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CHAPITRE XIX

TNISTIE NàrOLÏORIEnNK * OIGAKIS

Il y a une manière certaine de juger si une entreprise de longue durée a ou n'a pas une valeur dynastique : c'est de se rendre compte de l'effet que les mesures prises pour son exécution produiront sur l'esprit de l'héritier de la couronne.

Si l'impression qu'il en doit ressentir, les idées, l'expérience que ce spectacle tend à développer en lui sont de nature à le guider plus tard dans sa carrière, on est assuré que l'œuvre elle-même et la ligne de conduite qu'elle inspirera ont bien le caractère dynastique, puisque, outre leur mérite

iotrinsèque et immédiat, elles doiveDt encore contribuer ail bon gouvernement de l'avenir.

Je commencerai par définir le mouvement qui s'opère depuis plus d'un demi-siècle au sein du peuple Trançais; je montrerai tous ses avantages au point de vue du progrès et de l'ordre, les moyens que possède le pays de l'accélérer et d'en faire Tobjet d'une fondation nationale.

Je me placerai alors au point de vue de l'Empire et de l'Empereur, de qui on a' dit qu'il était la révolution couronnée, et je ferai voir que l'entreprise en question est le véritable instrument de consolidation du nouveau régime, parce qu'elle réalise les dernières promesses de la Révolution, pai'ce qu'elle remet en honneur sa grande et belle formule, en dissipant les craintes qu'elle inspirait et en lui donnant définitivement pour corps la patrie elle-même.

L'évolution qui s'accomplit en Erance, c'est l'avènement de la démocratie. Elle lutte, et, parle travail et l'épargne, elle améliore péniblement son sort.

Depuis le milieu du xvni° siècle, des aspirations obscures, confuses, ont fermenté dans les masses à

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ce sujel. C'esl la non-iotelligence de ce nouveau besoin qui a été la cause periuaDeale de (ouïes les révolutions, et qui a fait échouer les gouvernements dans la bonne résolution qu'ils avalent prise d'en fermer Tabime.

Il n'est qu'un moyen de fermer l'abîme des révolutions : c'est de donner au progrès social «n cours régulier.

L'^irganisation de la démocratie est aujourd'hui aussi indispensable à l'ordre public que l'organisation de. la féodalité et l'organisation du tiers état ont pu l'être dans les temps qui ont servi de transition entre la société antique et la société moderne.

L'organisation de la féodalité a obligé a l'aliénation, en faveur d'un petit nombre de familles, de la presque totalité du territoire el du droit de justice locale; ellea exigé auprofit du clergé et de quelques milliers de nobles la création des dîmes, des corvées et d'une multitude de services et de redevances. , L'organisation du tiers état a nécessité la création d'une nouvelle noblesse de robe; elle a multiplié les privilèges locaux, les offices financiers et judiciaires.

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L'organisation de la démocratie se fera à moins de frais.

Voyons d'abord eQ quoi elle doit consister.

Il n'y a, dans la nation, que deux catégories de citoyens : ceux qui ont ce qu'il leur faut pour utiliser leurs facultés, élever leurs enfants, faire leurs affaires, jouir de la vie, et qui par conséquent n'ont nul besoin de l'intervention de l'État ni des communes; et ceux qui, pour développer et employer leurs facultés naturelles, arriver à la pleine possession' de leur destinée, se sentir des hommes enfin, ne peuvent rien par eux-mêmes et resteront privés des avantages moraux que l'aisance assure aux fils de famille, tant que des institutions nationales ou communales n'auront pas été spécialement appropriées à cet objet.

Je ne m'arrête pas au sens variable que l'on donne communément aux deux mots de bourgeoisie et de peuple. Je déclare que je les emploie dans le sens de la distinction qui vient d'être indiquée.

Celui qui peut se passer de toute aide de la société ou du gouvernement pour devenir l'homme que la nature le destine à être est bourgeois; et celui qui, au contraire, a plus ou moins besoin de

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ce concours est plus ou moins peuple. Quiconque observera attentivement ce qui se passe autour de lui, reconnaîtra que les divisions que j'établis répondent seules à la réalité des choses. Ainsi, non-seulemeot l'ouvrier, le journalier, mais le commis réduit à son maigre traitement, l'avocat sans cause, le fils de fermier qui sollicite une demi-bourse ou entre au séminaire, est peuple.

Le capitaine réduit à sa solde, le juge de province sans fortune paternelle, est peuple.

Ils ne peuvent pas, réduitsà leurs propres ressources, développerles facultés naturelles de leurs enfants.

La pcfôition contraire constitue le boui^ois.

Il est facile de se convaincre que les intérêts en apparence opposés de ces deux classes de citoyens, loin de s'exclure, se soutiennent et se fécondent l'iMie l'autre.

La transformation de la condition des classes nombreuses importe surtout aux classes aisées, car cette transforma lion seule poun-a disposer le pouvoir à renoncer au régime d'exception.

La bourgeoisie, ai-je dit, vit et prospère sans aucune intervention de l'État; elle n'attend du gouvernement qu'une chose : l'ordre et la liberté.

