‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 20 sur 46 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

,tillB. — SITVATION

NATIONiILt ET blHASTlQO!

AbordODS maintenaot la situation personaelle des deux fondateurs de dynasties.

Guillaume a joué le rôle d'un usurpateur, mais il était de race souveraine. II n'introduisait pas un parvenu au milieu des têtes couronnées de l'Europe. Il ne substituait même pas k la famille régnante d'Angleterre une autre famille. Il ne faisait qu'intervertir les rangs des ayants droit.

A la mort du cardinal d'York, en 1807, la suc-

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cession régulière se rétablit, et Georges III devint roi légitime aux yeux même des deruiers jacobites. Cette situation ne sera jamais celle des héritiers de Napoléon III. Nouvelle raison pour qu'ils compensent, par un lien plus intime avec la nation, ce qui leur manquera toujours, comme force résultant de l'adoptioD et de l'appui des autres maisons souveraines.

Guillaume était protestant. En Angleterre, le protestantisme représentait la sève, le progrès, l'avenir. C'était sous ce drapeau que se rangeaient les forces vives de la nation, sciences, finances, commerce, littérature, vertus cléricales, talents militaires, grands caractères civils et publics- Napoléon III est catholique. Le catholicisme représente-t-il en France le progrès, l'avenir politique? Est-ce sous ce drapeau que se groupent les forces vives de la nation? Non. La philosophie moderne en rallie la plus grande partie. L'Église conserve les mœurs ; elle vise au progrès moral de l'individu, et non au progrès des sentiments patriotiques, de la gloire et du bien-être de la communauté. L'Empereur ne peut pas penser qu'il puise dans sa qualité de catholique une force héréditaire com-

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parabte à t^Ie que Guillaume et ses successeurs ODt trouvée dans leur qualité de princes protestants.

Pour Guillaume protestant, c'était ud avantage que soD compétiteur au gouvememeot d'un pays protestant fût un prinoe catholique.

Pour Napoléon, empereur catholique d'un pays où la majorité des habitants, les femmes surtout, professe le catholicisme, est-ce un avantage égal que d'avoir en face de lui des prétendants catholiques? Évidemment non.

Considérons maintenant le champ d'action ouvert à l'initiative des deux dynasties.

Les iles Britanniques étaient mûres pour une grande transformation nationale.

La nation n'était pas oi^nisée en un royaume unitaire quand Guillaume monta sur le trône. Il y avait là une œuvre intérieure de longue haleine, qu'une succession de souverains protestants pouvait seule accomplir, puisque l'Angleterre et l'Ecosse avaient rompu avec Rome.

La réunion libre, volontaire, de l'Ecosse à la Grande-Bretagne, la concentration de la représentation dans un même parlement, des finances dans un même budget, de la politique dans un

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iW L'AVENIR

même cabinet , en conservant la diversité des lois religieuses et civiles, des églises et des tribunaux., tout ce travail d'uniQcation ne pouvait être préparé, accompli, consolidé définitivement que par le concours de plusieurs règnes.

Une œuvre pareille n'est pas à faire en France. Les Bonaparte ont trouvé l'unité de la nation et du territoire toute formée par une autre race que la leur et par la Révolution.

Napolé(Hi 1" et Napoléon IIl ont beaucoup fait pour le pays, sans auoun doute ; mais leurs œuvres n'ont-elles pas un caractère secondaire, comparées à ceque la nation avait accompli avant eux et sans eux ?

C'est la nation qui a constitué son unité politique et substitué aux anciennes provinces les déparleluents'et arrondissements actuels.

C'est elle qui a repris au clergé et transféré aux municipalités les registres de l'état civil.

C'est elle qui a rendu à la nation les biens de l'Église.

C'est elle qui a institué nos tribunaux et le jury.

C'est elle qui a refondu les lois romaines et les coutumes, et posé les principes de l'égalité des partages, de la liberté des transactions et des profes-

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sioDS, priacipes qui ont constitué le droit moderne et inspiré le Code Napoléon.

C'est elle qui a institué le grand-livre de la dette.

