CONTRAINTE
La contrainte et l'exemple, telles sont en effet les deux formes du rayonnement des nations.
La foi dans l'empire de l'exemple, la certitude de triompher parla contrainte, c'est, dans les temps antiques, le génie de Jérusalem et le génie de Rome. Les vicissitudes de ces deux formes du progrès politique remplissent l'histoire du monde entier.
Dans notre passé la contrainte tient une plus grande place que l'exemple ; mais l'adoucissement des mœurs, les idées d'humanité, de justice et de
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tolérance ont donné dans les alTaires internalionaies une part de plus en plus grande à la puissance de l'exemple.
Malheureusement, la constitution sociale et politique des autres États, en 1789, rendait l'imitation de la Révolution française impossible pour le reste de l'Europe. On peut dire que cette explosion de la première société moderne, qui se dépouillait des langes du moyen âge, n'était alors eh mesure de triompher par les voies pacifiques sur aucun point du continent.
Là où son influence s'est fait sentir, les baïonnettes françaises avaient préalablement préparé le terrain. Au delà de l'Italie, de la Suisse, de la Belgique, les armées libératrices de la République et de l'Empire rencontraient des populations encore soumises aux droits féodaux, lesquelles, loin de répondre à l'appel de la France, recomposaient des armées pour lui barrer le chemin.
Ifis Hongrois, particulièrement, ont formé une pépinière inépuisable où l'Autriche, tant de fois battue, pouvait toujours réparer ses pertes et remplir ses cadres.
Mais le temps, l'influence de la presse, de la
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tribune, le projçrès des sciences, des mœurs, du commerce , l'élan donné aux travaux publics, tout enfin allait miner peu à peu le vieil édiSce féodal du continent.
De 1815 à 1830, c'est par la puissance de l'exemple que la France a reconquis son influence sur l'Europe.
Les journées de Juillet trouvèrent la plupart des États animés d'un nouvel esprit. Sur une foule de points, le besoin des institutions parlementaires se faisait déjà sentir.
La Révolution de 1830 ne fut néanmoins qu'un premier triomphe dans cette carrière brillante oii la France donnait à l'Europe le spectacle des libertés publiques.
L'Espagne avait adopté le régime constitutionnel. L'Angleterre réalisait la réforme électorale et l'émancipation des catholiques. La Prusse inaugurait une sorte de représentation politique. La Suisse venait d'opérer une révolution radicale. Enûn la cour de Rome mettait en fermentation l'Italie entière par l'initiative de réformes qui, venant d'une telle source, semblaient presque une révolution.
Les journées de Février, éclatant au milieu de
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ces circonstances favorables, trouvèrent le reste de l'Europe (que les vieux diplomates croyaient assoupie) dans une telle préoccupation de réformes et dans un tel dégoût de ces droits féodaux, si opiniâtrément défendus contre les armées de Napoléon, que le continent tout entier s'embrasa.
Cette fois, l'éloquence de la tribune, la propagande de nos écrivains, le spectacle de nos libertés avaient produit des résultats d'une telle portée, qu'on ne saurait trouver, dans l'inlluence exercée par les guerres du monde entier, rien qui leur soil comparable. Partout les attirails de la force échappaient aux mains des vieux pouvoirs. Les armées du continent se disloquèrent, les chancelleries furent paralysées, les polices devinrent inutiles.
Le vœu de nos pères se trouvait donc réalisé. Cette dernière conquête de l'esprit de 89 témoignait que les temps étaient mûrs pour la prédominance du genre d'action qu'ils avaient préconisé, et que, dès que la France aurait h sa tête un gouvernement viril, dont aucune nécessité supérieure ne gênerait la liberté de mouvement, il ferait de ce retour à la forme primitive de l'épopée révolutionnaire l'élément principal de sa politique.
Ainsi l'initiative du congrès a sa racine dans te génie même de la race, dans le pur élan de 89, et c'est ce qui donne à cette entreprise une si haute Signification.
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