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CHAPITRE XXII

On a dit de Napoléon I" qu'il était la Révolution faite homme, la HévoLution couronnée.

£t, en efTet, ûdèle à sod origine, l'Ëinpire parte souvent d'égalité et même de liberté, en renvoyant à l'avenir, il est vrai, sa complète réalisation- Mais l'Empire n'a pas encore prononcé le mot de fraternité. Cependant ce mot parait appelé, autant au moins que la devise : « Honneur et Patrie, » à féconder et glorifier la carrière d'une dynastie.

L'Empire croit avoir donné à la France un gouvernement supérieur au gouvernement répu-

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1)JC L'AVENIR

blicain. Que ia République ait échoué à introduire la morale dans la politique, ce n'est pas une raison de conclure absolument que la dynastienapoléonienne n'y doit pas songer.

L'entreprise sera longue et laborieuse, soit; noais plus elle devra se prolonger, plus elle offrira de difflcultés, plus elle nécessitera de persévérance, et plus auSifi elle jusiiilera une suite régulière de souverains conservant la tradition de cette poli^ tique magnanime.

Mais il y a plus, et une simple réflexion suQit pour démontrer que faire aujourd'hui un premier pas daps cette voie, établir des rapports fraternels entre les diverses classes de (.ito^ens, introduire le sentiment dans les manifestes, la chose elle-même dans les lois et le budget, n'est pas, dans la pratique, aussi diiïicile qu'il semble à première vue.

Examinons quelles seraient, en effet, les conséquences de l'organisation de la démocratie sur les> bases qui viennent d'être indiquées.

La bourgeoisie serait satisfaite si elle possédait d'une manière déKnitive et plus complète que par le passé le système parlementaire, si la tribune était rétablie, le droit de proposition des-

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lois rendu au Corps législatif, si les dernieis abus de la centralisation et les eotinves qui pèsent sur la liberté individuelle disparaissaient, si la presse, délivrée du timbre et des avertissements, ne relevait plus que des tribunaux.

Le peuple serait saiisfail si l'enseignement professionnel gratuit à tous les degrés, l'assistance, ie crédit personnel, le prompt achèvement des chemins vicinaux et la réduction immédiate des taxes, par une large application an plan de Robert Peel, assuraient à chacun dans les moindres villages le développement complet de ses facultés, et si le patrimoine n'était pas plus nécessaire pour parcourir la carrière à laquelle on est propre, que la Doblesse ne l'est aujourd'hui pour atteindre à la gloire ou à la coQsidération.

Ces deux grands besoins étant satisfaits, l'égalité et la liberté triomphant à la fois, le peuple et les bourgeois seraient unis. Ne serait-ce pas là de la bonne et vraie fraternité politique?

Ainsi l'organisation de la démocratie est destinée à réaliser et à remettre en honneur dans son entier cette grande et belle formule de la Révolution. E^t-il nécessaire d'insister sur le degré de

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solidité qu'acquerrait la maisoa des BoDaparte, eo se faisant au grand jour, à la face du monde, l'héritière de la République sur ce point? N'a-t-oo pas vu, en lSf|8, avec quelle rapidité les sentiments de bienveillance naturelle se sont propagés dans toutes les classes?

Les points très-rares où la population concentrée a donné lieu à de» conditâ ne peuvent pas faire oublier que l'ordre le plus absolu a régné daas toutes les parties du territoire. Le début de la Révolution de 1848 a été comme la préface d'uo âge d'or dans les campagnes.

Pourquoi s'étonner de l'unanimité de cette explosion en faveur d'un programme si simple, si bien résumé, et qui est tout un système de gouvernement? Ce programme, formulé si facilement au début de la première révolution, avait pris depuis longtemps racine dans les cœurs. Ces trois mots, le peuple les bégayait dès l'enfance depuis 1800 ans. C'est le Christ lui-même qui lui avait révélé que toute âme est immortelle et libre, que les hommes sont égaux et qu'ils doivent se traiter en frères.

Comme toutes les choses sublimes dont la pas-

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ET LES BONAPARTE. IRi»

sion humaiae s'empare, ce programme a eu ses mauvais jours. De même qu'on a brûlé, martyrisé, massacré bien des créatures humaines la croiît en main et l'Évangile à la bouche, on a fait bien des folies, on a commis bien des crimes au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Mais quelles grandes choses n'a-t-on pas accomplies avec ces trois mots ! Devanteux, tout un monde de privilèges est tombé en poussière. Ils ont fait reculer l'Europe coalisée, et la France, envahissant à son tour l'Europe, les a répandus comme des semences fécondes sur toutes les contrées. Après de pareils miracles, seraient-ils destinés à ne plus faire germer dans les âmes qu'une illusion funeste, un sentiment de la vie publique impossible à satisfaire, et faudrait-il enfouir définitivement dans la tombe l'idéal de la société moderne, avec les héros et les martyrs qui l'ont enfanté?

On l'a essayé ! Mais alors, et par intervalles, les mois sacrés sortaient de dessous terre , renversaient un trône et faisaient faire un pas de plus à la Kévolution !

■ L'épreuve s'est renouvelée assez souvent pour que l'opinion des hommes d'Etat soit faite. Il

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n'est pas une conscience droile, un esprit sain qui ne reconnaisfie aujourd'hui que la lot naturelle (les sociétés humaines les conduit progressivement à un état de liberté, d'égalité, de fraternité,, qui consolide, au lieu de les ébranler, les pouvoirs intelligents et laborieux, les pouvoirs populaires.

La France marche hardiment vers ce but. Tous Iss peuples la suivent, mais le progrès social s'accomplit lentement et par secousses. Tantôt c'est la liberté qui se développe aux dépens de l'égalité, tantôt c'est l'égalité qui progresse au moyen d'une suspension de la liberté. N'est-il pas temps de faire cheminer du même pas, la main dans la main, ces deux sœurs de la civilisation moderne ?

J^ bourgeoisie, ayant toute satisfaction du côté des libertés parlementaires, verrait-elle avec effroi s'édifier en- faveur du peuple les institutions économiques qui transformeront, comme le disait Condorcet, l'égalité de droit en une égalité de fait?

Les terreurs et les agitations que soulève la situation critique de la cour de Rome ne s'évanouira îent-elles pas devant ce triomphe du chris- tianisnie, dont l'enseignement séculaire serait

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enfin parvenu à faire pratiquer politiquement par la nation, réputée à tort la moins religieuse <Ju monde, le dogmede la fralernité?

Enfin quelle base plus solide pour l'ordre que celte universelle satisfaction des intérêts moraux et matériels de toutes les classes?

Quel danger la liberté la plus complète pourrait-elle faire courir là où les masses seraient intelligentes, instruites sur leurs vrais intérêts, et où le plus misérable des enfants prolétaires trouverait dans les institutions publiques, aussi bien que l'enfant de la bourgeoisie dans sa famille, le moyen de développer ses facultés et d'exercer l'emploi auquel il est propre?

Existe-t-il des institutions aristocratiques, des créations de nouvelle noblesse qui, mieux que cette organisation de la démocratie, puissent enraciner dans la reconnaissance nationale le pouvoir qui en est issu?

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