CHAPITRE XXIX
Le moyen de s'assurer le concours des journaux est simple. L'Empereur l'a sous la main; et, s'il se décidait k y recourir, le résultat serait aussi prompt qu'infaillible.
Il suftirait d'employer à l'égard de la presse libérale, dont la puissance s'est manifestée dans les élections malgré le régime exceptionnel qu'elle subit, la même ligne de conduite qui a été suivie à l'égard du clergé et de l'armée.
Pour s'attacher le clergé, on a créé un banc de cardinaux dans le Sénat, on a élevé les simples
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évoques au-dessus des ministres par le titre de monseigneur; on a livré à l'Eglise l'enseignemeut, en lut sacrifiant la philosophie; on l'a même admise à la gestion des intérêts de la famille impériale en introduisant l'archevêque de Paris dans le conseil privé.
Pour s'attacher l'armée, l'Empereur a élevé son moral et flatté son orgueil par des guerres populaires ; il a satisfait l'ambition des chefs par des grades, des grands commandements, et la troupe par une foule d'améliorations dans la vie du soldat.
La presse, si elle se sentait noblement el libéralement associée à l'œuvre du pouvoir, ferait pour elle plus que ne peuvent faire le clergé et l'armée ; et, pour déterminer son concours, aussitôt que l'organisation de la démocratie et le rétablissement de la liberté seront devenus l'objet de projets de lois à présenter aux assemblées, il n'est besoin que d'introduire dans les rapports du gouvernement avec les journaux un peu d'esprit, de cordialité et de bon goût.
Combien de difficultés réputées insurmontables quand l'administration intervient, armée des lois et règlements qui font sa seule force, pourraient
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s'aplanir, par la seule idée que donne du pouvoir un contact personnel avec le souverain !
Napoléon III n'aurait qu'à se rappeler aujourd'hui que, lui aussi, il est homme de lettres et qu'il a été journaliste, comme il s'est rappelé parfois, dans ses relations avec le public anglais, qu'il a été simple gentleman à Londres.
Et pourquoi l'Empereur lui-même, qui attache une si juste importance aux rapports personnels qu'il entretient dans l'armée avec les chefs de corps, ses compagnons d'armes, s'interdirait- il à tout jamais des relations d'une nature semblable, c'està-dire à titre d'écrivain, de penseur et d'ancien journaliste, avec les directeurs des principaux organes de la presse libérale de Paris et des départements?
Est-il aucune communication des ministres ou de leurs agents qui puisse valoir une simple explication cordiale donnée par l'auteur de YExtinction du poup^risme, par l'ancien rédacteur de la Revue de l'Empire et du Progrès du Pas-de-Calais, aux rédacteurs en chef des principaux organes de la presse parisienne et des départements ?
Les termes mômes de cette explication, les obser-
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us L'AVENIR
valtOQïJ à échaager, n'ont-ils pas fait déjà ^o^jet des méditalions du chef de l'État?
Après avoir été au plus pressé, après avoir donné à l'opinioD une première satisfaction, il est assurément naturel que les nouveaux besoins manifestés par les électioDS des grands centres aient fait entrevoir la nécessité prochaine d'un pas plus considérable dans la voie de la liberté, et il est tout aussi naturel que ce virement politique n'ait paru possible qu'à la condition d'un autre progrès dans rex.istence même des classes laborieuses, progrès qui a besoin de l'entente de la presse et du pouvoir, et du concours le plus actif de la part des journaux.
Une grande satisfaction populaire est indispensable pour imprimer à l'usage que chacun fera de la liberté une direction de nature à en écarter les dangers et à n'en développer que les bienfaits.
Tous les journalistes savent avec quelle confiance et quelle fermeté Napoléon 111 a cherché, dans sa jeunesse, à résoudre le problème de l'ea;(i«c/iOM dv. paupérisme. Tous seraient assurément heureux d'apprendre de sa propre bouche que, loin d'ébranler sa conviction à ce sujet, l'expérience des affaires
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l'a fortifiée, en lui faisaiit apprécier d'autant mieux la part que l'extension du bien-être moral et matériel du peuple doit avoir dans le rétablissement de la liberté. Tant que la prévoyance publique n'aura pas, en effet, soustrait, dans le présent et dans l'avenir, le grand nombre aux mauvaises suggestions de l'ignorance et de la misère, la liberté sera un danger et conduira à des excès qui la compromettront et ramèneront ia nécessité d'en suspendre le cours. Il faudrait donc, en même tempe que la liberté serait rétablie, ouvrir largemeot la carrière au besoin universel de s'élever et de pai^ venir par le travail, qui est le génie de l'époque. Si l'Empereur avait acquis personnellement la conviction que l'entreprise n'a rien d'impossible, et s'il était décidé à appliquer largement les ressources du crédit, c'est-^-dire l'emprunt, et non l'impôt, à l'éducation générale et professionnelle et à l'assistance publique, il n'aurait pas de peine à faire oimprendre aux écrivains que sa bonne volonté ne rencontre qu'une difliculté.
L'opinion, en effet, n'est pas formée h cet égaixi. Des idées étroites, des préjugés, des préventions régnent dans les classes riches, surtout en matière de
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fioaDce et de progrès social ; et le gouvernement ne peut faire violence à ces préventions, même alors qu'il les reconnaît nuisibles aux vrais intérêts de la société. II ne peut marcher et agir financièrement qu'avec l'asseoliment des contri-
La presse gouvernementale isolée n'obtiendrait rien; mais tous les journaux agissant d'accord pourraient entreprendre avec succès de jeter la lumière dans les esprits.
Croit-on que la presse resterait insensible à une pareille ouverture?
La consolidation de ses intérêts et de son pouvoir, d'abord, serait une des conséquences du retour au régime complet de la liberté. Mais elle retirerait de son concours aux nouvelles vues du pouvoir plus d'honneur encore que de proQt; sa dignité, son indépendance, seraient pour jamais assurées. Le souverain, en lui donnant, par cette explication franche, l'occasion d'étendre son influence et de grandir son rôle social, lui aurait assez témoigné par là qu'il a Toi dans sa passion du progrès, et qu'il sait estimer à leur valeur le caractère et le patriotisme des écrivains.
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Si ce langage était tenu aux rédacteurs principaux des journaux, pourrait-il y avoir le moindre doute sur l'effet d'une pareille communication?
La presse entière se seotirait honorée. Elle entrerait avec d'autant plus d'ardeur dans la nouvelle carrière qui lui serait ouverte, que cette politique d'amélioration, c'est la sienne. Ce qui la retient dans la portée à lai donner, c'est la crainte d'en compromettre ie succès par des exigences dépassant les vues et les moyens d'action du pouvoir.
On verrait l'unanimité des journaux, qui a fait les élections, se reformer et préparer les esprits à l'intelligence et à l'adoption de mesures d'améliorations populaires assez larges pour justifier et rendre inévitable le rétablissement complet du régime de liberté.
Une révolution favorable s'opérerait promptement dans les idées que la société se forme de ses devoirs, et aussi des moyens de les remplir offerts par l'état de ses ressources.
Le plan de pacification et de désarmement à l'intérieur pourrait être présenté pendant le cours de la session.
Le régime actuel se trouverait définitivement
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adopté et soutenu par rioflueuce qui avait semblé ia plus hostile à son rétablissement, et sans qu'il eût été nécessaire même que le mot de dynastie fût
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