‹ L'avenir francaisChapitre 7 sur 27 · QE · texte numérisé non relu

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l, HONTE" L'AVENIR FRANÇAIS

sera entendu de la génération qui s'élève, comme de sa voir si quatre ou cinq orateurs comme était M. de Mun et comme est Barrès, prévaudront devant le pays contre cinq ou six cents arrondissementiers pour lesquels toute vie individuelle, régionale, nationale se résume dans le maintien de quelques privilèges désastreux. Un art et une littérature qui entendent se renouveler se proposent généralement de servir soit un idéal nouveau, soit un idéal trop longtemps oublié et méconnu. Ge mot d'idéal n’a pas perdu son attrait; mais comme tous les mots importants, il est tour à tour éclairci et obscurci, agrandi et rapetissé. En érigeant le réalisme en système on n'a pas gagné - grand'chose à la cause de la réalité : on l’a fortement : compromise, au contraire, comme on compromet tout ce qu’on isole. On n’a pas peut-être rendu meilleur service à la cause de l'idéal par la manière incohérente et discordante dont on s’est plu à prôner l’idéalisme. Au lieu d'être le culte de l'idéal, où la grande tradition platonicienne et où les plus illustres cartésiens voyaient la réalité suprême, la réalité vivante et maîtresse, lidéalisme contemporain n'a plus vu que la suprématie de l’idée; mais sous ce dernier mot réduit à des proportions de plus en plus humaines, on a surtout vu l'idée maîtresse d'elle-même, se suffisant à elle-même, n'ayant plus nécessairement d'objet en dehors d'elle : c’est le triomphe du germanisme d'avoir ainsi propagé lidolâtrie de l'idéalisme subjectif, deux expressions qui se contredisent mutuellement et qui excluent également ce qui est et ce qui doit être; car on y substitue ce qu'on veut qui soit, et cela dans des conditions dont on n’a de compte à rendre à personne, du moment où l’on a la force de les imposer.

Mais, dit-on, si la litiérature et l'art ne doivent s'attacher qu’à l'idéal, ce sera bien monotone. Il ne faudra plus ni étudier ni représenter que ce qui sera

d'une beauté pure et sans mélange, donc sans caractère. Il faudra se cantonner dans l’irréprochable, dans le génie sans défauts et sans abus, dans la sainteté sans mélange de rien de naturel. — L’'objection serait enfantine; il est clair que ce qui nous intéresse, c'est la vie, et que, partout où elle se montre avec suite, elle est instruclive et attachante. Il n'y à pas de vie qui ne tende à spécifier, a dit un grand naturaliste; mais spécifier, c'est travailler à la consolidation d’un type valant plus que les essais et les ébauches. Rien ne mérite de nous retenir que ce qui, même dans ses erreurs, est porté par la poussée de son principe interne et par la logique de son mouvement à aller jusqu'au bout, et à donner ainsi l'intelligence de ce qu'il est. Les contradictions de la nature humaine ne sont pas niables : maïs elles ne valent la peine d’être décrites et expliquées que si chacun des éléments qui luttent l’un contre l’autre est posé suivant les conditions de tout drame, c’est-à-dire en nous donnant le sentiment de ce que chacun aspire à être et est condamné à se manifester, si on ne peut dire qu'il y est convié et appelé, Ce n’est point là autre chose que l'application de cette maxime bien ancienne, que toute chose doit être étudiée dans ce qu'elle offre de plus complet, de plus achevé, de plus cohérent. Cela est vrai en science, en critique, en art, en littérature. Autrement on s'attache à des velléités, à des indécisions, à des futilités, à des illusions, qui peuvent bien emprunter aux choses du jour quelque apparence de réalité, mais méritent finalement que le bon sens public dise : « Ça n'existe pas! »

Dirons-nous la même chose de l’école qui n’a voulu ni de la réalité, ni de l'idéal, trouvant la première trop grossière et le second trop incertain en même temps que trop ambitieux, et qui a cherché un refuge intermédiaire dans le symbolisme ? En littérature comme en

métaphysique, il a été beaucoup parlé de symboles ; à un

moment donné, chez Herbert Spencer et chez Taiïne,il

n'était pas question d’autre chose, et on sait à quel point les poètes et artistes symbolistes ont été charmés de nous ouvrir là des sources, d'où ils ont fait jaillir les livrets d’opéras, les sonnets et les poèmes, sans excepter dejolis essais dramatiques.

