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s'appuient sur des groupements organisés. Par-dessus tout, il y a lieu d'enregistrer avec satisfaction les lignes suivantes : « Nous croyons pouvoir affirmer aujour-
d’hui (ceci était écrit au plus tard en 1918), en nous | appuyant sur les résultats déjà obtenus, que c’est aux M. syndicats chrétiens que revient la charge de restaurer «0 __ l’organisation du travail et que leurs efforts en ce sens . 3 ES peuvent prochainement atteindre le but poursuivi ” F1 Chaque fois, en effet, que la direction d'une usine a consenti à entendre les déléguées des syndicats libres, le résultat de cette entente a été si satisfaisant que les deux parties s’en sont félicitées. » Je sais qu'on peut en dire autant pour les rapports avec l'Intendance, là ou l'Intendance a trouvé devant elle des syndicats __ féminins tels que ceux auxquels je viens de faire 524 allusion.
Tout converge donc à la même conciusion rendue de plus en plus évidente. Le nombre des femmes salariées, adonnées à des arts et métiers, allait de lui- même en augmentant. Pouvait-on ne pas s'occuper ee d'elles ? Pouvait.on ne pas leur apprendre à s’aider elles-mêmes, ce qui veut dire à s'entr'aider, et à rele- ci ver aux yeux du monde comme à leurs propres yeux la valeur morale de leur travail ? Mais plus on rectifie le mouvement, plus on en favorise le développement, la continuité, l'intensité. Des milliers de femmes qui __ redoutaient le travail salarié, parce qu’il était trop mal pratiqué, trop mal défendu, trop « mal vu », n’ont plus autant de raisons de s’en détourner : elles y - affluent. :
| La guerre, qui a privé nos usines d'une énorme quantité de travailleurs, est venue précipiter ce mou- vement, surexciter les demandes et les offres de travail féminin. Nous sommes en plein dans une période où l'extension de ce travail ne peut être que considérable. : Est-il permis de croire que ce sera momentané ? 04
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. De différents côtés on répondra : Pourquoi non ? La
fabrication des obus n'aura plus, après la paix, des
allures aussi vertigineuses; les ateliers qui travaillent pour vingt autres besoins de la guerre, pour le ravi
taillement, pour l'habillement, pour la chaussure d’armées innombrables, verront forcément leurs commandes se ralentir. Enfin, nous verrons bien revenir beaucoup d'ouvriers qui reprendront leur place à l'usine ; ainsi ils seront er nécessité et en droit de le faire.
Oui, on a dit tout cela; mais il n’est que trop aisé d'y répondre et on y a répondu de bien des côtés, avec la même certitude, avec la même évidence lumineuse.
Ne faisons pas ici le compte douloureux de ceux quine
reviendront pas. Chacun de nous n'a qu'à regarder autour de lui et à se dire que partout les vides sont les mêmes.
Les tâches à exécuter par les survivants seront-elles
sensiblement diminuées ? Certaines le seront, assurément; mais après avoir fait face aux besoins de la guerre, il faudra rétablir l’état de paix, et ce ne sera pas une mince entreprise. Il faudra reconstituer tout ce qui a été détruit, reconstituer tous les stocks épuisés,
comme il faudra repeupler toutes les étables. Si on
continuait cette énumération en la détaillant, plus d’un lecteur dirait: « C’est à faire frémir! » Il ne le dirait pas sans raison. Mais, Dieu merci! la France ne se contentera pas de réparer ses pertes et de relever ses ruines. Elle voudra se suffire à elle-même là où elle n'y avait point réussi, là où elle se laissait envahir par ces industries étrangères à la suite desquelles pénétrait et se répandait tout ce que l’on sait. Espérer que nous restreindrons nos exigences et que nous comprimerons
NEA 4 ! MAD ee D MÉPEMU ee
DE L'EXTENSION DU TRAVAIL DES FEMMES 189 e
prévoir une France se suffisant absolument à ellemême, se réservant pour ce qu’on appelle son marché intérieur, accumulant ses petites épargnes et se gardant de cet esprit d'entreprise où l'on se heurte pério- diquement aux surprises de la surproduction. Surveiller
de près la surproduction, la surproduction industrielle surtout et encourager chez les Français leurs louables habitudes d'épargne, à coup sûr tout cela est bon,
comme il est bon de réclamer moins de luxe et moins
de dépenses superflues. Mais n'est-on pas encore mieux A d'accord pour constater que la lutte économique sera de plus en plus notre loi, que nous ne pouvons pas nous y soustraire, et que là aussi, comme dans la guerre proprement dite, l'offensive sera encore le meilleur moyen de se défendre ? Autrement dit, la méthode la plus efficace pour conjurer le péril de la surproduc- tion sera toujours de s'ouvrir des débouchés nouveaux. __ De même la meilleure source d'amélioration du marché de la consommation intérieure, c'est l’ensemble des bénéfices que la production générale réalise par le commerce extérieur et par la concurrence qu'elle y } ss ‘affronte. Si les produits allemands nous ont envahis | à comme ils l'ont fait, n'est-ce pas, en grande partie, parce que les gains de leurs exportateurs leur permettaient de nous les offrir à plus bas prix ?
