‹ L'avenir francaisChapitre 18 sur 27 · GC TN · texte numérisé non relu

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excessif? L'était-il plus que celui qui demande tout à l'Etat ou attend tout — même l'impossible — du Syn-

dicat? Bornons-nous, pour le moment, à remarquer que ces deux puissances auxquelles on allait avoir

recours pour l'amélioration des conditions du travail

des femmes, la loi impérative et la liberté d’associa-

tion, ni l’une ni l'autre n'avaient encore ni beaucoup promis, ni surtout beaucoup tenu.

Depuis lors, et particulièrement depuis le commence-

ment du xx° siècle, toutes les deux ont prétendu beau-

coup faire, soit en accord l’une avec l’autre,soit plus souvent peut-être en concurrence l’une avec l’autre et en

défiance l’une à l'égard de l’autre. On sait tout ce que

l'esprit réglementateur des races germaniques voulait faire, en Autriche même, pour ne pas dire en Autriche surtout, du travail féminin, dit isolé et individuel et qu'on ferait mieux d'appeler familial. Il fut tout simplement question de le supprimer, en imposant à toute

travailleuse comme à tout travailleur une concentra-

tion, une réglementation, une surveillance confiées à un pouvoir unique. Le bon sens français a compris que de ces trois forces l'initiative, l'association, l'intervention législative, aucune ne peut ni ne doit exclure les deux autres. Il tend heureusement à préparer la prédominance de la deuxième.

L'action des industriels proprement dits et des chefs a plutôt tendu, il faut le reconnaître, à profiter de ce bas prix du travail féminin pour en tirer des bénéfices, pour mettre cette main-d'œuvre en concurrence avec la main-d'œuvre masculine et venir ainsi plus aisément à bout des menaces de grève. Ils ont donc, dans une bonne mesure, poussé à l'accroissement du travail des femmes par les appels qu'ils lui adressaient, par les perspectives de gain qu'ils lui offraient. On les a même accusés de développer plutôt la quantité que la qualité de ces nouvelles recrues. Mais une action col-

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lective allait bientôt venir en aide à celles des intéres- = sées trop peu capables de défendre HV

leurs intérêts.

Chez les femmes, ce n’est pas par le syndicat proprement dit que cette action libératrice a débuté. Ce fut plutôt par les œuvres. On répète aujourd’hui de toutes

parts, même dans les milieux catholiques, que pour développer l'intelligence pratique, l'habitude du calcul

et un certain esprit de résistance nécessaire, les unions professionnelles sont supérieures à ces groupements où les idées ne viennent que d’une élite restreinte, quelquefois d'un personnage unique. Soit! Une fois l'éducation faite, l'heure de l'émancipation doit sonner. Il n’y a de progrès durable que celui auquel les intéressés participent par leurs propres efforts et leurs

propres volontés. Il n'en est pas moins vrai que ce sont

les œuvres mêmes qui ont acheminé les femmes au.

syndicat; ce qui n’est pas moins heureux, elles y ont été ou s’y sont acheminées par des voies moins turbulentes et mieux aplanies que celles des hommes. De là les excellents livres de notre ami M. Max Turmann

sur les Initiatives féminines. Que trouvons-nous, par

exemple, dès 1905? Caisses de prêts, caisses de loyers, caisses dotales, caisses de trousseau, restaurants féminins, bonnes gardes, maisons de famille, hôtels spéciaux pour les employées des postes et des téléphones, multiplication et organisation des ressources créées

pour la protection de la jeune fille en quête d'une pro-

fession, enseignement ménager, toutes ces créations étaient dues à des initiatives bienfaisantes — ne crai-

gnons pas de les appeler charitables —., c’est-à-dire à

des actions plus offertes que demandées, venant d’ellesmêmes au-devant des besoins, s'appliquant à triompher de l'esprit d'isolement et réveillant l'esprit de corps beaucoup plus qu'elles ne cédaient à la pression

