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L'AVENIR DE L'OFFICIER

tr'aident loyalement, c'est la victoire. Que chaque personnel se fasse donc bien accueillir de l'autre, non pour changer radicalement ou pour détruire, mais pour per-

fectionner et adapter. Ce qu'on nomme l'inspiration n’est que le résultat de réflexions accumulées : ce qu'elle

a ou semble avoir de rapide et de soudain n’est que la

vue du rapport qui vient de se révéler entre la difficulté

à résoudre et les ressources encore inemployées, mais toutes prêtes, qui vont en donner enfin la solution. D'où la nécessité croissante d'avoir des chefs toujours en éveil sur toutes les parties accessoires et modifiables, comme sur les parties fondamentales de leur métier. Ceci est vrai pour toutes les professions et pour tous les arts, mais ceci est encore plus vrai pour les masses nombreuses et pour les masses dont chaque élément peut prétendre à une action et à une idée personnelles.

« À ceux qui diraient que les batailles modernes seraient

des batailles de soldats, d'officiers subalternes, on répond (écrivait le 31 mars 1916 le général de Lacroix) : plus la machine devient compliquée, plus elle a besoin d'un mécanicien. Ce mécanicien en chef doit être aidé par des sous-ordre de plus en plus habiles, parce que

leur part de responsabilité et d'initiative devient plus

grande et leur tâche plus difficile; mais l'influence de direction n’en est que plus grande et sa tâche plus ardue. » Dans les organisations rudimentaires des êtres

placés au plus bas degré de l’échelle, chaque cellule

anonyme a également les fonctions vitales : à mesure qu'on monte, que les appareils divers se perfectionnent pour accomplir, l’un une tâche, l'autre une autre, la nécessité d'organes dominateurs et du dominateur, par excellence, le cerveau, se fait mieux sentir. D'où ce principe reconnu des sciences naturelles : plus un organisme est complexe, plus il est un. Si son unité était

rompue, sa complexité même ne ferait que l'exposer

davantage à la dissolution.

On a lu plus haut des lignes où l'auteur de l'Armée nouvelle semble tout à fait d'accord avec la tradition ‘© …

scientifique et avec la tradition professionnelle pour insister sur le besoin d'assurer aux chefs, donc ici aux officiers, une longue et savante préparation. li aime

sans doute à répéter que la sève de la vie nationale

s'élabore partout et que partout elle monte... ce qui

veut dire qu'eile vient d'en bas. Soit! maïs il ne pouvait pas ignorer que si cette sève tend à monter, c'est sous l’action de Fa lumière et de la chaleur qui rayonnent d'en haut. Il a seulement une tendance (on la

retrouve chez tous ceux de sen parti), à se cantonner dans une terminologie scholastique qui exalte la nation, la démocratie, le prolétariat : devant ces éloges collectifs, on oublie trop souvent qu'il s'agit d'actions organisatrices ct rénovatrices, et que tout cela s'individualise et se personnife. M. Jaurès ne l'avait cependant pas méconnu. Sur la formation des officiers il a des pages - qui méritent d'être relues. On sait qu'une intervention

du parti radical avait failli nous faire rétrograder, en matière d'organisation militaire, bien au-dessous de ce.

que les socialistes, où du moins leurs chefs nous pro-

posaient. L'homme qui était rentré au ministère de la

Guerre au moment où Paris sentblait si menacé, était aussi celui qui, quelques années auparavant, avait pro- 30sé de faire sortir du rang, uniquement du rang, tous les officiers de l'armée, sans exception. Or, ce projet,

personne ne l'a plus vigoureusement combattu et plus

-victorieusement exécuté que l'a fait M. Jaurès. Il a par- À ë : À Feu a * pe S faïtement bien expliqué que, pour être dans l'armée ce

qu'ils doivent être, une « force excitatrice »... ayant

« mis d'avance toute son âme dans la bataille », il leur

faut de forics études et une familiarité constamment entretenue avec les calculs du devoir professionnel et

ot dit l'auteur (page nt) n'a jamais signifié : none nous médiocrité peu et abaissement comza part, à dire s hautes épreuves initiales et

o haut enseignement militaire sans péril pour la dé-

fense nationale et pour Île ressort général de l'esprit

ES

absorber, synthétiser en eux-mêmes tous les soucis, FF tous les projets, toutes les inventions, tous les procédés sans cesse renouvelés de l’art baie C'est là une vérité de bon sens souvent proclamée en théorie, souvent battue en brèche, dans des vues sectaires,

mais que, moins que jamais, il ne sera permis d'oublier. L'armée anglaise aura eu beaucoup plus de peine à former des officiers que des soldats. Suivant l’observa-

français. » Les épreuves initiales, évidemment celles des grandes écoles et du haut enseignement, c'est toute la carrière de l'officier. Plus on étendra le rôle des

éserves et plus on fera passer d'hommes sous les drapeaux pour un temps, quitte à les rendre périodique-

ment à peu près tous à leurs occupations civiles, plus

il sera nécessaire de leur donner des officicrs sachant

tion bien confirmée d'un écrivain militaire des Ktatselle comptait trop sur ses habitudes si pré-

cieuses à la vérité, mais bien insuffisantes du sport :

"Ja cause commune ne PO pas ne pas s'en ressentir.

De ce que nos officiers devront être plus que jamais,

non seulement des techniciens, mais des hommes d’un

esprit élevé, cultivé, ouvert, faut-il conclure que c’est dans les universités qu'ils devraient se former? Ce

serait là, semblet-il, la solution de l’auteur de l'Armée nouvelle : son désir de mêler l’armée et la nation pour-

rait bien l’égarer. N'oublions pas qu'il s’agit ici d’une

œuvre essenticllement active, terriblement pratique et

que, dans le domaine de l’action, la loi de la division du

travail s'impose bien impérieusement aux sociétés contemporaines. On sait assurément que la science pure est ce qui tient en réserve le plus d'applications inattendues et variées : c'est pourquoi il faut laisser au savant proprement dit toute la liberté de ses spéculations et de ses théories. Du jour où une application particulière paraît devoir en surgir, c'est au groupe spécial qu’elle intéresse de près et à ses chefs à la bien comprendre et à la bien faire comprendre des autres. Dès lors, l’idée nouvelle sera doublement consacrée, par la science et par la pratique. Mais, encore une fois, la science pure exige plus de liberté, plus de familiarité avec l'hypothèse, que n'en permet une carrière active. Il serait à craindre que des hommes passant directement de l’Université au régiment, y apportassent plus d’objections que de vues sûres, plus d’esprit critique que d’activité optimiste et entraînante. En tout cas, ce qui peut être utilisé à l’état de minorité, n’est pas ce qui est le plus à désirer dans un ensemble. N; l'érudition, ni l'ingéniosité, ni l'esprit n’'empêchent, en quelque ordre que ce soit, de glisser vers ce qu'on appelle l'esprit décadent. Or, ce qu’un officier décadent a de mieux à faire, c’est de sortir au plus tôt des cadres et d'écrire quelques brochures ; car la critique, quand -elle sait être opportune, a toujours son prix. * * %

Pareil esprit, pareille méthode, ont-ils le tort de former une minorité fermée ? Serait-il plus expédient de préparer tous les futurs militaires — c’est-à-dire tout le monde — à devenir aptes à comprendre et à pratiquer tous les talents militaires, au fur et à mesure qu'ils se révéleraient? Quelques-uns le disent, mais devant ces révélations subites les rangs ne sont jamais fermés. D'autant moins fermés que, dans une guerre un peu

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