‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 30 sur 46 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Je touche à la partie la plus délicate de la tâche que je me suis imposée.

Combattre les erreurs, les préventions, les préjugés qui obscurcissent les abords du sujet, rechercher dans l'histoire la loi générale d'après laquelle se sost jusqu'à ce jour établies et consolidées les dynasties, montrer que le succès obtenu par Guillaume III trace encore la marche à suivre, tous ces développements ont le caractère spéculatir, et ne peuvent contribuer à former que la partie théorique de cette étude.

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li ea faut aborder niaintcoaiit le côté pratique. D3 quelle application cette théorie est-elle susceptible? Quelles mesures immédiates doit-elle inspirer?

Évidemment, si je reculais devant les difficultés de cette dernière recherche, le but que je me suis proposé ne serait pas atteint.

Sans doute c'est aux hommes spéciaux, aux financiers de profession, qu'il appartient de produire un plan de finances. Eux seuls ont quaUté pour cela.

Mais on peut se rendre compte d'une manière générale des conditions que le plan devra offrir ; on peut rechercher si la grandeur même de l'opération ne dépasse pas la compétence du pouvoir et les ressources de la nation.

Il s'agit, en effet, de choses colossales. Tout ce qui a été dit sur la double nécessité, pour la nouvelle dynastie, de réaliser progressivement l'idéal national et d'accepter le frein parlementaire, revient dans la pratique à ceci :

Il faut créer un ensemble de moyens financiers assez puissants pour opérer dans un espace de 10, 15, 20 ans, s'il le faut, la complète trans-

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ET LfclS BONAPARTE. 20?

formation de l'exisleace du peuple pur l'éducation, la retraite et le crédit.

Et au momeot même où cette immense satisfaction donnée au pays fondera l'ordre social et l'ordre politique sur une base indestructible, il faut rétablir dans soa entier, sans transition, l'état de liberté.

Voilà certes une entreprise considérable. Jamais rien de pareil n'a encore été tenté, et le seul énoncé de ces deux mesures fera douter peut-être que le patriotisme d'un homme aille jusqu'à les proposer.

On se demandera si les charges d'une opératioD aussi vaste et aussi prolongée ne menaceraient pas d'épuiser la richesse du pays ; si cette succession d'allocations, d'année en année, n'aurait pas pour effet de ruiner le crédit public et d'accroître démesurément le poids des impôts.

Le Corps législatif, gardien vigilant de la fortune publique et dont l'assentiment serait indispensable, consenlira-t-il jamais à assumer cette responsabilité?

Pour qu'il s'y décidât, il faudrait qu'il y fût sollicité par l'opinion publique elle-même.

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Et commeot rallier les esprits à uoe mesure aussi éloignée aujourd'hui des préoccupations de chacun ?

Ces .objections sont les premières qui se présentent à l'esprit; elles indiquent vers quels points ii est nécessaire de porter successivement la discussion.

Mais en dehors des difficultés de sa i^iisation, il n'est pas indifférent d'apprécier d'abord le mérite intrinsèque de la combinaison.

La réalisation peut paraître utopique; mais à coup sûr il n'entrera dans l'esprit de personne que si, par miracle," une transformation aussi radicale s'accomplissait dans le pays, les institutions impériale ne fussent désormais assises sur une base durable.

Si la nouvelle se répandait dans le public que Napoléon 111, jugeant le moment venu de couronner, selon sa promesse, l'édifice impérial, fait élaborer un plan financier et politique embrassant d'une part un ensemble progressif d'améliorations populaires avec sa dotation pour plusieurs générations, de l'autre le rétablissement immédiat et complet de la liberté, il ne saurait être douteux

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qu'aux yeux de tous la dynastie ne fût à l'instant placée dans une situation bien préférable à celle où elle se trouve en ce moment.

On ne mettrait plus en doute les intentions de l'Empereur. La politique des règnes qui suivront lé sien n'inspirerait plus d'inquiétude.

La liberté elle-même n'étant plus en question, tous les esprits qui s'évertuent à en préconiser le principe, à combattre les doctrines contraires soutenues par les amis du pouvoir, dirigeraient leurs efforts vers la réalisation plus rapide du plan qui devrait donner la cbose elle-même.

Creusons davantage cette idée. Donnons un corps à cette hypothèse.

Admettons pour un moment que l'Empereur, convaincu que la liberté est sans danger quand tout le monde peut en user, a pris la résolution d'élever progressivement les masses populaires à un état de lumière et d'aisance qui leur permette l'usage de la liberté, et qu'il décide que cette mteure n'aura d'autre limite que celle des ressources du pays.

Supposons qu'après avoir posé le principe, l'Empereur a arrêté dans son esprit la question

des voies et moyens, et qu'il propose au Corps législatif que des emprunts montant à plusieurs milliards, successivement émis dans l'espace de vingt ans et ne doonant lieu par suite de diverses économies à aucun accroissement d'impôts, soient employés :

1" A universaliser l'enseignement et le crédit professionnels en faveur des enfants du peuple;

2' A réduire les taxes;

3° A accélérer l'achèvement des chemins vicinaux et à développer les travaux publics.

