CHAPITRE IV
Toute dynastie, eovisagée dans ses rapports avec le régime qui l'a précédée et avec celui qui l'a suivie, est une transition. Quand elle s'éteint, elle a généralement aidé la nation ii passer d'un oi-dre social inférieur à un ordre' social plus perfectionné.
Ne craignons pas de sonder ce côté délicat du sujet. C'est en pensant au terme de la vie que l'âme humaine trouve en elle des ressources inespérées. Une dynastie peut également voir des lumières inattendues éclairer sa marche, par la simple pré-
DigitzrrlbyGOOglC
ET LES BONAPAHIK. 37
Vision de l'exlinctioii naturelle que doit amener t^t ou tard le cours de fa destinée.
Imaginons, pour ne rien exagérer, qu'après avoir fourni une carrière aussi prolongée que celle des deux dynasties dont les fondateurs, Charlemagoe et César, ont été parliculièrement l'objet des méditations de Napoléon I" et de Napoléon III, la maison des Bonaparte s'éteint.
Nous sommes en l'an 2000 et tant. Dans quelles dispositions croit-on que le progrès des mœurs, des lumières, de l'aisance et la rapidité des communicalioDS entre toutes les parties du territoire auront placé le pays?
Est-il invraisemblable d'imaginer que la nation se trouvera alors beaucoup plus qu'aujourd'hui en état de se gouverner elle-même, etque le régime qui succédera à celui-ci, s'il n'est pas le régime républicain, du moins s'en rapprochera beaucoup?
La grande force de la dynastie napoléonienne c'est qu'elle peut accepter cette perspective, et se considérer comme étant destinée, par les deux moyens de perpétuation qu'elle a voulu posséder, le sang et l'adoption, à' faciliter en France le passage de la monarchie à la république.
DigitzrrIbyGOOgIC
]| est plus que probable que tôt ou tard cette manière de voir trouvera une expression heureuse dans le langage et les actes du pouvoir, car elle doit être [wur lui la source d'une force nouvelle d'autant plus eflBcace, que rien n'en a encore fait soupçonner l'existence, et que le public, avec juste raison, éprouve la plus vive répugnance pour les conséquences politiques et morales du point de vue opposé.
En effet, si le nouvel ordre héréditaire était considéré par la famille Bonaparte comme devant être, dans la suite des siècles, un établissement éternel et non temporaire, le pouvoir serait naturellement enclin à étouffer les tendances de nature à préparer, à faciliter le gouvernementde la nation par elle-même; il redouterait de voir se développer dans la société libre l'esprit d'initiative, les progrès de l'association; il éloignerait de lui les natures énergiques et indépendantes; il n'estimerait, ne patronnerait que les mœurs et les caractères monarchiques; il pousserait au luxe personnel, dédaignerait les économies et considérerait comme un devoir de prolonger en toutes choses, outre mesure, la tutelle de l'État.
DigitzrrIbyGOOgIC
F.T LES BOPiAPARTK. •l'.l
Quels tirailleaients perpétuels, quelles luttes àaas un pareil système !
Mais le système contraire est-il conciliable avec la faiblesse humaine?
N'est-ce pas une vertu au-dessus des forces do l'homme, que celle qui ferait travailler une suite de souverains héréditaires à rendre un jour inutile le pouvoir dont leur maison a été investie ?
S'il en était ainsi, il n'y aurait rien autre chose à faire qu'à se mettre en garde aussi longtemps qu'on le pourrait contre les révolutions. Mais si, dans les profondeurs de son âme, un souverain de la famille des Bonaparte sentait qu'il n'est pas impossible que cette vertu, conquise par lui, fût transmise par l'exemple et l'éducation à tous ceux qui porteront après lui son illustre nom, alors que d'embarras et de périls seraient épargnés à ses héritiers! L'avenir, reculé ou prochain, ne renfermerait plus de menaces, et dans le présent le pouvoir n'aurait à courir assurément aucun danger.
Pour s'en convaincre, il suffit de se représenter l'état des populations, la manière dont elles sont réparties sur le territoire, le fractionnement et l'isolement des intérêts, la préoccupation oii chacun
est de sa vie de famille, de sa carrière, enSo tou8 les moyens d'influence que possède un gouvernement établi, et dont seront toujours privés Don-seulement les particuliers, mais les associations !ee plus étendues et les plus populaires.
Aussi loin dans l'avenir que la prévision humaine puisse pénétrer, une dynastie, maintenue populaire par la vertu traditionnelle de ses princes, n'a rien à redouter en France de la plus grande extension donnée au libre développement des caractères, des aptitudes, et à tous les perfectionnemeots qu'il est possible d'introduire dans la société ou son gouvernement.
Tant que la nation ne se sentira pas en état de s'entendre unaaimement d'un bout du territoire a l'autre pour indiquer au choix du souverain, ou pour élever au pouvoir par voie d'élection, sans désordre et sans secousse, un citoyen inspirant cette confiance que par son nom, ma génie personnel, son expérience, ses relations, il est plus capable que l'héritier du nom de Napoléon de la représenter, jamais l'élite de la population, et encore moins les masses, ne se résoudront à interrompre le murs d'une lignée ayant
DigitzrrIbyGOOgIC
pour politique de famille le plus grand développemeot possible de toutes les forces vives de la société.