Bon gré mal gré, il nous faudra profiter de cette leçon, comme de celles que nous ont données leurs canons lourds, leurs tranchées et le reste. Or, depuis plus de dix ans, les hommes avertis s'épuiseient déjà à démontrer que, par l’abaissement de notre natalité, nous manquions de main-d'œuvre, comme nous man- __ quions de consommateurs. Que sera-ce demain ?
__ Ilest vrai,nous avons eu recours à plus d’un million
d'étrangers, Allemands, Belges, Italiens, Polonais, ete. De ceux-là, combien seront désormais absents, les uns que nous repousserons avec énergie, les autres qui auront fort à faire chez eux pour y combler leurs propres vides et réparer leurs propres ruines! Se fiatteton de trouver dans nos colonies des auxiliaires de nos industries comme on y à trouvé des auxiliaires de nos armées ? Mais nous nous plaignons que les Français de la métropole ne soient pas plus nombreux à aller mettre en valeur nos possessions lointaines en y propageant les bonnes méthodes, en y établissant des entreprises fécondes en y développant la production de tant de matières premières et de tant de denrées que nous achetons et que les exigences du change nous obligent à surpayer dans tous les coins du monde étranger. Allons-nous appauvrir ces mêmes colonies en leur enlevant le peu de travailleurs qu’on y a finalement mis en état de satisfaire eux-mêmes aux exigences de l'industrie contemporaine? Les ïinterprètes compétents des besoins coloniaux disent, non sans les plus grandes vraisemblances : « Nous souffrons déjà, non pas précisément de la pénurie des bras indigènes, mais de l'inertie de la plus grande majorité de ces bras. Si, pour combler les vides de la métropole, vous faites appel à de soi-disant travailleurs, habitués à linertie chronique, vous vous encombrerez d'un poids mort dont vous serez obligés de vous débarrasser à grands frais. Le seul moyen de vaincre peu à peu cette inertie, c'est d'encourager de proche en proche une production indigène améliorée, francisée, mieux rémunérée, plus tentante. Mais si vous nous prenez pour vous cette minorité, déjà si difficile à former, de bons travailleurs sénégalais, congolais, kabyles, tonkinois ou malgaches, avec quoi nos colons pourront-ils répondre à vos propres demandes de produits exotiques, de matières premières ou même de produits remplémen-
taires des vôtres, puis de travaux publics et de colla-
borations commerciales, etc.? » Nous avons commis la faute immense de laisser tomber notre natalité ; cette faute, nous la payons et nous la payerons jusqu'à ce que nous l’ayons réparée.
Nous ne sommes plus au temps où Jeanne d'Arc, pour s’excuser d’avoir revêtu l’armure, disait : « J'ai pensé qu'il y aurait toujours assez de femmes pour
faire œuvre de femme. » Non; nous n'avons plus, nous, plus, )
assez de femmes faisant œuvre de femme ou la faisant normalement. Eh! bien, nous ne pouvons pas ne pas en pâtir. On dit que le plus grand châtiment du péché, c'est de s'y enfoncer chaque jour davantage. Nous
__ avons eu trop peu d'enfants et, pour en avoir eu trop
peu, nous sommes contraints par toutes sortes de nécessités, à laisser les femmes se jeter dans des occupations qui semblent-bien n'être pas trop favorables, en effet, à la vie de famille et à la repopulation par conséquent. Ceux qui ont commencé une sorte de croisade contre l'affaiblissement de notre natalité ne failliront pas à leur devoir, et il faut bien espérer que le peuple français se réveillera de ce cauchemar comme de quelques autres; mais enfin il faut vingt ans pour former un homme et un travailleur (car si beaucoup travaillent utilement dès dix-sept ou dix-huit ans, le service militaire leur reprend ensuite ces deux ou trois années). Nous avons donc devant nous au moins vingt années où il est certain que le travail des femmes, même dans le genre d'occupations qu'on a le droit de regretter le plus pour elles, ne peut aller qu'en se développant.