d’un esprit de solidarité préexistant. Aussi les promo-

DE L'EXTENSION DU TRAVAIL DES FEMMES Le

pousser eux-mêmes leurs adhérents dans ne voies d’une union et d’une organisation professionnelles. Les syndicats féminins les plus sérieux et les plus pros. pères sont — tout le monde le sait — des syndicats | catholiques. Les œuvres, cependant, se sont-elles effa- cées complètement? Non. Plus le soin de leurs intérêts matériels prend de temps aux femmes qui travaillent, x plus il semble nécessaire que des concours désinté- - ï ressés leur viennent en aide et se chargent pour elles d’une partie de ces tâches où elles ne peuvent plus se : donner tout entières. Une telle collaboration de l’œuvre et de l'union professionnelle ne peut évidemment qu'améliorer beaucoup l’ensemble de la population féminine lancée, à tort ou à raison, dans la voie du travail qu’on peut appeler extérieur, extérieur au foyer et à la vie familiale. La qualité des travailleuses, ainsi guidées, ainsi protégées, ainsi unies, ainsi habituées à se considérer comme solidaires les unes des autres et à raisonner d'autant plus volontiers leurs intérêts, ne pourra que gagner de plus en plus en réflexion, en no intelligence, en dignité.

De cette série, un peu longue peut-être, d'observations ressort — et c'est ce qui les excusera sans doute, i | — une première conséquence en face de laquelle il faut se placer résolument : l'extension, si considérable qu'elle soit, du travail féminin n’est ni accidentelle, ni imprévue, ni le pur résultat de circonstances excep- =

tionnelles. Le mouvement date de loin, il n’a pas cessé de s’accélérer, et quand la guerre a éclaté il était tout prêt à se précipiter dans toutes sortes de direcHase différentes.

est une seconde conclusion qui vient consolider et

expliquer la précédente : plus on améliore la qualité du travail féminin, plus il faut s'attendre à en voir augmenter en même temps la quantité. Ici se dresse devant le public un problème de nature à tourmenter beaucoup d'’esprits, à faire, en tout cas, réfléchir très sérieusement toutes les intelligences sincères, qu'elles soient pessimistes ou optimistes. Aux progrès de la qualité des travailleuses on ne souhaite, en quelque sorte, aucune limite : mais à l’accroissement de leur quantité, incontestablement on en désire, et les hommes ne sont pas les derniers, tant s’en faut, à vouloir qu'on avise à en poser. Seulement est-il possible de rendre le travail féminin mieux organisé, mieux préservé, plus humain, plus respectueux des droits des faibles et mieux payé, plus honorable en un mot, sans y appeler par cela même un nombre toujours plus considérable de celles qui jusque-là restaient complètement chez elles, à ne s'occuper que d'elles? Deux ordres de causes regrettables, mais difficiles à comprimer poussaient déjà au travail féminin du dehors. La première était l’impatience d’une émancipation qui, pour être apparente et trompeuse, n’en faisait pas moins de victimes : on y sentait aisément l'attrait même de ce que les pères et mères, s'ils étaient sages, devraient le plus craindre pour leurs filles, la sortie prématurée de la maison, le relâchement de l'autorité la plus ancienne, de celle par conséquent à laquelle on avait le plus vite souhaité de pouvoir désobéir, la promiscuité tentante des ateliers et des sorties d'ateliers, la vue d’un gain tout à fait personnel et dont on se flatte d'avoir ainsi le droit de disposer à sa fantaisie... L'autre groupe de causes tient — qui ne le sait? — aux complications de la vie contemporaine et aux difficultés économiques qui en découlent, les besoins nouveaux n'étant d’ailleurs pas tous également factices, et la nécessité de créer à la famille même des ressources complémen-

taires mettant à l'épreuve les bonnes volontés les plus évidentes. Eh bien! comme si ce n'était pas assez de ces deux séries d'influences, vient s'en ajouter une troisième, celle que nous venons d'indiquer il y a un instant, la transformation qui offre le travail extérieur sous des aspects beaucoup moins rebutants et affaiblit ainsi bien des résistances. Se mêler à ces sorties d'usines où des filles en guenilles, au verbe haut, au regard provocant, aux complaisances faciles — il ne manquait, Dieu merci, pas de parents assez honnêtes pour ne pas laisser leurs enfants s’y prendre ou s'y résigner. Mais quand on a vu des jeunes filles invitées

