‹ L'avenir francaisChapitre 2 sur 27 · PEL TEA · texte numérisé non relu

PEL TEA

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A coup sûr, les données de ces divers problèmes sont souvent très élastiques : les solutions sont rarement étudiées ou assurées dans un esprit digne de celui d'un saint Louis; mais de toute façon oh qui aura déchaîné la guerre n'aura à s’en prendre qu’à lui-même s’il succombe à la fin sous une coalition de griefs qu'il aurait dû désarmer. Les satisfactions qu’on exigera de lui risquent d’être plus onéreuses que celles dont on se serait peut-être contenté si elles eussent été offertes spontanément et à temps.

Dès lors la question est toute dans la ie des griefs invoquês par les nationalités qu'il s’agit de sauver ou d'affranchir. Sur la nationalité belge, il n’y a point à discuter et on ne discute pas. Peut-on discuter davantage sur la nationalité polonaise? A la vérité l'oppression de celle-ci date de plus loin; mais ce n’est pas là un titre contre elle. Elle a pris soin d'interrompre constamment la prescription par ses protestations réitérées, par les témoignages persévérants de la fidélité qu'elle garde à tous ses souvenirs. Présenter comme une conquête détournée la promesse faite par

la Russie de reconstituer sous la protection du tsar une

Pologne une, serait doublement injuste. Il est évident que sans une protection prolongée, la nationalité polonaise serait hors d’état de soutenir son indépendance

et qu’elle retomberait vite dans l’état de morcellement

dont elle a suffisamment éprouvé toutes les douleurs. Mais à qui donc serait-il possible cette fois de confier ou de laisser prendre cette tutelle émancipatrice? Assurément, ce n’est ni à la Prusse ni à l’Autriche. Tout invite donc les alliés à faire pleine confiance à l'héritier des tsars libérateurs. Le désintéressement avec lequel ils secondent depuis un demi-siècle l'indépendance et l'essor des peuples balkaniques leur donne le droit d’y compter.

La crise des nationalités condamnait-elle Y'énphe |

il y avait longtemps aussi qu'on voyait le moyen de l'en garantir. Depuis Sadowa, l'Autriche n’a pas un instant cessé d'être Le jouet d'un double sentiment : la peur de sa rivale de la veille et le désir malsain d’une revanche à se procurer coûte que coûte au détriment d’autres. C’est pourquoi elle n’a point cessé de faire le jeu de Bismarck, qui l’a irrésistiblement poussée vers Orient. Il lui imposait la charge d'y ouvrir une route

Méditerranée, sur l’Asie Mineure, de proche en proche - sur l'univers entier. Il était bien aisé de voir que par une telle docilité, en train de se transformer bientôt en esclavage, l’Autriche-Hongrie allait à la dislocation. Un des hommes qui avaient le mieux étudié la nouvelle Europe, M. Saint-René-Taillandier, écrivait il y a peut-être cinquante ans : « L’Autriche sera fédéraliste ou elle ne sera plus. » Ce fédéralisme eût-il été un pis aller, un expédient périlleux, une solution désespérée? Il s’en faut de tout. Allemands du Sud, aussi différents __ de caractère que Vienne est différente de Berlin, Slaves du Nord, Slaves du Sud, Tyroliens à l’âme à demi italienne, Magyars abusivement vainqueurs et Roumains mal soumis, tous ces peuples avaient leurs traditions distinctes et toutefois un égal besoin d'unité. De ces deux sentiments, aucun ne pouvait être sacrifié à l’autre - sans faire courir à l’empire le plus redoutable péril : nous le voyons clairement, d’ailleurs. Si l'Autriche ne savait pas encourager dans toutes les parties de son grand domaine une tendance efficace au rapprochement et à l'union, dans une satisfaction commune, alors, au lieu d’une force centripète, on devait inévitablement voir agir une force centrifuge, avec des éléments gra-