Il est toujours difficile de tenir un milieu entre deux extrêmes sans faire quelques sacrifices à l’un des deux. Le célèbre positiviste anglais doit une grande partie de sa fortune philosophique à la distinction qu'il établit entre ce qü il appelle le réalisme grossier, croyant voir les choses telles que les sens les voient et les palpent, et un idéalisme prétendant faire état de

conceptions dont on ne peut rien dire de clair et dont

on ne peut rien prouver, qui n'ont donc aucune place marquée dans l'ordre des connaissances. Seulement il croit à un « réalisme transfiguré, » qui réconcilie ces deux points de vue : il affirme que derrière toute manifestation interne ou externe est une puissance inconnaissable, mais certaine, qu'elle est même la seule chose permanente, le fait absolu sans lequel il n'y

aurait pas de faits relatifs. Ce que nous en disons ne

l'explique pas, ne l’exprime même pas, mais la symbolise. Taine est à l’autre pôle. Il estime que toutes nos conceptions, toutes nos définitions, toutes nos expressions étant nécessairement inadéquates, les réa- lités que nous croyons saisir ne sont que des symboles, des symboles de quoi ? Non plus d'un inconnaissable, mais d'une réalité sensible dont nous ne pouvons que nous rapprocher, d'explication en explication, de « sübstituts en substituts », d'analyses en analyses. Ici c'est à la réalité sensible que nous tendons, c'est finalement sur elle seule que nous avons à nous guider.

Tout en se donnant, tout en ayant une valeur plus

indépendante des théories, le symbolisme en littérature

n’a échappé à l’une de ces deux tendances que pour subir l’action de l’autre. Dans des conceptions qu'on estime avoir trop vieilli parce qu'elles étaient trop simplistes, un symbole était défini « signe extérieur indi- quant une chose qu'on ne voit pas ». Ainsi la liturgie catholique tout entière n’est d’un bout à l’autre qu'un long symbolisme. Seulement, dans la liturgie, c'est le sentiment de la réalité qui doit dominer : le sentiment de la vraie purification, du vrai pardon, de la vraie union avec les personnes divines ; l'image symbolique n'intervient que pour soutenir la croyance. En matière : profane, le symbole a naturellement plus de liberté. Là, rien n'empêche que le signe, qu'il soit son ou couleur, lignes, geste ou parole, agisse sur les sens de manière à les charmer en quelque sorte de lui-même, par ce qu'il contient de sonorité, d'éclat et d'harmonie. Qu'il éveille dans l'esprit d’autres images encore, l'effet s’en prolongera d'autant, mais dans quel sens ? Dans celui que le poète voudra, soit dans le sens d’une autre réalité matérielle, soit dans le sens d’une réalité spirituelle cherchée, regrettée, avouée de lui et - dont il s’efforcera de faire partager l'amour ou le regret. On ne peut donc pas s'étonner que le symbolisme s’attarde volontiers dans l’image et devienne souvent indifférent à la réalité qu'elle est censée recouvrir. Il n'y a pas bien longtemps que l'école régnante nous . donnait des exemples bizarres de cette fantaisie : Les __ voyelles devenaient symboles de couleurs, les couleurs symboles de sons : les fleurs, ces vieux symboles popu-

laires, ne conservaient leur privilège qu'à la condition d'être très rares et inconnues du vulgaire.

Mon cœur est corylopsis du Japon,

ainsi débutait une pièce de vers, qu’en une certaine société psychologique, Taine, révolté dans la survi- vance de ses goûts classiques, aimait à débiter devant

Charcot. Plus récemment, un scholiaste du nouvel art poétique prétendait que chaque symbolisté ne devait daigner rendre que ses sensations personnelles, si rares, si incomprises qu'elles pussent être. Être rares et incomprises, c'était là le meilleur signe de leur originalité supérieure. Beaucoup de peintres et de musiciens se sont mis dans ce béau cas. Alors comment le public peut-il les suivre? Aussi serait-on tenté de définir ce symbolisme, la manie de mépriser la signification naturelle des choses, des faits et dés mots pour leur én prêter unéimaginaire. Cette interprétation serait-elle si iujuste ? Mais à chaque instant nous tombons sur des déclarations comme celle-ci : « Le poète symboliste n'observera pas le monde pour s’en inspirer, il s’inspectera lui-même, et découvrira en lui le monde qui lui est personnel ct dont, par la projection d'images devenues des symboles, il réalisera au dehors l'apparence et la fantaisie (1). » Qu'est-ce donc qui fera la valeur dés images ? « L’enchantement verbal, » ce qui veut dire tout simplement « des mots ». On aura beau nous dire que ce symbolisme s’est finalement élargi, qu’il a voulu créer ses images « selon la conception générale du monde » ; tout de suite il est ajouté « que cette conception sera celle qui aura paru possible à chaque cerveau symbolisateur ». Au lendemain de la mort de Rémy de Gourmont, à la suite de toutes les manifestations plus ou moins symboliques du comité d'apothéosé, venait la poésie d’un disciple chargé de clore la cérémonie par ces vers :

Au zénith des soleils s’éteignent chaque jour.