à se charger d'emplois liés à un certain travail intel-

lectuel, à la production littéraire, au règlement des affaires, à la correspondance, quand on les a vues partir et revenir avec des toilettes non seulement propres et décentes, mais coquettes, quand on a cons-

taté qu'elles avaient de plus en plus le moyen de se

défendre et que les religieuses encore tolérées n'étaient point en retard pour leur procurer par leurs démarches personnelles de très honorables situations, alors, de tous côtés, les résistances ont faibli, les jeunes filles des classes moyennes sont allées rejoindre celles dont l'origine était plus modeste : elles ont trouvé assez vite à côté d'elles des partis plus relevés. L'aspect général des groupes féminins du commerce et de l'industrie ne pouvait qu'y gagner et exercer un attrait plus persuasif. Nous voici donc en présence d'un de ces problèmes comme il y en a quelques-uns qui nous divisent dans la vie sociale et dans la vie politique. Ceux qui, non sans de graves motifs, s'inquiètent de telles institutions, de telles habitudes, de telles modes, se partagent en deux camps. Les uns s'efforcent de rendre ce qui existe moins malfaisant, plus tolérable, finalement très acceptable. Les autres répètent : « Vous n’obtiendrez jamais ainsi que des améliorations décevantes,

à L Er des adoucissements, des enjolivements qui masqueront le vice fondamental, essentiel, ct le feront ainsi

durer pour le plus grand mal de l'avenir, bref, moins vous. détournerez les femmes de l'atelier, du bureau, du magasin, moins vous pourrez les fixer à leur foyer; c'est inévitable. » À quoi les premiers répliquent

« Sans doute, il y a là une incertitude dont nous

sommes, nous aussi, préoccupés; mais SOMMES à même, et vous qui nous critiquez êtes-vous à même de remplacer ce que nous consentirions à voir disparaître ? Et si nous ne le pouvons pas, si des influences

plus enracinées encore que les nôtres et mieux soute-

nues par les circonstances s’y opposent, nous flatterons-nous de faire sortir le bien de l’excès du mal? Croyons-nous que pour ramener les gens à la vie saine il suffise de les abandonner à

Celui-là seul peut y réussir qui a le moyen de changer les cœurs et qui ne se résigne pas à laisser se gâter encore davantage ceux qui n'avaient pas trouvé d’euxmêmes la force de se réformer. »

Tel est, dans les destinées du travail féminin, le legs du passé, d’un passé avec lequel il est impossible de ne pas compter. Dans quelle mesure et de quelle manière le présent le modifie-t-il? Et qu'y a-t-il à prévoir pour ce lendemain aux nécessités duquel toute la France sent qu’elle doit dès maintenant se préparer dn mieux qu'elle peut?

Que la guerre ait rendu nécessaire, indispensable, l'extension du travail des femmes, ceci est d'une évidence à laquelle nul ne peut ni ne veut fermer les

yeux. Non seulement les femmes ont fait merveille

pour suppléer à l'absence de leurs maris et de leurs fils dans la campagne et aux travaux agricoles — à

à toutes leurs misères ?

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ie ndustries de la Ain une main-d'œuvre reeont abondante. Qu'est-ce qui a facilité à un tel degré une

ee Avant tout, l'industrie s’est ingéniée à ne point exi- ger des femmes, jeunes ou vieilles, un genre de travail au-dessus de leur force musculaire et des capacités cérébrales qui leur sont propres. Les grandes entre- prises ont su préparer léurs choix de manière à opérer, sans trop de mécomptes ni de part ni d'autre, une sélection avantageuse, c’est-à-dire ne choquant ni la justice, ni les si respectables intérêts des familles les plus éprouvées, ni les droits de la fabrication et les = terribles exigences d'une guerre comme celle d’aujour- d'hui. Pour recruter, choisir et classer ses collabora- trices, voici comment procédait la maison Schneider, ‘(dite du Creusot, du nom de son principal établisse- 3 ; ment). |

Les demandes de travail (1), envoyées par les femmes ou filles, sont inscrites et classées suivant un ordre de prio- rité déterminé par : la situation des intéressées (veuves - de militaires tués à l'ennemi, orphelines, femmes dont le mari a été mobilisé, femmes dont le mari travaille à notre service, autres femmes ou filles dans l’ordre d’ins- . cription, les charges de famille, les services à l’usine du père, du mari, la date de la demande, etc.).

