‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

L'organisation de la démocratie a été, comme la confédération des peuples, une des grandes vues d'avenir de la Révolution.

L'idée de développer toutes les facultés naturelles du peuple et de le rendre digne de la liberté par l'éducation est vieille de soixante-dix. ans. Elle â été produite successivement devant l'Assemblée nationale, ta Convention et les assemblées du Directoire, par Talleyrand, Gondorcet, Lakanal, Daunou et Chaptal. Toutes les bases de l'institution à créer

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ET LES BONAPARTE. fT3

sont indiquées dans leurs remarquables rapports; mais l'exécution de ce plan patriotique exigeait des capitaux et un personnel de professeurs qiie l'époque ne pouvait fournir, et qu'heureusement nous trouverons aujourd'hui sans efforts. Elle exigeait encore des programmes d'études que les progrès scientifiques rendent de nos jours plus faciles qu'au temps de Talleyrand et de Condorcet.

Alors, le mouvement d'échange des producteurs d'un bout du monde à l'autre n'avait été encore alimenté que par la persécution et la contrainte; les moyens de communication étaient pénibles et dispendieux, la puissance de la vapeur n'était pas même soupçonnée. Le projet do mettre les bienfaits de l'éducation à la portée des enfants du peuple pouvait soulever la crainte de voir le désordre s'introduire dans la société.

Où trouverait-on plus tard des manœuvres?

Comment s'accompliraient les travaux pénibles ou de dernier ordre?

Ces objections n'auraient aucune valeur de nos jours.

L'exemple de l'Amérique du Nord prouve d'abord que plus l'éducation développe i'intellî-

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gence des masses, plus les salaires s'élèvent et retiennent le grand nombre aux professions mann^los.

Quant à l'opportunité de la mesure, il est facile de s'assurer qu'elle existe et que tous les moyens d'exécution , tous les éléments de succès dont la conquête préliminaire était indisprasable , sont dans nos mains.

Passons en revue les principaux.

Avant de procéder à de grands perfectionnements dans la constitution de la société, il était indispensable d'abord que l'unité nationale fût constituée et que la France entière eût conscience de cette unité; car c'est alors seulement que les institutions nouvelles pouvaient trouver une base solide dans l'esprit public. Cette unité proclamée avec entbousiasme en 89 , sur presque tous les points du territoire, et violemment imposée par la loi et la force des armes dans les départements où l'influence des ordres privilégiés se faisait encore sentir, s'est peu à peu naturalisée partout dans Jes mœurs. Depuis la chute du premier empire, tes événements ont manifesté par trois fois, de la manière la plus solennelle, combien la fiision des

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divers éléments natiODaux dans un corps politique homogène et compacte élait complète, puisque les révolutions de 1830 et de 1848 n'y ont amené aucune division de nature à compromettre son uDité, et que tous les tâtonoements constitutionnels que le temps a rendus nécessaires ont été consacrés par un assentiment universel. L'unité nationale trouve enfin dans les institutions politiques et dans l'ensemble des services administratifs un instrument qui facilite au plus haut degré l'exécution des grandes mesures d'organisation sociale.

Une chose qui n'était pas moins nécessaire pour que la nouvelle société pût faire passer en première ligne les efforts destinés à compléter son organisation intérieure, c'était l'indépendance du territoire. Tant que la politique extérieure pouvait faire redouter que la France ne fût entraînée, malgré elle, dans des conflits de natureà mettre ses frontières en péril, il est évident qu'elle n'était point en position de rien entreprendre de grand en matière d'amélioration sociale. Les préoccupations publiques pouvaient à tout moment être entraînées au dehors. Ces temps sont passés. La France a successivement combattu les deux grandes nations continentales

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qui étaient considérées comme les plus redoutables parmi celles qui se sont coalisées contre la République et l'Empire, sans que le reste de l'Europe s'en émût. Bien plus, les guerres nouvelles l'ont liée de plus en plus étroitement avec la nation anglaise, dont le gouvememeot aristocratique, l'or et les flottes avaient été, il y a quarante ans, le principal moteur de toutes les coalitions. La France a conquis, par la sympathie des peuples qui ont imité sa révolution, des conditioDS de sécurité morale aussi solides que celles que la position insulaire de la Qrande-Bretagne lui assure géographiquement.