Ce n’est cependant pas une raison pour laisser
désormais tout aller, pour laisser faire la fatalité sans
en exaiiiner la portée, sans essayer d'en voir les
limites et de trouver les moyens de la maintenir dans un cercle raisonnable. Il faut d'abord noter ce qu'on doit s'abstenir de favoriser et chercher ce qu'on peut conseiller de palliatifs. Peut-être trouvera-t-on 1à l’indication de quelques réformes intéressantes, dignes, en tout cas, d’être examinées.
Nous nous voyons en présence, non certes d’une irréductible antinomie, mais de deux tâches également
impérieuses et également difficiles à concilier dans le temps où nous vivons. Il nous faut des enfants, beau-
coup d'enfants pour assurer l’avenir, et il nous faut de la main-d'œuvre, beaucoup de main-d'œuvre pour suffire à nos ire ou immédiats ou prochains. Voilà ce que tous les bons Français s'accordent à proclanrer. De ces deux instances répétées, la première est évidemment celle qui peut invoquer les plus incontestables enseignements de la morale et celle même de l'intérêt national puisé à sa source la plus élevée, la plus pure, finalement la plus salutaire. La seconde est soutenue par la poussée des nécessités les plus urgentes. Pour qui ne se paie pas de mots ni n'espère l'impossible, il est bien à prévoir qu’à ces nécessités l'intérêt privé, l'intérêt immédiat répondront avec un empressement, une ingéniosité, une conviction, un esprit de propagande et des offres dont l’action sera irrésistible. Sur le principe on ne peut plus guère épiloguer ni sophistiquer. L’affaiblissement de notre natalité a été un désastre lent, mais d'autant plus redoutable devant l'ennemi que nous n’en avons conjuré les effets qu’en l’aggravant encore. Nous avons creusé de nouveaux vides qu'il a bien fallu combler sous peine de ne plus pouvoir remonter du fond du précipice. Sur les conséquences à en tirer dès demain, on sait comment trop de familles croient pouvoir ruser. On reconnaît le principe, mais on réclame pour soi le bénéfice
s DE L’EXTENSION DU TRAVAIL DES FEMMES 193
d’une exception dont on se fait juge. Quant à ceux qui
se montrent les plus sévères contre l'invasion de l'usine par les femmes et y voient pour la natalité un
péril de plus, ils ne laissent pas de déclarer qu'ils
subissent là une nécessité provisoire dont ils seront
heureux, disent-ils, de se dégager le plus tôt possible.
Seulement qui ne sait quelle est en toutes choses la tendance de l’exceptionnel à se multiplier et du provi-
soire à durer”? |
La situation ainsi donnée, un premier souhait à for. muler est qu'on ne fasse rien qui détourne trop de jeuues filles du mariage artificiellement et pour trop
de temps. Des hommes de recherche intellectuelle en
même temps que d'activité pratique pensèrent un ins-
tant que, puisque les femmes allaient entrer de plus en
plus dans l’industrie, il serait bon de leur offrir les moyens de faire un apprentissage complet. Ils construisirent des plans d'écoles et d'ateliers où la jeune fille serait initiée à une instruction et à des méthodes la mettant sur le même pied que les ouvriers mascu-
lins les meilleurs. Pour s'élever jusque-là, il lui fau-
drait, bien entendu, ne plus faire indéfiniment la même besogne limitée et exécuter le même genre de mouvement, mais connaître toutes les ressources de son métier et être à même d’en surmonter toutes les difficultés pratiques. Une fois les devis bien calculés et bien dressés, les initiateurs s’aperçurent que, pour être sérieuses, ces écoles coûteraient beaucoup trop cher et
ne « paieraient » pas. Contentons-nous d'enregistrer cet
aveu singulièrement autorisé (1), et tenons-nous-y. Ou
(1) Le président du Syndicat dont j'ai parlé a bien voulu me communiquer aussi tous les renseignements techniques ayant préparé les conclusions, c’est-à-dire ayant contraint de s’en tenir à la pratique des actes subdivisés d’un apprentissage immédiat et facile.