vitant les uns vers un centre, les autres vers un autre. Cependant, rien n’est plus prouvé : les Tehèques isolés dans le Nord de l'empire ne demandaient qu'une

chose : être placés sur le même pied que les Magyars, former, comme eux, dans l'unité complexe de la Con:

fédération, un groupe raisonnablement autonome. Quant aux Slaves du Sud, Croates, Dalmates, Slovènes et Serbes mêmes, en quelques parties limitrophes de la Serbie primitive, on pouvait observer, il n’y a pas encore dix ans, qu'ils prenaient peu à peu l'esprit occidental : ils respiraient l’air de l’Adriatique et de la Méditerranée et de ses contours plus volontiers que l'air de l'Orient. On remarquait que leurs vieilles habitudes patriarcales allaient en s’affaiblissant; et si, autour de Trieste, leur natalifé gagnaït de plus en plus

sur celle des populations d’origine italienne, ce pouvait .

être là un gage inespéré contre les tentatives à craindre de la part de Rome. Il y a donc eu un moment où l'empire d'Autriche pouvait consacrer, par la satisfaction de longs rêves enfin réalisés, une solidarité nécessaire. Dans ce caractère mixte, franchement accepté à Budapest comme à Vienne, et comme à Prague, l'empire du Danube eût trouvé en même temps la force et l’indépendance; la France n’eût pas tardé à applaudir à son essor.

Tout ce rêve s’est évanoui. À qui la faute? A coup sûr, pas à nous! Ce n’est pas nous qui demandons pour nous la Transylvanie, ce n’est pas nous qui réclamons Trieste et le Trentin, ce n’est pas nous quiavons, par un régime de centralisation à outrance, détaché la Bosnie, l'Herzégovine et d’autres provinces encore d'un tronc sur lequel elles allaient peut-être se laisser gretfer. Mais si nous sommes bien obligés de laisser des nécessités ou des fatalités que nous n'avons pas faites suivre leur cours, un autre devoir nous incombe. Nous devons gagner définitivement à notre cause les puis-

Le

sances nouvelles ou nouvellement agrandies qui vont à leur tour travailler, espérons-le, à la consolidation d’une force capable de barrer la route à l’hégémonie tudesque. A elles seules, elles ne le pourraient pas? Raison de plus pour regarder très amicalement de leur a côté, raison de plus pour faire en sorte qu'il ne s’y pro- duise pas de ces dissidences et de ces rivalités qui ont été mortelles à plus d’un État. À nous, peut-être, de travailler dans l'avenir, à ce que ces États affranchis se réconcilient avec ce qui restera de l’ancienne Autriche ayant cessé d’être oppressive et ayant cessé d’être prussienne. Mais de savoir si l'amitié de l'Autriche intacte et puissante n'eût pas mieux valu, c'est aujourd'hui une question bien oiseuse. D'un côté, on nous __ appelle et on nous âttend ; de l’autre, on s’est rangé avec une aveugle obstination du côté de nos redoutables ennemis. L'hésitation n'est pas possible. L’établissement du dualisme austro-hongrois a, pour un moment,

générale était cependant que se maintenir indéfiniment dans cette halte allait devenir de plus en plus difficile. Sans doute, en se réconciliant avec le gouvernement de Vienne, la nationalité magyare lui a rendu longtemps de grands services par son activité, son intelligence et son courage. Seulement, suivant l'expression populaire, elle a voulu tirer l'échelle, et n'a pas vu que ceux qu'elle laissait dans le bas, comme des subordonnés, deviennent des ennemis de plus en plus dangereux. Il y a en Bohême environ six millions de Tchèques contre neuf millions de Magyars en Hongrie. Dans ces conditions les Tchèques, frères de race des Slaves du Midi de l'Autriche, ne pouvaient être dans l’ensemble de l'empire que des sujets jaloux, mécontents et indociles. Le royaume de Hongrie compte, il est vrai, dix-neuf millions d'habitants, mais (au recensement de 1900) on distinguait dans sa mosaïque mal fondue plus de deux

