CHAPITRE XVII
Une entreprise politique ne soutient une dynastie que si elle a ses racines dans la destinée traditionnelle d'un peuple.
L'idée du règlement pacifique de tous les différends et de la réduction des armées, par la confédération des États de l'Europe, est-elle conforme aux tendances et au véritable esprit de la nation française? Ou bien le génie qui nous est propre, est-ce la passion des conquêtes, le génie de la guerre, comme sembleraient l'indiquer les campagnes de la République et de l'Empire?
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Disons-le tout de suite : il serait difficile de s'expliquer l'attitude que la France a gardée pendant la Restauration, le gouvernement de Juillet et la République de 1848, c'est-à-dire dans l'intervalle d'un tiers de siècle, si, sous l'impression bien naturelle des grandes choses accomplies dans les vingt-trois années qui avaient précédé la chute du premier empire , on y voulait chercher l'expression du caractère de la nation.
De 1792 à 1814, la France a été entraînée par des circonstances extérieures qui mettaient en question les nouvelles destinées et l'indépendance même du pays.
Pour saisir l'originalité spontanée du génie national, il est nécessaire de remonter plus haut.
C'est dans les années qui avaient précédé et qui suivirent l'explosion de 89, qu'il faut chercher le véritable espnt de la France, l'aptitude de la race, ce génie colleclitqui se transmet avec le sang, que les événements peuvent transformer, dénaturer, suspendre momentanément, mais qui reparaît toujours quand les influences extérieures lui rendent la liberté.
L'idée de lorraer une nation modèle où régne-
ET LES BONAPARTE. lai
raient la liberté, l'égalité, la fralerDité, la vraie justice enfin , avait pour conséquence au dehors de n'agir sur les autres peuples que par la propagande des idées civilisatrices et surtout par l'exemple.
Entraîner le monde par le spectacle de sa régénération, telle a été la véritable politique extérieure sortie de la Révolution française; c'est l'esprit de 89, c'est l'expression même des mœurs, du naturel de la nation, en dehors de toute excitation venant des dangers du dehors ou du dedans.
On s'est confédéré à l'intérieur, et l'idée est naturellement venue d'une confédération universelle. On a senti qu'on prenait l'initiative d'nne réforme que toute société humaine avancée voudrait imiter ; et , quant aux conséquences que devait avoir la Révolution au dehors, on s'est fié il la passion du progrès qui anime tous les peuples.
Le succès européen des écrivains du xviii' siècle était là pour prouver que ce plan était bon. On l'a mis à exécution ; on a fait appel à la confédération universelle. Tel a été, dans les rapports de la France avec les peuples étrangers, le caractère de la première explosion des idées de tolérance, de liberté
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et d'humanité, passant de la propagande de Voltaire à la politique de Mirabeau.
Mais les temps n'étaient pas mûrs pour que ce mode d'intluence morale et toute paciBquc d'un peuple initiateur pût agir sur les affaires des nations voisines.
Là Révolution, attaquée, s'est défendue. De la défense elle a passé à l'attaque. L'exaltation de la victoire et la persistance des luttes ont amené la nécessité des conquêtes.
La constitution du gouvernement français avait changé ; un autre esprit en était sorti. Était-ce un nouvel esprit? Non! c'était l'ancien, l'esprit de