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Il est impossible qu'elle ne comprenne pas que la liberté a pu êire suspendue, uniquement parce qu'en l'état des choses le peuple n'en usait pas et ne pouvait en user. N'est-il pas évident que si le peuple eût joui, comme la bourgeoisie, de tous les agréments du régime parlementaire et de la liberté de la presse, le gouvernement actuel n'aurait pas même songé à en déposséder le pays? Car sur quoi se sorait-ii appuyé? Ce ne sont pas les exigences du travail de l'atelier ou de la charrue qui éloignent le peuple de goûter ce genre de satisfaction. Tel fermier, tel propriétaire, tel chef d'usine, tel administrateur, travaille plus que ses journaliers, ses ouvriers ou ses commis, et regrette vivemeut que la France soit privée des excitants de la vie politique anglaise. Ce qui fait que le peuple n'a pas le goût de ce genre d'émotion et qu'un petit nombre seulement y prend intérêt, c'est que les esprits n'y sont pas préparés et développés comme dans la bourgeoisie, c'est que les préoccupations privées ou publiques montrenlà chacun un horizon tout différent; ce fait explique comment, ayant été mis en possession du système parlementaire parle suffrage universel en février 1848,

le peuple n'a su en tirer dans son intéré!; aucun parti.

Nos anciens étals généraux étaient généralement animés de l'esprit de réforme, mais leur intervention dans le gouvernement de la France avait été d'une nature trop secondaire, et surtout de trop courte durée; elle ne pouvait laisser de traces profondes dans ta mémoire du peuple.

Le travail de la Constiluanle et de la Convention ne fit que déplacer le pouvoir et le concentrer de nouveau dans un foyer dictatorial, auquel il oe manquait que le génie et le manteau d'un nouveau César pour ramener les beaux jours du régime de Louis XIV.

Depuis l'origine de la monarchie, on peut dire que toutes les mesures qui ont influé sur les destinées du peuple étaient dues à l'initiative non de corps délibérants, maisd'un pouvoir central, administrant en maître les intérêts de la société.

Il ne faut donc pas s'étonner que la masse du peuple soit si facilement portée à favoriser le pouvoir, parce qu'elle a constamment besoin de lui.

Mais si de nouvelles institutions pourvoyaient d'une manière délînitive aaK. nécessités essentielles

de son existence dans le présent et l'avenir, si les facultés des enfants du peuple étaient développées à l'égal de celles des enfants de la bourgeoisie, et si, grâce au crédit, l'héritage désormais sacré, parce qu'il pourrait être dédaigné, n'était plus indispensable pour parcourir la carrière à laquelle l'éducation rend propre, il est clair que les masses, partageant les lumières et l'existence de la bourgeoisie, prendraient comni'î elle et autant qu'elle intérêt à la liberté,

La nation elle-même ne serait plus composée de deux sociétés.

Il n'y aurait en France qu'une société renfermant deux natures de bourgeois, lesquelles posséderaient également le plein développement de leurs facultés : les bourgeois qui seraient redevables de ce bienfait à la solli'citude et au patrimoine de la famille, et les bourgeois qui le devraient à la sollicitude de l'État ou de la commune et aux établissements publics d'éducation et de crédit. Alors la différence s'arrêtant là, le besoin de jouissances intellectuelles, les préoccupations, les habitudes du foyer et les mœurs étant les mêmes des deux côtés, la nation entière se trouverait intéressée à la plus

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grande exleosion des libertés dont tous, sans exception, apprécieraient les bienfaits et feraient usage.

Au point de vue politique, l'intérêt de la bourgeoisie à faire partager au peuple les avantages sociaux, dont elle jouit , à le faire semblable à elle, à lui donner ses guûts, pour rendre irrévocable le retour de la liberté, est donc évident.

Au point de vue de l'ordre et de la conservation du bien-être matériel, son intérêt est encore plus grand.

Si l'avénement du peuple a lieu lentement, péniblement, par sa résignation, ses souffrances et ses énergies personnelles, c'est l'individualisme qui règne, l'envie, la lutte, la confiance exagérée en soi, la passion du nivellement. Quelle perspective sous l'empire du suffrage universel!

Si c'est la société elle-même qui est le principal ouvrier de cette conquête nationale, c'est le contraire qui a lieu. L'ordre social est affermi par les sentiments de reconnaissance que font naître dans les masses les nouvelles institutions créées en leur faveur.

Ainsi, l'organisation de la démocratie n'intéresse pas moins l'ordre que la liberté.

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L'Empereur coalenterait également la classe aisée et le peuple, le jour où il ferait d'un plan (lestiaé à la réaliser le fcDdemeat même de la consolidation du pouvoir.

Envisageons maintenant cette grande mesure sous un autre aspect.

^'oyons quelles seront ses conséquences économiques, si elle doit être une charge pour le trésor, ou si elle ne serait pas appelée plutôt à accroître dans une proportion considérable la prospérité et la puissance du pays.

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