sauvé, a même paru consolider la monarchie. L'opinion

millions de Slovaques, près de trois millions de d

Croates et un nombre égal de Roumains, et seulement huit millions de Magyars, pas même la moitié de la monarchie. Aux protestations des Roumains dont les droits étaient sans cesse compromis par le rétrécissement du droit de suffrage de leurs nationaux et par la diminution du nombre de leurs députés, que répondait le fougueux ministre Tisza, celui qui prétendit un beau jour que les étrangers ne pouvaient être en sécurité dans Paris? « Nous n'accorderons jamais aux Roumains de Transylvanie, déclarait-il en 1913, l’autonomie qu'ils demandent. Nous sommes décidés à lutter par le sabre et par le feu contre leurs revendications. »

Les Hongrois proprement dits ne peuvent cependant. pas accuser le royaume actuel de Roumanie de se servir de journalistes ou de politiciens ambitieux pour inspirer aux Roumains de la Transylvanie un nationalisme factice. C'est le contraire qui est la vérité. En Transylvanie (comme en Galicie, du reste) l’appât de certaines fonctions publiques et l'attrait d'un rôle à jouer dans la monarchie désarme encore assez facilement des partisans de l'indépendance : c’est le peuple, le peuple paysan qui est le plus fidèle, et ce phénomène ne date pas d'hier. En 1856, Edgar Quinet nous disait déjà à projos de la langue roumaine de chacune des fractions séparées : « Pour retrouver sous les alluvions des étrangers la langue nationale, quels éléments possède la Roumanie ? La Bible et le peuple! C’est dans des villages détournés, sur les routes montagneuses, que les linguistes roumains ont été combler les lacunes de leur vocabulaire et restituer à ceux des mots que les mélanges et le cosmopolitisme avaient altérés leur pureté originaire. » Il y a fort peu de temps, un professeur de l'Université de Jassy, M. Xénopol, maintenant membre associé de notre Académie des sciences morales, nous faisait suivre le lent et obscur développement de

L'AVENIR DES NATIONALITÉS ee à

ce mouvement national; il nous montrait, dans les plus modestes chaumières et chez les bergers des montagnes, le paysan de la Roumanie subjuguée entretenant avec des prêtres et des instituteurs des relations qui éle- vaient en eux le sentiment national plus haut même que dans la Roumanie libre, trop partagée entre grands propriétaires d’un côté, et prolétaires socialistes de l’autre. Durant. une assez longue série d'années, les bergers

Valachie (les deux provinces du royaume) et pendant l'été retournaient dans leurs montagnes. Le gouvernement hongrois interdit plus tard ce va-et-vient dans lequel les paysans soumis donnaient à leurs frères libérés plus de patriotisme peut-être qu'ils n'en rece- vaient. Tel est du moins l'avis du savant professeur de Jassy et de cette élite universitaire qui, sous la pression des événements, travaille aujourd'hui avec ardeur à l'unification de la race et de la nationalité longtemps divisées. |

- A bien peu de chose près, cette histoire est celle des

nous appesantir davantage. Les grandes puissances menacées se sont crues à l'abri pour toujours dans cette forteresse archaïque d’une centralisation bureaucratique à outrance : quelques recrues, faites çà et là dans des ralliés que séduisaient les honneurs et le gain, faisaient oublier les masses populaires s’instruisant peu à peu à leur manière et retrouvant d’autant plus volontiers leurs vieilles histoires et leur vieille langue qu’elles

d’elles pour opérer avec les vainqueurs des rapproche- ments intéressés. Là est le caractère nouveau du mou- vement que la guerre actuelle accélère. IL est temps que la générosité des classes laborieuses, aidée par

de Transylvanie faisaient paître leurs troupeaux pendant l'hiver dans les plaines de la Moldavie et de la

campagnes polonaises et celle des montagnes de l'Herzégovine et de la Serbie. Il est inutile maintenant de

voyaient avec plus de regret une minorité s'éloigner

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