L’admission a lieu dans l’ordre de classement. On tient

naturellement compte, pour l'affectation à telle ou telle ss catégorie de travaux, des dispositions spéciales que peut * avoir l’ouvrière, et notamment de sa vigueur physique. Dans certains ateliers, Les femmes débutent en qualité - de manœuvres aux manutentions peu pénibles. Elles __ constituent ainsi une réserve dans laquelle on puise au fur et à Aou des besoins de la fabrication, suivant

siques, l’adresse, etc. Cette méthode d'avancement donne, quand les circonstances permettent de l’employer, d’excellents résultats.

Pour mieux assurer, pour mieux généraliser ces résultats, on fait appel à ces facteurs, souvent calomniés, du progrès industriel, le machinisme ou, d'un mot plus toléré, l'outillage et la division du travail. C'est surtout le second qui est venu en aide au premier et l’a rendu plus accessible aux femmes. Dans l'ordre intellectuel, la femme est évidemment plus habile à écrire une lettre charmante, une nouvelle délicieuse, à dessiner et à peindre des motifs d'’ornementation, qu'à construire des théories et qu'à édifier des œuvres de large envergure. De même, elles excellent beaucoup plus dans les détails d'un travail qu'on leur aura, pour ainsi dire, analysé, décomposé, que dans l’art d'assurer l'unité d’un ensemble complexe. Ajoutez-y le iact et la finesse qui leur permettent si souvent de venir à bout des difficultés en les éludant ou en les dissimulant. Or, dans les transformations de notre outillage, — me dit-on à la plus grande de nos entreprises mécaniques, à celle qui travaille le plus pour la guerre —, nous avons, par de nouveaux dispositifs, comme décomposé les différentes fonctions de la machine. De là des actions diverses dont chacune n'a à agir que sur un organe particulier, sans avoir à se préoccuper de l'ensemble qui exigerait des combinaisons, des prévisions et un effort musculaire dépassant les aptitudes des femmes. La synthèse du tout reste assurément nécessaire : l'inventeur et le constructeur en ont pris pour eux la plus grosse part, par le soin avec lequel ils ont réglé la finalité et aussi l'harmonie des différentes parties du travail. Restera la synthèse matérielle des ajustages et des vérifications, des essais : là interviendront à nouveau des efforts compréhensifs et combinés, mais où il suffira désormais

d'un ne. petit nombre de collaborateurs masculins où plus vigoureux ou plus éprouvés.

Mais « nécessité l’ingénieuse » n'a pas seulement dé- : composé la machine à confier à des mains de femmes. Elle a soigneusement analysé et classé les industries qu’on pouvait utilement leur confier et celles où il ne fallait pas leur faire appel. Le Creusot, par exemple, a dressé pour chacun de ses établissements une comparaison entre les travaux qui étaient confiés à des femmes avant la mobilisation et ceux qu'elles exé- cutent actuellement. Pour chaque catégorie sont indiqués : l'effort physique exigé — grand, moyen, faible — (en tenant compte des conditions dans lesquelles s'exécute le travail), le degré d'attention demandé, la position (debout, assise ou mixte) de l’ouvrière... Un examen médical des sujets permet ensuite d’assigner A à chacune la tâche qu'il est possible de lui confier avec Fe les précautions et atténuations nécessaires. Cette décomposition des emplois, cette énumération des actes élémentaires et répétés, toujours les mêmes, ces do- sages d'énergie musculaire ou cérébrale remplissent une dizaine de pages grand in-quarto des documents qu’on

attachés à la manutention de certaines émarations où qui motivent ou des distributions périodiques de lait

analysé scientifiquement, avec les méthodes d’enregistement physique ou psychologique les plus précises.

. J’ai trouvé quelque chose d’analogue et d'également très louable dans le relevé des enquêtes faites par le D ndicat des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs(x).

(1) Dont le Bullelin, très plein et très instructif, paraît tous les mois. J'ai déjà eu occasion de le citer dans ma brochure sur l’Acéiion publique et l'action privée devant les maux de la guerre (Paris, Bloud).

veut bien me confier. Les mentions des inconvénients

ou des précautions spéciales dans la coiffure, tout est

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