectionner, mais nous retrouvons dans le passé les traces de ce développement qui consiste à étendre les droits politiques, les lumières et l'aisance, à «n nombre de plus en plus considérable d'êlres humains.

Eh bien! ce qui a fait ta force des dynasties, c'est qu'elles se sont toujours mises à la tête du mouvement. Les peuples ont adopté comme souche de souverains les familles qui s'associaient à leur destinées, qui éclairaient la marche, tenaient l'étendard , poussaient le cri de ralliement et

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guidaient l'anuée |)opiilaire à la conquête qu'elle poursuivait.

Toujours en tête du mouvpniont, les dynasties gardaient en outre la tradition des destinées collectives. Un mineuPt un insensé sur le trône, un roi prisonnier à Télranger étaient considérés comme des malheurs publics qui resserraient, au lieu de le relâcher, le lien formé entre la nation elle souverain.

Le but à atteindre semblait éloigné temporairement ; on subiiïsait les jours d'épreuves en attendant une chance meilleure.

J'aurai plus d'une occasion de revenir sur ce point capital. Mais il faut admettre dès ce moment que la situation nouvelle de la société française et le vaste horizon des aspirations populaires, loin d'être un empêchement a la fondation d'une dynastie, la favorisent au plus haut degré.

Nul n'oserait prétendre aujourd'hui que les masses n'ont pas d'avenir. Cet avenir frappe tous les yeux; il est dans leurs mains. Le suffrage universel est une première étape dans la voie qui conduit l'universalité des citoyens à l'entière possession des bienfaits de la vie civilisée.

Une famille qui, adoptant pour foi politique l'ins-

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liocl oational, entreprendrait d'aider le peuple à faire <*tte nouvelle conquête, aurail des chances sérieuses d'aOermir et de perpétuer le pouvoir dans ses mains. Son chef aurait, de son vivant, un moyen certain d'assurer le sort de ses successeurs; il lui fiufïirait de marquer, comme but k leur politique, ua progrès social assez radical, assez parfait pour fournir la carrière de plusieurs règnes et satisfaire à l'ambition de plusieurs générations.

Et comment ne se formerait-il pas alors im lien d'adoption réciproque entre la descendance d'un pareil souverain, héritière de'cette tradition populaire, et les enfants et les petits-enfanLs de ta grande masse de la nation?

L'ambition du bien-ôtre moral et mat^;riel acquiert chaque jour plus de force; et cependant à peine le peuple se forme-t-il encore une idée netle des améliorations les plus immédiates que lui promet l'avenir. Et voici que ses perspectives les plus éloignées prendraient corps dans la politique arborée par le chef de l'État, en son nom et au nom de ses successeurs!

Où trouver un pareil appui ? En dehors du gouvernement, le peuple n'a devant lui qu'une avant-

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garde, la bourgeoisie, loaibeureusetuent sans initiative, et que l'absence de liberté oblige encore à se préoccuper exclusivement de sa propre destinée? Par quelles avances, par quel concours, si libéral qu'il soit, la bourgeoisie pourrait-elie contre-balaocer ta satisfaction que causerait au peuple cette certitude d'avoir toujours pour allié, dans la suite des générations, le pouvoir lui-même?

n n'est pas nécessaire d'examiner, en ce moment, si cette situation est bonne ou mauvaise pour la liberté; il s'agit de savoir si elle existe ou non.

Ceux même qui la déplorent montrent combien elle est réelle.

Il ne faut donc pas traiter avec dédain la question dynastique.

La marcbe accélérée que la Révolution a imprimée au progrès, et le sentiment de plus en plus vif que le grand nombre acquiert de l'avenir social, semblent, h certains esprits, inconciliables avec la perpétuation d'une famille sur le trône. II. en résulte au contraire, de nos jours, les chances les plus favorables pour un tel établissement.

Bien que de ce point de vue on découvre un horizon où il peut sembler téméraire de s'aven-

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turer, je m'y arrêterai un iastaot, et j'espère mon- Irer que le sentiment républicain lui-même, si l'avenir lui appartient, loin d'être un objet d'inquiétude et de répugnance pour la dynastie napoléonienne, devrait devenir son allié naturel et qu'elle y puiserait son plus puissant élément de succès.

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