‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 5 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Une dynastie, ai-je dit, est une suite de souverains de la même race, se succédant régulièrement, malgré les conditions les plus défavorables d'âge, de saofé, d'aptitudes et de caractère, d'après des conditions déterminées d'hérédité. Ces conditions ont dilîéré selon les pays et les époques.

Les filles ont pu succéder en Angleterre, en Autriche, en Russie, en Espagne. En France elles sont restées jusqu'à ce jour exclues du trône.

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L'institution, comme toutes les choses de. ce monde, s'est transformée et perrectionnée dans la suite des siècles , et elle est encore susceptible sans doute de perfectionnement. Ainsi, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, les États furent longtemps traités comme des héritages ordinaires, selon la coutume des peuples soumis à l'égalité des partages. Sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, la France et les contrées qu'elle s'annexait se sont trouvées ainsi tantôt divisées en royaumes de contenance très-diverse, tantôt réunies sous une même main. Dans les conditions d'incertitude où chacun était de posséder le lendemain sa position de la veille, ni la nation ni le pouvoir ne pouvaient se constituer. Ce sont les possesseurs de fiefs qui, s'étant rendus peu à peu indépendants de ia couronne, ont mis 6n à cette instabilité perpétuelle, en portant un des leurs sur le li-ône dont Us dépossédaient le dernier descendant de Charlemagne, et en introduisant par ce fait le principe de primogénilure dans l'institution de la royauté.

Ce principe conservateur de l'unité nationale règle aujourd'hui l'hérédité dans toutes les maisons souveraines, sauf en Russie, où le chef de l'État

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peut encore dans sa Tamille, et même en dehors, désigner son successeur.

Toutefois le priocipe de primogéniture, qui maintient l'int^^^ralité de l'État, n'est que la pierre angulaire de l'établissetnent dynastique.

Pour se rendre compte de ses conditions de vitalité, il est nécessaire déconsidérer le milieu où le pouvoir héréditaire fonctionne, les rapports qu'il entretient avec les agents de sa politique et les populations.

L'histoire nous dcmnera tout à l'heure la loi de la Tormation et de l'affermissement des dynasties; mais un fait déjà signalé domine tout : il importe de le mettre un peu plus en saillie.

Une famille de souverains ne se perpétue sur le trône que par le concours dévoué des grands talents et des grands caractères. Il faut donc qu'elle les attire et se les attache, en les associant à sa destinée par une position conforme aux mœurs et aux idées de l'époque. C'est grâce à ce concours qu'elle peut rester le pivot sur lequel reposent les espérances publiques . ou tout au moins l'ordre politique et social, et que le respect des intelligences supérieures, la foi de tous dans la nécessité

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du l'instilutioQ lui donnent la fuitti de résister aux. mauvaises chances que la aature ou les événements peuvent faire natire. Le principe dyoastiijue ne doit être mis en péril ni par la violence des aspirations populaires, ni par l'ambition et les manœuvres des chels de partis.

Nul ne peut répondre de l'avenir, ni tirer l'Iiuroscope d'uo enfant de huit ans.

Henri IV se doutait-il de ce que deviendrait un Jour ce petit cavalier audacieux qui chevauchait sur son dos, devant l'ambassadeur d'Ëspa.goe?

Louis Xin lui-même, toujours humilié dans ses velléités de .^ouveroemeat personnel, pouvait-il prévoir qu'il lui naîtrait pour ôls un Louis XIV?

Aux beaux jours de l'ancienne monarchie, ce qui sauvait la dynastie sous un prince incapable , c'est qu'en sus des garanties morales ou constitutionnelles que l'institution a presque toujours renfermées, la coutume avait attribué à la capacité personnelle, dans les conseils de la couronne, une autorité supérieure aux droits du souverain. Le respect qu'inspirait le caractère sacré d'hommes d'Ëtat, haute dignitaires de l'Église, contribua naturellement à fonder cette

Iradition. Un rot médiocre subissait le joug de son ministre, et en retour le ministre, homme de génie, n'exerçait !e pouvoir que pour le conserver intact à l'héritier du souverain.

Cette flexibilité des moeurs, qui maintenait l'autorité effective là oîi étaient le caractère et l'influence, faisait la force de l'institution; car le fait dynastique, par sa persistance, doit amener forcément de ces éclipses et de ces retours lumineux.

Dans un pays oii la coutume et la constitution de l'État ne satisferaient pas les exigences légitimes des supériorités véritables, et où il n'existerait nul contre-poids à l'exercice de l'autorité, un monarque incapable risquerait de s'engager dans des voies pleines d'écueils. La dynastie, privée du moyen d'associer à sa destinée les collaborateurs qui pourraient détourner d'elle le péril, serait exposée à perdre, avec le présent, la meilleure fortune que l'avenir lui réservait. Plus inlelligemment organisée, elle eût traversé au contraire, sans en être ébranlée, les temps diflîciles; après le règne d'un grand ministre, la race eût pu refleurir dans un grand souverain.

Nous vivons dans une atmosphère de révolution

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depuis deux tiers de siècles, pendant lesquels dix à douze pouvoirs se sont succédé ; or, il est évident que les circonstances contraires qui se sont présentées dans le passé auront désormais sur la destinée des "héritiers du pouvoir une influence plus funeste qu'à aucune époque et dans aucun pays.

Il est donc indispensable aujourd'hui de perfectionoer les rouages dynastiques, et ces rouages ne sont autres que les éléments les plus essentiels de la constitution.

Les difficultés sont grandes il est vrai. La division de la souveraineté entre un pouvoir exécutif et un pouvoir législatif et l'établissement de la représentation nationale compliquent les situations.

Deu\ systèmes ont été tour à tour essayés : le système de la responsabilité des ministres couvrant la personne du souverain, déclarée non responsable, combinaison condamnée par trois révolutions ; et le système de la responsabilité personnelle du souverain, impliquant la non-responsabilité des ministres envers les corps électifs.

Cette dernière combinaison n'a pas encore assez longtemps fonctionné pour qu'on puisse être fixé sur ses avantages et ses inconvénients.

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Nous voyons qu'elle assure la force d'ua souve^ raio parvenu au trône dans la maturité de l'âge, doué d'une raison supérieure et d'une expérience acquise dans des épreuves que ses successeurs ue devront pas traverser. •

En serait-il de même pour un mineur, pour un prince inexpérimenté ou pourvu d'uDe intelligence ordinaire?

Cette question sera traitée quand nous examinerons les garanties que doit offrir l'institutioD dynastique.

Continuons cet exposé, et voyous quelles conséquences on doit tirer, pour le temps présent, des eoseiguemenls de l'histoire.

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