194 L'AVENIR FRANÇAIS a
plutôt, non, ne nous contentons pas d'en prendre acte, ayons le courage de nous en féliciter hautement. Il ya des distinctions qui s'imposent entre l'apprentissage des hommes et celui des femmes et, chez les femmes mêmes, entre l'apprentissage d’un métier essentiellement féminin, ne détournant pas la jeune fille de ce qui convient à sa nature propre et à sa destination évidente, et, d'autre part, l'apprentissage d’une profession difficile à souhaïter pour elle autrement que comme ressource de supplément et comme expédient provisoire. | L'homme qui apprend, puis exerce un métier est fait ne pour l'exercer toute sa vie et pour y trouver son occude. pation principale, on peut dire presque unique. Il ne doit jamais cesser de faire son possible pour le comprendre toujours mieux. S'il s’y applique et y réussit, il y trouve, par voie d'analogie, de quoi élever son ii intelligence et perfectionner son instruction sociale. Il "é la perfectionnera plus encore si, dans ses réunions et discussions collectives, il sait prendre toujours pour . base la pratique sérieuse et loyale de sa profession, non des utopies et des convoitises dont il n’a point : assez appris à mesurer l'inanité. A la femme il faut, sans nul doute, souhaiter toujours plus de jugement, plus de réflexion, plus de souplesse et à la fois de fermeté dans la volonté. Mais à quoi lui faut-il conseiller de demander le secret de ces dons précieux? À l'art de discourir sur les hypothèses et les contingences en les examinant à la lumière fausse de l'esprit de parti, ou bien à l'art de faire vivre en paix tous ceux dontelle a la charge d’adoucir les difficultés et les misères ? IL suffit de poser la question. Le plus précieux apprentissage de la jeune fille est celui de l'enseignement ména- } ger; c'est, plus encore, celui que lui donne dans la Te famille une mère sensée, attentive et tendre, bref, une bonne mère.
Ï est bien vrai que la femme sera de tout temps onviée à des travaux qu'on n'a le droit de lui décon-
valeur chez elles, au bénéfice immédiat de leurs maris et de leurs enfants, certes il est bon que la jeune fille : l'apprenne entièrement et le connaisse — le mot est | très à sa place. — sur toutes les coutures. En lingerie et en confection, par exemple, si quelque entreprise a obligé ses ouvrières à ne faire jamais que la manchette ou qu'une partie de la manchette, à pousser ses ciseaux le long d’un patron tout taillé, etc., on a eu A. raison de le déplorer comme on l’a fait. Mieux inspirées sont les directrices d'ouvroirs qui répètent comme un axiome : chacune de nos enfants doit apprendre à bien faire, elle-même, une chemise complète ; car alors, en lingerie, elle saura tout faire. Le même principe doit présider à tous les travaux qui, même s'ils prennent à U la jeune fille plus de temps qu'on ne le souhaiterait, LA ont du moins le mérite de ne pas trop la dépayser, de la laisser suffisamment à sa mission essentielle et de ne pas dénaturer son caractère. Qu'on ne se contente pas d’un apprentissage rapide et mécanique pour former une couturière, une lingère, une modiste, une tisseuse de soieries lyonnaises, je dirais également une fermière, si la meilleure fermière n’était pas celle qui s’est formée longuement et complètement dans la ferme
aux innovations et aux fantaisies téméraires. J'ai dit que les syndicats industriels avaient sagement reculé devant les frais excessifs d'écoles d'apprentissage industriel féminin. Aux raisons devant lesquelles ils se
sont inclinés on peut en ajouter d'autres. D’elles-mêmes,
la majorité des ouvrières prennent ce travail plus tôt
que les hommes, mais en revanche elles le quittent.
beaucoup plus vite. C’est là un fait qu'on peut observer en plus d’un pays. D’après l'Office de Travail d’avrilmai 1916, on constate, à la vérité, que depuis quelques années il y a, aux États-Unis, plus de jeunes filles et plus de jeunes filles de familles aisées s’employant à travailler au dehors : on en voit aussi un peu plus qui travaillent après leur mariage, donc à un âge moins limité. Du moment où le nombre total des femmes pratiquant le travail industriel s'accroît, le nombre de ces cas exceptionnels ne peut que s’accroître en proportion. Toutefois, on maintient que la vie industrielle de la femme anx Etats-Unis ne dure guère en général
plus de six à huit ans, qu’elle commence entre quatorze
et dix-huit pour finir entre vingt et ving-cinq. Revenons à la France. Au-dessous de vingt ans il y a plus de femmes que d'hommes y travaillant dans l’ensemble des ateliers; mais aux approches de trente ans, le nombre des femmes y diminue, tandis que celui des hommes y augmente (1). Il est certain que les femmes y fréquentent surtout les ateliers quand elles sont encore inexpérimentées, légères, inattentives et que c'est quand elles deviennent plus sérieuses et plus habiles qu’elles les quittent. Le plus souvent, par bonheur, elles les quittent pour s'établir ou se marier, car si le goût de la maternité a malheureusement faibli, le goûtdu mariage persiste. Mais de ce qui précède il résulte que les chefs
(1) On trouvera sur ce sujet quelques études dans la:
brochure de M. de Contenson, le Travail féminin. (Bloud.)