Chère âme, les discours passent, les hommes meurent, Les fleurs tombent, il n’est que les mots qui démeurent.

(1) Mercure dé France, novembre 1915, article de L. Dumur, c’est-à-dire de l’une des premières autorités du recueil (que du reste on aurait tort de ne pas lire assidûment).

Les mots! C'est à la fois peu et beaucoup. C’est Surtout beaucoup, quand ces mots ont la prétention de créer l’enchantément par eux-mêmes, par eux seuls.

LU . Uné prémièré conclusion à tirer, semble-t-il, de ce qui précèdé, est qu'après nous être beaucoup payés de mots, il est grandement temps pour nous de renoncer à ce genre de récréation. S'il fut un temps marqué pour l’action, c’est bien celui-ci, et s’il fut jamais une génération + décidant aveèc unanimité pour une action virile, c est bien la génération tout à fait actuelle. Ne pas applauitir & à un tel changement, ne pas s’employer dé tout son pouvoir à en maintenir et à en déve-

loppér le bienfait, ést manifestement impossible. La

littérature française ne risquera jamais de manquer de subtilité, de fantaisie, d'élégance. Jamais non plus la nation, dont elle est l'expression et l’image, n’aimera exclusivement l’action pour l’action, ni ne sacrifiera de propos délibéré l'humanité et la justice à un besoin brutal d'imposer sa volonté et de faire sentir qu’elle en est maîtresse. Cette nécessité si actuelle et si pressante d'une action concertée contre les outrages d'une pression qu'on n'avait pas assez voulu prévoir, ne craignons donc pas qu'elle atteigne nos qualités originelles, celles-là même que nous avons souvent cultivées avéc une complaisance par trop exclusive. En ouvrant — chez nous — une source d'initiative, de courage, d'héroïsme, l’action peut nous ouvrir aussi une source d'éloquence et de poésie. Mais toute action digne d'inspirer une littérature comme fut et comme doit demeurer la nôtre, suppose deux conditions : une connaissance exacte des moyens réels et la poursuite d'uné fin digne de nos traditions et de notre passé. La réalité dont nous avons à nous accommoder pour pou-

voir nous en servir, nous ne la connaîtrons jamais trop,

jamais assez, qu'il s'agisse de la trouver en nous-

mêmes ou chez les autres, ou dans la nature impas-

sible des choses et de leurs lois naturelles, ou dansles

expériences de notre passé. Réalisme idéaliste, ces deux mots ne se révoltent nullement l’un contre l'autre,

ils sont même faits pour s’allier et se compléter mutuek

lement : sinon le réalisme devient un grossier mélange d’exagérations et d’oublis, l'idéalisme s’évanouit dans l'incohérence du rêve, et le symbolisme devient comme idolâtre du stérile enchantement des mots.

Ce besoin d'action et d’une action ainsi gouvérnée.

sera-t-il consacré et satisfait par l'union des âmes et le concours de toutes les bonnes volontés ? Dieu le fasse.

Mais ce serait probablement oublier la réalité la plus

actuelle et la plus préoccupante, que de se laisser aller à y compter pour demain. Ce qui est beaucoup moins chimérique, c'est d'appeler de ses vœux la

constitution hardie d’une opposition solide, compacte

et résolue, décidée à tenir en éveil et en respect tout ce qui a failli compromettresigravementlesintérêts de notre acticn séculaire. La plupart du temps, les belles époques littéraires et artistiques ont débuté par, l’action d'une opposition vraiment organisée, vraiment éclairée sur la réalité de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas, vraiment apte à faire sentir le sens de toutes ses paroles, de toutes ses manifestations, de

tous ses actes concertés. Le siècle de Louis XIV Iui- :

même a été précédé par l’action d’une opposition, qui s'était dressée contre quoi ? Contre la tentative de dissolution de l'unité française par l’action protestante alliée à l'étranger et contre l'anarchie seigneuriale. L'autorité napoléonienne a pu être tenue, elle aussi, pour trop absolue : maïs elle aussi, sielle a été acceptée et si elle a inspiré une si grande partie du xrx° siècle, c'est quelle recélait une double opposition, oppo-