C'est elle qui a posé le principe et élaboré les bases d'un système universel d'éducation nationale, qu'aucun gouvernement après elle n'a encore réalisé.

C'est elle qui a organisé l'Institut, en y comprenant une section des sciences morales et politiques, supprimée plus tard par Napoléon I".

C'est elle qui a fondé l'École polytechnique, l'École normale, le Bureau des longitudes, le Muséum d'histoire naturelle, les musées.

C'est elle qui a établi l'uniformité des poids et mesures, et introduit le système décimal.

C'est elle qui la première, en 1790, a fait appel à la confédération des peuples.

C'est elle enfin qui, en 1848, a investi l'universalité des citoyens du droit de suffrage secret et direct.

L'Empire a donné au pays une administration, c'est-à-dire un instrument. A quelle œuvre l'appliquer aujourd'hui? Quelle est l'entreprise à accomplir en France, offrant l'importance et nécessitant

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une suite d'efforts, comparables à la grandeur et aux difTicultés de la réuDion de l'Angleterre et de l'Ecosse, et plus tard de l'Irlande dans ud seul

Il y a trois grands bienfaits que la Révolution devait produire et qui sont encore à nattre :

L'êducatioD générale et professionnelle gratuite;

La juste proportionnalité dei> taxes ;

Enfin l'introduction de la morale évaDgéltque dans le gouvernement des affaires intérieures. Le mot Fraternilé, quand il fut inscrit sur les monuments et en tête des actes publics , n'avait pas d'autre sens.

S'il était donné à la famille des Bonaparte de réaliser progressivement ces dernières promises de la Révolution et de mettre ainsi les masses populaires en possession des bienfaits de la vie lîivilisée, œrtes, ce serait une conquête sociale plus féconde, plus populaire encore parmi nous, que ne l'a été de l'autre coté du détroit l'unification des îles Britanniques par la maison de Hanovre.

Le souverain se proclame en France le représentant de la Révolution. 11 peut l'être en elfet dans le présent et dans l'avenir, à la condition

qu'il entende la RévotutioD comme l'entend et l'entendra le peuple.

Car ridée de ce que peut accomplir la RévolutioQ se trdnsforme avec les années. Les espérances positives qu'elle fait naître acquièrent plus de force à mesure que se développent le progrès des sciences, de l'industrie, des mœurs, de l'épai^ i^ne, et surtout le cours des événements.

Or, Napoléon III lui-même l'a dit : « Marchez en « avant des idées du siècle, elles vous soulienDent ; u marchez à leur suite, elles vous entraînent; mar- « chez contre elles, elles vous renversent. »

GcMicevoir à l'avance, sur une grande échelle, un plan pour la réalisation complète des promesses de ta Révolution, et assurer l'exécution partielle et successive de ce plan à chaque génération : telle est la magnifique entreprise qui, chez nous, offre le plus d'analogie avec celle que les successeurs de Guillaume III ont accomplie en fondant et consolidant l'unité de la nation britannique.

Mais le parallèle des deux dynasties a été poussé assez loin, pour faire apprécier le peu de fond qu'il faut faire sur la similitude que l'on croyait exister entre le régime d'exception qu'impose à la France

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le gouvernement impérial et la ligne de conduite suivie par Guillaume III.

D'uD autre côté, en rendant pleine justice aux. mesures prises jusqu'à ce jour et à tout le bien qu'elles ont produit au point de vue de l'afTermis-sement de l'ordre, de la restauration de l'honneur national et du développement de la prospéiité publique, j'ai fait voir que, sauf une seule, la poursuite du congrès, ces mesures n'avaient en elles-mêmes aucune vertu dynastique.

Pénétrons plus avant dans le sujet ; recherchons quelle politique pourrait avoir aujourd'hui cette vertu. Et puisque nous l'avons trouvée dans l'idée du congrès, prenons cette idée comme point de départ, examinons-la de plus près et sous toutes ses faces, voyons si elle a sa racine dans les traditions et le génie même de la nation; par ses conséquences probables nous serons amenés à en apprécier la portée et la valeur.

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