UT RP, SE L RTE REURE LE RUe P
d'industrie devront hésiter encore davantage à former coûteusement des ouvrières qu'ils ne conserveront jamais comme ils conservent les ouvriers.
__ À cette raison peut s’en ajouter une autre qui y touche d’ailleurs d'assez près. Tout en se louant du concours nouveau qu'il trouve chez les femmes, un des industriels du syndicat observe qu'après avoir atteint un : certain degré d'adresse, elles s’y ticnnent, et que les __ ouvrières ne se perfectionnent pas comme le font les ouvriers. On a souvent fait une observation analogue au sujet de la précocité de l'esprit féminin et de la __ supériorité le plus souvent passagère des sœurs sur leurs frères. Il est assez intéressant de la voir confirmée dans un ordre de choses matériel et pratique.
Pour toutes les raisons qu'on a vues plus haut, le nombre des femmes appelées à travailler dans lindustrie et dans une multitude d'emplois nouveaux n’en va pas moins être considérable et croissant. Comment faire pour ne pas les séparer de leurs familles et de leurs foyers plus que ne l’exigeront des nécessités impérieuses et véritablement inéluctables ?
A ce sujet, qu’on me permette de rappeler ce qui fut essayé jadis pour le travail des enfants. Ce ne sera pas déserter notre sujet (une comparaison justifiée n’est point une digression). Quand les progrès de l’in- .__ dustrie provoquèrent des demandes nouvelles auxquelles on n'était pas préparé, on chercha partout de k ‘
la main-d'œuvre et on fit appel aux petites mains. On
- en vint même très vite à des abus contre lesquels s'élevèrent les plaintes les plus vives. Ceux que ces
1 plaintes avaient émus ne se bornèrent heureusement pas à gémir. Ils imaginèrent trois sortés de solutions. On essaya d’abord de mettre l'atelier, l'atelier d’ap-
198 L'AVENIR FRANCAIS | Te
prentissage tout au moins, dans l'école même, de façon
à ne pas interrompre les leçons exigées par le soin d'une instruction élémentaire suffisante. On trouva vite qu'un tel mélange eût exigé trop de personnel, un
trop grand mouvement de ce personnel, et qu'il eût Le.
finalement coûté trop cher. On tenta ensuite de mettre, au contraire, l’école dans l'atelier en remplaçant, à un moment donné, le contremaître par l'instituteur. Ceci était relativement plus pratique, mais exigeait encore
trop de va-et-vient, ne tenant pas compte de ce que
l’unité du mobilier, l'harmonie du mobilier ont d’importance pour des yeux et des imaginations d'enfants. Une très grande entreprise eût pu seule organiser les
combinaisons nécessaires, en assumer tous les frais, :
s'assurer un personnel répondant à toutes les convenances.
Mieux appréciée et plus heureuse fut l'innovation
créant des écoles de demi-temps, l'enfant, l'adolescent, passant une journée entière à l'école, le jour suivant tout entier à l'atelier, et ainsi de suite. M. Paul Leroy- Beaulieu m’apprenait que cette combinaison fut célé-
bréc en son temps comme une découverte. Les autorités les plus graves la déclarèrent des plus fécondes pour les progrès de l’industrie et pour ceux de l'instruction populaire. Lord Brougham, en particulier, n’hésitait point à dire qu'elle valait telle idée ayant révolutionné la mécanique. N’en soyons pas trop surpris! C'est là
bien souvent le sort des idées les plus simples; onny
arrive qu'après avoir tâtonné dans des essais factices et compliqués. De l'Angleterre, l'innovation passait en Belgique, comme en témoignent des rapports officiels de 1863 ; là aussi on s’en félicita, Il est juste d'ajouter qu’en France et ailleurs ce sont les Frères des écoles chrétiennes qui ont peut-être pris la plus grande part à cette réforme. On n'en parle plus autant, pour des raisons faciles à comprendre. La loi de 1881 sur l’ins-
DONS Ve !