RAT) NET fe 2e AE HENAL OISE

+ re ne NE

ition à tonte tentative de retour à l’ancien régime et opposition aux désordres révolutionnaires. Toute époque agonisante laisse après elle un poids mort, sous lequel ïil s’agit de ne pas se laisser asphyxier ou paralyser. Telle sera la tâche de demain, tâche faite de résistance et d'action positive : les deux vont toujours ensemble. | Que la renaissance artistique et littéraire puisse sortir de là plus brillante que jamais, rien ne nous défend de l’espérer. Sainte-Bcuve a dit très profondément et très justement : « En fait de classiques, les plus imprévus sont encore les meilleurs et les plus grands.» Le mot a une double portée. Oui, en un sens, è les plus illustres écrivains, les plus grands artistes, sont ceux devant qui l'opinion publique a été le plus démontée tout d’abord, précisément parce qu’ils appor- taient avec eux quelque chose d'original et de nouveau. Mais d'autre part il faut se souvenir que ceux qui ont finalement fait le plus d'honneur à la pensée, à l’élo- | quence, à la langue française n’ont pas toujours été, mn tant s’en faut, des littérateurs de profession. Par delà l’enchantement verbal, dont ils n'avaient pas même le loisir de se préoccuper, ils allaient droit à la réalité et droit à leur but. On apprenait plus tard qu'ils l'avaient fait avec tant de souci de la justesse et de la vérité, tant de souci de mettre leur âme tout entière au service de leur cause, qu'ils prenaient, dans les premiers rangs de l'élite intellectuelle, la place de maïnte ambition et de maiïinte prétention destinées à être vite oubliées du grand public. Ce qui presse le plus, c’est l'action, l'action nationale ;: le reste viendra providentiellement par surcroît.

va

Le présent et l'avenir de nos trois partis politiques.

Force nous est de revenir à terre avec les moyens d'action dont il nous est impossible de nous passer. L'intérêt public représenté par l'expérience des hommes d'affaire, les aspirations patriotiques soutenues par les traditions nationales, la générosité dont nous avons

toujours fait preuve en dehors de nos frontières, con-

- courent évidemment à assurer la consolidation de

notre avenir. Nos œuvres artistiques et littéraires, que l'étranger lui-même tient encore tant à admirer, travaillent aussi à l’embellir pour nous, à nous rendre nos devoirs plus attrayants, à nous les faire aimer davantage, à faire aimer enfin l'expression que nous en répandons partout. Mais enfin, les réalités de cet avenir si complexe, en quelles mains sont-elles ? Nous dire qu'elles sont dans les nôtres n'est pas faux, mais est très incomplet. Il est des mains qui y touchent beaucoup et souvent, ce sont celles des hommes qui nous gouvernent. Ceux-ci à leur tour ne sont trop généralement que l’'émanation trop mobile et trop confuse de partis politiques créant entre nous artifi-

ciellement plus de divisions encore qu’ils n’en accusent. Heureusement, il ne nous est pas interdit de penser. que bien des choses vont être renouvelées dans notre

pays. Il est à croire que les partis dont notre monde. ë ci

parlementaire était composé ne demeureront pas absolument ce qu'ils étaient avant la guerre. Ils se sou-

viendront de leur passé, garderont leur orientation générale, mais tiendront à s'adapter aux exigences d'un avenir dont tout le monde cherche à déterminer les

conditions. Il a semblé dès lors qu'il convenait de jeter dès aujourd'hui un coup d'œil sur le rôle que chacun de nos trois grands partis a joué jusqu'ici dans la

vie politique, sur les problèmes qu'il s'était posés, sur.

les solutions qu'il avait généralement préférées jusqu’à présent. Faisons-le moins en polémiste qu'en historien, en historien désireux de dégager du passé tout ce qui peut aider à la consécration de l’union sacrée. On a paru penser, de plus d’un côté, qu'elle ne pouvait être que provisoire. Puisse-t-on lui appliquer une fois de plus le mot tant répété, qu'en France il n'y a que le provisoire qui dure!