L'unité nationale est doue fondée, la sécurité territoriale complète. Restaient les idées, les mesures d'amélioration h déûnir, à formuler nettement pour que leur réalisation fût universellement acceptée. C'est ce qui a été admirablement opéré par les assemblées de la Révolution, dont les programmes d'éducation publique sont de vrais plans d'organisation sociale, par les journaux et par les écoles philosophiques qui ont complété ces conceptions d'organisation et d'alTranchissement du xviH' siècle.

Ce dernier mouvement d'idées a rempU l'ioter-

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valle compris entre le premier et le second empire. Tous les problèmes ont été débattus. Le public a l'ait justice des exagérations, et l'accord s'est opéré entre les esprits éclairés sur le double principe de l'amélioration des classes nombreuses el de l'associattoD de tous les États avancés.

E^Bn il est certain que, sans un progrès considérable opéré dans les sciences morales et physiques, sans l'organisation régulière des services publics par un gouvernement fort, et surtout sans ta disponibilité de capitau'C considérables, rien de véritablement important ne pouvait se faire pour l'instruction, l'apprentissage, le crédit personnel et la retraite en faveur des classes nom-

Les sciences et les arts ont accompli depuis soixante ans des progrès gigantesques, prinnpalement dus au secours qu'ils se sont prêté mutuellement. Aujourd'hui, toutes les branches des connaissances humaines et le jeu des diverses administrations contribuent d'autant plus puissamment à accélérer le progrès social, que leur action n'est pas isolée, et que tous les eiïorls visent à s'entr'aider et à se compléter.

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Cet eDCtiainement, cette harmoaie est l'un des résultats les plus merveilleux de la dvilîsalion moderne.

Ainsi l'enseignement perfectionne de plus en plus ses méthodes et multiplie les écoles spéciales et d'application. Il résulte des progrès déjà accomplis dans cette voie rju'un nombre de plus en plus grand d'individus 'devient apte à remplir des fonctions relativement plus élevées et que proportionnellement le nombre des manœuvres diminue.

La force naturelle des choses exige donc que de nouveaux engins physiques se multiplient et prennent de plus en plus la place des bras; et c'est ce que fait la mécanique , dont les inventions produisent chaque jour de nouveaux moyens d'action sur la nature.

Pour que les machines, qui déjà commencent à se substituer aux bras dans la manutention et la préparation des récoltes, s'appliquent à la .culture même du sol, le morcellement des terres exige que les propriétaires s'associent. La législation, par ses nouvelles conceptions sur les sociétés anonymes, sur la mobilisation de la propriété, sur le privilège de l'État en matière d'expropriation publique, tni-

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^vaille précisément à leur en donner de plus en plus les moyens.

Diveloppemen t financier des compagnies ; mobilisation du s»l; application des sociétés anonymes par actions aux grands travaux agricoles ; c'est dans tous ces courants que se développe la science du droit.

(Mais les terres elles-mêmes ne peuvent atteindre la dernière limite du rendement qu'elles sont susceptibles de produire que par un meilleur aménagement des cours d'eau. C'est une des créations de l'avenir dont se préoccupe l'administration des travaux publics. L'exécution d'un reseau des voies fluviales, rectiQées en vue de l'irrijiiation et de la navigation, est consi:lérée comme le complément obligé du réseau des chemins de fer.

Enfin, en même temps que l'élévalion des salaires attire dans nos campagnes des journaliers allemands, suisses, espagnols, piémontais, comme les ouvriers terrassiers, forgerons, mécaniciens de la Grande-Bretagne avaient été attirés par notre industrie des hauts-fourneaux et par nos chemins tle fer, la diplomatie conclut des traités pour la .libre application des races hindoues et chinoises à

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l'exploilalion et à la culture des contrées ioiertropicales; notre armée se recrute de Berbères, d'Arabes, de noirs du Sénégal, et le développement de nos entreprises lointaines, résultat inévitable dir progrès général de la mère patrie, contribue à multiplier les carrières industrielles, administrative& et libérales, en raison de la masse d'aptitudes nouvelles que l'enseignement fait surgir de la classe des paysans et des manœuvres.