Supposons que le rétablissement de la liberté est, d'après le projet de loi, la conséquence de la mise en œuvre de ce plan financier, et rendons-nous compte de ce qui va se passer dans le public.

L'effet ne saurait être douteux. Les esprits généreux de la classe éclairée et les masses populaires saisiraient immédiatement la portée d'une pareille mesure. Ils comprendraient instantanément qu'elle ferait au milieu des éventualités de l'avenir une position exceptionnelle à la fansille des Bonaparte.

Jusqu'à ce jour aucun souverain n'avait osé donner à ses héritiers le haut enseignement, ré~

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sultant de l'application d'une série d'emprunts à l'amélioration du sort du grand nombre. Tous les régime suivaient la même oniière.

Les appels au crédit public avaient tellement la réputation d'être de mauvaises affaires, qu'un ministre des finances, M. Fould, a pu former le projet, non réalisé il est vrai, de fermer le grand-livre. Dans l'état des choses, les emprunts sont, en effet, des expédients qui donnent au pouvoir la mauvaise allure d'un rentier prodigue et nécessiteux.

Mais voici, dirait-on, un gouvernement instruit des véritables lois de la reproduction des capitaux, et qui ne craint pas d'appliquer le crédit à la réalisation de l'idéal populaire.

C'est une transformation trop complète des idées et des errements de l'administration en pareille matière, pour que cet antécédent ne devienne pas le principe d'une politique iradilionnelle dans la famille du souverain.

Voilà ce que penseraient l'élite de la bourgeoisie et le peuple.

Et l'objet poursuivi serait en bonne voie d'être atteint. Car l'entreprise dynastique prendra racine

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dans les esprits, dès qu'aux yeax du peuple la politique des Bonaparte aura revêtu le caractère d'une tradition de fomille, sympathique aux visé^ de sa propre ambition.

Et quelle analogie se trouverait établie entre la destinée de la France et la destinée impériale, si un fonds spécial réalisable d'année en année, par une série d'emprunts, devait transformer la condition du grand nombre et le mettre pro^'essivement en possession des bienfaits de la vie civilisée !

N'est-il pas évident qu'au moyen de cette réalisation triomphante par Napoléon III de l'extinction du paupérisme conçue par le prisonnier de Ham, le peuple se trouverait associé au bénéfice du nouveau principe dynastique ?

Lui aussi, il serait entré légalement, constitationnellement, en possession d'une succession régulière de progrès sociaux, de nature à l'élever, ainsi que ses enfants, à la condition qu'il ambitionne.

La bourgeoisie ayant retrouvé la liberté, et les familles populaires ayant acquis, par l'initiative du pouvoir, un droit de continuité de progrès social, identique à celui qui assure la continuité du pouvoir dans ia famille des Bonaparte, il pourrait exis-

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ter dès lors entre la nation et le souverain un lien moral conforme à l'esprit du siècle, supérieur au principe des vieilles dynasties, et il y aurait toutes chances pour que cette conformité de situation développât dans la suite des générations, à l'égard des héritiers de Napoléon III, une loyauté analogue à cdie que le respect des privilèges aristocratiques et des franchises parlementaires a fait naître chez les Anglais, à l'égard des successeurs de Guillaume d'Orange.

On élèvera peut-être cette objection : Pourquoi s'attacher à cette idée d'emprunts successifs, pour lesquels le Corps législatif devrait prendre un engagement immédiat?

Je m'y attache, parce que cette combinaisoD a été indiquée dans un plan de budget normal que j'ai sous les yeux. Ce pian a été tracé par la main d'un homme habitué à la gestion des plus grands intérêts, et qui compte par milliards la masse de capitaux engagés dans les travaux publics et autres entreprises dont il a, depuis trente ans, enrichi le pays.

Décidé que je suis à ne rien hasarder sur un terrain où, sans compétence spéciale, sans expé-

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rience personnelle, je n'ai à ma disposition que les lumières du sens commun, je crois devoir m'en tenir à ce plan, que son origine oblige au moins de prendre en sérieuse considération , et qui s'appuie du reste, on le verra plus loin , sur une épreuve mémorable, couronnée d'un plein succès; car ce ne sera pas la première fois que le crédit public et un système d'emprunts successifs auront été appliqués à la solution des problèmes sociaux.

Mais c'est assez insister sur le mérite intrinsèque de la mesure.

Est-elle réalisable? Le pouvoir est-il autorisé à y recourir ? La nation peut-elle en suj^rter les charges? Le Corps législatif s'y associerait-il? Estil possible enfin d'y rallier l'opinion?

Telles sont maintenant les questions qu'il reste à examiner.

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