Au moment de la guerre et même pendant la guerre, la France politique compte trois grands partis, généralement dénommés le parti radical, le parti socialiste et le parti qu’on appelle indifféremmeut modéré, conservateur ou libéral. Puisque l'on semble d'accord à penser — provisoirement tout au moins — que la fin de la guerre verra changer et se renouveler bien des choses, n'est-il pas à propos de faire un bref inventaire de ce que va nous léguer un passé clos sur de telles épreuves et de telles leçons ? Chacun verra s'il doit renoncer à la part de succession qu'il avait cru se laisser attribuer d'avance ou s’il doit bien réfléchir avant

me

ne avec les charges sans ue mais aussi.

ec l'honneur d'améliorer la part d’héritage dont il aura bien voulu s’accommoder. Peut-être en résultera-

F D once tout de suite, cet inventaire a ses difficultés, et voici la première de toutes. Dans son livre la Politique radicale (1), recueil de discours prononcés presque à la veille de la guerre de 1870, Jules Simon disait déjà : «Il y a tant de partis en Franceet tant de divisions de partis qu'il ne reste pas un seul mot de la langue politique qui soit parfaitement clair. ». En effet! Sans aller jusqu’à dire que la politique cou- rante est l’art d'embrouiller les choses, il est impos- sible de nier qu'elle soulève beaucoup de difficultés et quelle a elle-même de la peine à les résoudre. Ces obsceurités se dissipent peu à peu cependant, parce que certains éléments, d’abord mélangés confusément, se dissocient, s’éliminent, se neutralisent, et laissent mieux voir ceux qui, comme on dit familièrement, ont pris le dessus. Cherchons donc tout d'abord à nous reconnaître successivement dans l’un, puis dans l’autre

E LE PARTIE RADICAÏI,

Toute méthode s'intitulant radicale se flatie d’aller à la racine de ce qu'elle croit fâcheux et de supprimer ainsi d’un seul coup le mal qui s’y nourrit. Toute racine n’est cependant pas bonne à couper comme un organe parasite; car il n'est aucun arbre qui tienne en l'air, et il en est qui, outre leurs racines, ont des rejetons entre

(1) Librairie internationale. Paris, 1868.

lesquels il faut savoir choisir. La botanique nous apprend que certaines racines sont malades du fait de certains organismes étrangers. Faut-il couper la racine malade? Faut-il l’assainir ei lui rendre ainsi sa vigueur première? C'est une méthode radicale que celle qui enlève délibérément tel organe fonctionnant mal et faisant soufirir. On enlève l’appendice, on enlève un rein, on enlève les ovaires, on enlève une partie de l'intestin : on parle même, à l’occasion, d’enlever l'estomac. Une école médicale qui serait, à sa manière, intransigeante, pourrait tout aussi bien dire qu'elle s'oppose à toutes ces interventions chirurgicales : on pourrait qualifier sa propre intransigeance d'également radicale. Supprimer le pouvoir exécutif serait certes une mesure radicale; mais supprimer le pouvoir législatif en a été une au 18 Brumaire et au 2 Décembre. Ce serait une mesure radicale que de supprimer tous les tribunaux et de les remplacer tous par le jury; mais il ne serait pas moins radical de suppraner le jury lui-même. Rappelons-nous que la logique n'est pas lout et qu’il ne suffit point de dire : « Pas de demi-mesures ; il faut aller jusqu'au bout de son idée », et autres formules du même genre. Avant tout, il faut savoir ce que vaut l’idée, puis si la mesure qu'on propose n’a pas besoin de correctifs et s’il n’est pas de son essence même de ne pouvoir aller jusqu’à un point où elle rencontrerait un obstacle contre lequel elle se briserait.

Ceci dit — quitte à y revenir — convenons qu'il n'appartient à personne de changer — même pour l'améliorer — le sens des mots consacrés. Ce qui les consacre n'est souvent qu'une suite de préjugés et d'à peu près : mais si le publie s'en contente, qu'y pouvons-nous ? Or, il est certain que les dénominations de radical et de radicalisme sont désormais accaparées par ceux qui sont censés pousser le plus loin la refonte

des institutions politiques. ; on ajoute : dans un sens démocratique.

Cette dernière adjonction n’est pas arbitraire ; elle est même tout à fait dans la logique des choses. Qui entend faire table rase et reconstruire tout à nouveau s'en prend surtout aux institutions qui sont l'œuvre du temps, de l'expérience et des compromis. Tout ce qui a été institué, non par raisonnement «a priori, mais sous le coup des nécessités et pour les besoins de la conciliation, il se propose de l'abattre; il croit que c'est servir les intérêts de la démocratie, c'est-à-dire de la grande majorité, que de supprimer tout ce qui la gêne, tout ce qui la soutient et la retient, sans se dire assez que c’est Là cependant ce qui la conduit et la guide. Du célèbre mot de l'Écriture : « Il ne brisera pas le roseau fendu, il n’éteindra pas la mèche encore fumante », le radicalisme prend donc volontiers le contre-pied.