L'acceptation franche par la dynastie de tous les bons éléments moraux, économiques et politiques, que développe le sentinaent républicain, sera pour la portion la plus énergique du peuple une satisfaction salutaire au point de vue de l'ordre public. Elle le tiendra en garde contre les illusions de l'esprit de parti et les suggestions dont il pourrait être l'objet. Hlesera, en même temps, pour le souverain lui-même, un guide moral qui lui permettra de mattrisâr dans ses enfants les tendances de nature à leS éloigner des devoirs qu'ils auront à remplir. *
Au nombre des devoirs qui incombent à un souverain héréditaire, on comprend qu'un des plus essentiels, dans son propre intérêt comme dans celui de la nation, consiste à faire aux capacités d'élite appelées à partager son gouvernement, ou même, si le cas échéait, à tenir momentanément en main les rênes de l'État, un rôle si grand, que leur ambition et leur dignité soient satisfaites.
Sous ce rapport, la tendance de la politique et de
DigitzrrIbyGOOgIC
la civilisation, qui est de donner de plus en plus d'importance à l'emploi des forces créatrices et d'élever peu à peu les fonctions civiles au niveau des fonctions militaires, n'intéresse pas moins la dynastie que le pays.
Les grandes individualités qu'un génie hors ligne ou de hautes fonctions mettent en évidence ne sont un danger, pour un règne faible, que sous l'épaulette. C'est par l'éclat des armes que la dynastie nouvelle s'est fondée. Ce sont les campagnes d'Italieet d'Egypte qui ont mis le général Bonaparte en évidence. En 18à8, c'est encore un militaire, le général Cavaignac, qui a failli devenir chef de l'Étal. La guerre seule pourrait, avant que la nation fût capable de se gouverner elle-même, donner à un simple citoyen une notoriété assez grande pour lui permettre dans un temps de crise, par la seule influence du prestige qui l'environnerait, de substituer un autre gouvernement à l'empire.
Les fonctions civiles au contraire, quelque hautes et importantes qu'elles deviennent, ne donneront jamais à un préfet, à un magistrat, à un ministre, cette notoriété universelle et ce prestige fascinateur.
DigitzrrIbyGOOgIC
ET LES CONAPAr.TE. 33
Résumons-nous et disons que la dynastie napotéonienne, outre les éléments de vitalité apparents dont il sera bientôt question, tient en réserve une force latente que n'a possédéejusqu'àce jour aucune maison souveraine. Loin déconsidérer comme un adversaire l'esprit républicain, elle peut s'en faire un allié.
Non-seulement elle le peut, mais c'est un devoir pour elle ; et, dans l'accomplissement de ce devoir,* elle puisera une force morale plus précieuse que le pouvoir matériel dont elle dispose, car elle témoignera ainsi qu'elle a l'intelligence du mouvement de,? esprits et le respect de nos destinées. Elle convaincra le peuple qu'il peut s'associer à elle avec une entière confiance, parce que les perfectionnements sociaux ne devant pas être une source d'inquiétude et de faiblesse pour le pouvoir, sa tendance ne sera jamais de leur feire violence, de voir d'un œil jaloux et chagrin tout ce qui tendra à former dans la nation de grands caractères, à y développer l'intelligence des affaires publiques, l'exercice des libertés, le goût des économies et les progrès de l'association.
En favorisant, au contraire, ce qui grandit et
nigit/rrlhyGOOglC
anoblil l'iDdividu, et en acceptant loyalement la perspective éloignée du gouvernenienl de la nation par la nation, la dynastie ne s'isole pas au sein de la patrie, elle ne personnifie pas en elle un intérêt étranger, hostile même au plus grand degré de noblesse et de vertu que puisse atteindre un peuple. Au contraire, elle confond ses intérêts avec ceux du pays et le dispose à la soutenir, non pas seulement dans les règnes puisants et heureux, mais dans les intervalles inévitables qui parrois les séparent, et où la race ne peut vivre que du souvenir des gloires passées et de l'espérance des gloires futures.
Mais c'est assez insister sur ce point. Que les esprits, même les plus avani:és, soient obligés de prendre au sérieux aujourd'liui ta tentative de fonder en France une nouvelle maison souveraine, cela ne saurait être douteux.
Ne nous arrêtons donc pas à ces lieux communs que certaines [jersonnes substituent si facilement à la réalité des choses. Parce qu'une institution est antique, est-ce une raison [wur qu'elle n'ait plus de racines dans la société moderne? Certain désormais qu'une dynastie peut encore de nos
D,n,l.r,lb,.GOOglC
jours avoir sa raisoo d'être, rendons-nous compte dit principe, du mécanisme de l'institution et des conditions dans leijquelles les peuples en onl tiré profit.
DigitzrrIbyGOOgIC