On peut même entrevoir qu'un jour, encore éloigné sans doute, l'introduction des races noires et cuivrées au sein des sociétés européennes viendra remplir les vides que l'élévation de la classe populaire du vieux monde aura faits dans la domesticité et dans les professions manuelles.

Ce mouvement est le résultat naturel de la civilisation des contrées intertropicales et de nos nouveaux rapports avec les races industrieuses de l'extrême Orient.

Ainsi le progrès des sciences, des arts et la combinaison des forces pédagogiques, administratives, juridiques, diplomatiques, tout s'enchaîne pour étendre chaque jour le champ des découvertes et des entreprises.

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Et les entreprises, en multipliant les capitaux sans relâche, donnent le moyen d'en réaliser de plus considérables.

Les richesses abondent aujourd'hui; l'élablisseraent des nouvelles voies ferrées et maritimes, le développement du crédit, l'impulsion donnée à ^'agriculture et à toutes les industries ont tellement ■accru les épargnes, qu'elles ont pu suHire non-seulement à nos travaux publics et municipaux, dont l'importance s'accroît tous les jours, mais aux ■chemins de fer de l'Espagne, de la Suisse, de l'Italie, de l'Autriche, de la Russie, aux emprunts d'une foule d'Etats et à deux guerres qui, en quatre années, ont consommé près de deux .milliards.

Ainsi, unité nationale, sécurité du territoire, moyens pratiques d'amélioration , progrès des sciences, concours des services publics, capitaux surabondante, tous les éléments essentiels d'un large mouvement d'émancipation populaire par l'-éducation elle crédit existent déjà; le progrès social enfin est en pleine voie de développement, il ne s'agit que de l'accélérer.

L'opinion publique, il y a un demi -siècle.

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n'avait encore qu une idée confuse' des conséquences de cette grande rénovation humaine.

Aujourd'hui les sociétés avancées ont toute confiance dans l'équilibre et l'hamionie opérés naturellement par le classement des facultés et des aptitudes que développe l'éducatioa dans le monde entier; il n'est personne qui ne sente qu'au moyen d'un système d'enseignement et de crédit universels la Franceserait le pays qui, en jouissant à. l'intérieur de la condition la plus fortunée, rendrait le plus de services aux autres peuples,^ et que les gloires nationales, la force du pouvoir, le bien-être populaire, aussi bien que les libertés publiques, y gagneraient également.

Le pays ne doit donc pas hésiter à dépouiller cette timidité qui, jusqu'à ce jour, a paralysé les meilleures intentions eo matière d'enseignement, et à prendre pour exemple les États-Unis d'Ame-rique.

Sur ce terrain il n'^t pas à craindre de voir l'opposition se mettre en travers de l'intérêt dynastique, puisque cet intérêt se trouverait personnifiédans la réalisation du vœu le plus unanime et le plus pressant de l'opposition même la plus avan-

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t:T LES BONAPAHTE. 183

cée, la dynastie menant son ambition et son honneur à marcher sur les traces d'un état républicain.

L'État de New- York, sur un budget de 50 mJIlioDS, en consacre 25 à l'enseignement populaire; celte sage mesure a été jusqu'à ces derniers temps, et elle est encore, au milieu des immenses sacrifices que lui impose la guerre, le secret de sa force et de sa prospérité.

C'est que les capitaux employés de la sorte représentent les placemeuls les plus solides et les plus productifs. Les dépenses ellecluées pour élever la condition du peuple, pour mieux, rétribuer ses travaux, organiser plus in lelligem nient ses chantiers, ses ateliers, doter plus largement les instituts scientifiques, les cabinets, les laboratoires, les observatoires, les bibliothèques, les collections, les jardins d'essai et d'acelima talion, etc., seront rendues au centuple.

La société fera une opération financière aussi profitable que celle des chemins de fer, lorsqu'elle constituera l'enseignement et le crédit de manière à développer les facultés naturelles de tous sans exception , et à faire que jusque dans les popu-

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(Si L'AVENIR

latioDS des campagnes les plus arriérées U n'y ait désormais aucua talent dont la carrière, aujourd'hui avortée et la destinée relativement stérile, ne soient utilisées.

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