Ne lui prêtons rien qui ne soit authentique et demandons-lui, à lui-même, le texte de son programme. Voici celui que Jules Simon trace dans la préface du volume cité il y a un instant. Peut-être ces fragments qui ont vu le jour entre 1865 et 1870 sont-ils déjà quelque peu oubliés.

« Le caractère propre de la politique radicale, écrivait alors l’orateur, est de repousser les transactions, les demi-mesures, d'aller jusqu’au bout de ses principes. » Soit! Mais quels sont ici les principes posés? Formulés par un tel homme, ils ne peuvent être que très spécieux et très nobles. « La doctrine de la politique radicale, c’est la liberté totale. » Ne chicanons pas ; soyons convaincus que la liberté, précisément pour être totale, s'arrête là où elle violerait la liberté des autres. Autremeñt elle ne serait que partielle... ou partiale. Voyons la suite : « Confiance opiniâtre dans

l'avenir (toujours l'avenir ! Il paraît que le présent ne

se

ES

compte plus et le passé pas davantage !), dédain générèéux pour les expédients et les équivoques, ignorance volontaire des difjicultés et des obstacles. » Un aussi

franc aveu ne pouvait émaner que d’un groupe de pure

opposition, ne pensant guère encore à assumer les res-

ponsabilités du pouvoir. Mais enfin, le cas échéant, que conseillerait-il ? « On peut comparer les adhérents de la politique radicale (et, encore une fois, c'est l'un de ses adhérents qui parle) à ces voyageurs qui ne se servent pas de cartes et ne suivent pas les chemins frayés, mais qui, l'œil fixé sur le but lointain, y mar-

chent en ligne droite. On les accuse de poursuivre des chimères:; mais ils s'en consolent en comptant le

. nombre des chimères, longtemps conspuées et raillées, qui sont devenues des réalités bienfaisantes. » De ces dernières, en effet, il y en a. Mais quand le sont-elles devenu£s? Ne serait-ce pas au moment où la préparation en a été achevée par des méthodes un peu plus expérimentales ? Car il y a. beaucoup de ces chimères si caressées qui, elles, n'ont abouti qu'à des catastrophes, à des Catastrophes bien coûteuses. Ce qui a fini par réussir aurait tout de même pu coûter moins cher, si on avait plus vite désarmé ou apaisé les oppositions etsi on n'avait pas dédaigné de tirer parti de ce qui était connu et éprouvé.

La politique générale d'un pays enveloppe néces-

sairement une politique de défense militaire, comme une politique industrielle et commerciale. Mettre en présence d'une guerre engagée et menée comme celle d'aujourd'hui les amis des départs sans cartes et sans boussoles et sans préparations de plans de campagne, ce serait trop dur et trop facile. Disons seulement que les cartes sont nécessaires partout; car partout, à défaut même d'ennemis, on a devant soi des concurrents, des rivaux et aussi des auxiliaires de valeur très inégale, qui parfois ne sont pas moins dangereux;

: de là des courants d'intérêts dont il s’agit de surveiller la direction et le point d’aboutissement. Aller toujours

tout droit devant soi est une sorte de gageure qui peut

tenter un voyageur romantique ou fanfaron, jeune surtout, et pour les loisirs duquel une erreur de plus ou de moins de tire pas à conséquence. Ce qui. l’attire, c’est le voyage lui-même, plus que le terme où il faudrait s'arrêter pour des affaires sérieuses. À qui désire surtout arriver, il serait bon de répéter un mot que je recueillais, il y a bien longtemps, d’un brave et obligeant paysan de Bourgogne. Pour m'empêcher de m'égarer en des fatigues inutiles, et voyant en moi un jeune homme, il eut la charité de m'instruire

en l’art de trouver son vrai chemin. « Voyez-vous, monsieur, me dit-il, dans les champs, le plus court c'ést quelquefois le plus long. » Je n'ai jamais

pensé à ce guide d’autreiois sans souhaiter qu'il y eût beaucoup d'électeurs et même d'élus aussi sages que lui.

À l’époque où il parlait contre Rouher, en compagnie de Jules Favre, et où il écrivait sa Politique radicalé (1); Jules Simon voulait donc en tout le chemin le plus court... où paraissant tel. Pour réaliser la liberté totale il proposait bien des abolitions ou suppressions : abolition de toute magistrature spéciale, abolition de tout corps de fonctionnaires nommés par le pouvoir, abolition de la tutelle administrative, abolition des douanes, des octrois et des patentes, abolition des armées permanentes, juridiction unique, élue comme les fonctionnaires eux-mêmes par le suffrage universel, impôt unique... Le grand orateur s’arrétait là : il ne réclamait pas l’école unique ; il défendait même vivement la liberté d'enseignement à tous les degrés. Mais

(1) Ouvrage cité, p. 4.

alors pourquoi vouloir obtenir tant d’unifications impli-

quant tant de suppressions? En quoi l'impôt unique

respecte-t-il mieux la liberté et la justice que l'impôt diversifié selon les ressources visibles et selon les charges visibles de chacun? En quoi le juge unique,

contraint à juger indistinctement toutes les causes, donnerait-il plus de garanties de bonne justice et de radicale indépendance que des juges aux compétences spéciales et exercées? Est-ce faire honneur à la démocratie que de vouloir que chaque citoyen soit juge au même titre que ies autres? Mais chaque citoyen a

beaucoup plus de chances d'être justiciable que d'être

juge, et ce à quoi il doit le pius tenir, c'est à ne pas être justiciable du premier venu, sans instruction suffisante et sans responsabilité. Il ne s'agit pas seulement ici de procès proprement dit. La démocratie prend aujourd'hui tant d'initiatives et peut être appelée à conclure tant d'accords divers qu'elle est exposée à des difficultés dont la solution ne saurait dépendre

uniquement de maximes universelles et de déductions

a priori. La liberté qu'elle revendique est obligée de compter avec la liberté de chacun d'abord, puis avec la force des choses, avec la constance des lois naturelles, sans parler de l'existence du mal auquel il faut bien croire. De là une complexité de problèmes qui, là où la justice et l'humanité ne sont pas directement et visiblement intéressées, ne souffre ni l'unité ni la simplicité des solutions. |

Le radicalisme est donc plus embarrassé qu ÿl ne veut l'avouer, la diversité même des solutions dites radicales qu'il adopte ici ou là ie prouve suffisamment. Beaucoup de ses adeptes sont pour le libre-échange absolu. Au point de vue de la production proprement dite, de la production de la richesse en général, on peut dire que la supériorité du libre-échange est une sorte de pont aux ànes, tant les arguments semblent

probants; mais ni pour les individus, ni pour les nations, ni pour les différentes classes de la société, le développement de la richesse n'est l'unique problème.

Les hommes tiennent encore plus à en surveiller la distribution que la production; car si important que soit le problème économique, il ne supprime aucune des dificultés politiques et nationales qui s’ÿ mêlent et ne peuvent pas ne pas s’y mêler. C’est pourquoi les prin- cipes économiques exigent souvent des sacrifices. Les radicaux n’en veulent pas, disent-ils ; car leur méthode a la prétention d’être rapide et rectiligne. Soit! mais Jes uns prétendent agir radicalement en supprimant toutes les douanes, ce qui implique la liberté du com- __ meérce sans exception ni réserve ; les autres croient agir non moins radicalement en demandant que l’État

e réquisitionne tout, taxe tout, achète ou rachète tout,

distribue ‘tout, bref devienne le commerçant unique et universel. Ces deux modes de radicalisme sont assez difficiles à concilier, non seulement ici, mais ailleurs.

Le parti radical, tel qu’il s'ébauchaït en 1878, ne resta pas toujours à l’abri des responsabilités du pou- voir. Aussi ne tarda-t-il pas à se diviser. Jules Simon, nous venons de le dire, devint vite suspect par sa noble obstination à défendre les droits de la liberté religieuse et le principe de l'unité de la famille. Il voulait supprimer radicalement tout obstacle à la liberté des croyances. D’autres voulaient et veulent encore supprimer radicalement tout obstacle à l'omnipotence * de l'État.

| Jules Ferry fit un livre, un instant fameux sur « les __ destructions nécessaires »; mais il tomba pour avoir voulu faire la France plus grande en lui donnant un __ nouveau domaine colonial. Ne nous égarons pas dans le labyrinthe de la politique d'alors. Contentons-nous

de rappeler que du groupe radical s'était détaché le

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groupe dit opportunisie. Le mot une fois discrédité, on invente vers 1893, semble-t-il, celui de radicaux de gou-

vernement. Il est à croire que les pouvoirs ayant en.

main le gouvernail tenaient à avoir, eux, des cartes de la route à parcourir, et qu'ils voulaient prévoir les causes, les préparations, les éclosions, la durée probable des orages, très fréquents d’ailleurs. Mais tandis que ces radicaux de gouvernement esquissaient un léger mouvement vers des idées moins complaisantes pour les coups de tête, d'autres en prononçaient un en sens inverse : ils fondaient le groupe des radicaux

socialistes, terme bizarre, d’une analyse difficile, inven-

tion mal équilibrée de gens disant à un parti plus avancé que le leur : « Nous ne voudrions pas être tout à fait avec vous, mais nous ne voudrions pas non plus vous avoir contre nous. » On se demande ce que devenait là la belle intransigeance du radicalisme des premiers jours.

Ce que devénait le parti, M. Ribot nous l’a dit, en un discours prononcé à Roubaix le 7 décembre 1904 (1), et qui marque une date.

« Ce qui m'inquiète, disait-il, ce n’est pas qu'une politique plus radicale succède à une politique plus modérée. De pareïls changements sont dans l’ordre naturel des choses... Malheureusement la politique radicale n’est plus ce qu’elle était il y a quinze ou vingt ans, dans les mains d'hommes qui avaient le mérite d’allier à des vues hardies et parfois téméraires l'horreur de toutes les bassesses et un goût très noble

pour les solutions libérales. La race de ces radicaux

d'autrefois est tout près de disparaître, et ceux qui survivent ne cachent pas la tristesse qu’ils éprouvent de voir ce qu'est devenu leur idéal. Ils ne se reconnaissent

(1) Reproduit in extenso dans le Journal des Débats du 9 même mois.

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plus dans ce radicalisme étroit, borné, incapable de s'élever à la véritable conception de la liberté, avide des profits que donne l'autorité, aimant à dogmatiser, à excommunier ses adversaires et rêévant de faire par la violence ce qu'il appelle l'unité morale du pays. Nous

devions nous attendre, dès l’avènement de ce nouveau

radicalisme, à toute cette série de violences légales qui ont été commises contre la liberté d'enseignement... » Suivaient alors des plaintes éloquentes sur ce que l'orateur appelait à juste titre » la décomposition morale des grandes forces du pays ». Il est au premier rang de ceux qui, en ce moment même, aident à la reconstitution de nos forces nationales. Remercions-l’en, plutôt que d’'insister encore sur toutes les misères (délation, favoritisme, anarchie ministérielle, dissolution des grands services du pays) qu'il déplorait en 1904. Il ne se bornait pas à déplorer le mal : il montrait le remède :

* « Respect à toutes les croyances, honnêteté et probité

dans le gouvernement, honte à ceux qui, par d’indignes procédés, ont tenté de flétrir le vieil honneur français, : réconciliation de toutes les forces morales du pays par la liberté, par la tolérance, par l’exaltation du sentiment patriotique. »

De pareils sentiments on dit volontiers qu'on les

partage. Reste à savoir comment on les protège et

comment on leur permet de faire en réalité tout le bien qu'on en attend. Il faudrait ici queique précision. Or, dix ans après l'éloquent appel, bien peu avant la guerrre, On put croire que « le parti radical unifié », renouvelé et consolidé, allait donner son programme. I} prétendit, en effet, le donner dans un article paru le 15 juillet 1914. Ce n’est pas que cette étude émanût d’une très haute autorité: mais enfin elle portait la signature d’un parlementaire estimé : son travail avait paru digne de figurer dans un recueil très impartial, très documenté, très au courant des problèmes du jour

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et très répandu à l'étranger (La Revue). Il n’était du reste

pas difficile d'y retrouver l'écho de maint débat parle-

mentaire et de maint amendement. On aurait donc pu

croire qu'étant donné le temps écoulé depuis la préface de Jules Simon, après les épreuves de la guerre de 1870, après tant de remaniements et d'expériences, le parti avait eu le loisir de revoir à fond, non seulement les grandes lignes de sa politique, mais tous les moyens d'action réclamés pour le succès et l'efficacité d'une réforme positive.

Ne devait-on pas, par exemple, y trouver des solutions fermes de la question militaire, de la question financière, des questions vitales de l’économie sociale, de la question enfin de l’enseignement? Ce sont bien là, en effet, tous les problèmes que le représentant du « parti radical unifié » passe en revue en les évoquant très expressément l’un après l’autre. Devant chacun d'eux, c’est le même mot d'ordre, le même cri de ralliement : refonte complète! Soit! mais à queiles fins? Le but qu'on dit poursuivre est magnifique. Il s'agit, nous dit-on, de supprimer radicalement tous les inconvénients du système jusqu'ici suivi et de porter au plus haut degré les bienfaits du système à restaurer. Prenons la question militaire : maximum de puissance (même offensive) avec minimum de présence sous les drapeaux. — De calculs des effectifs, d'expérimentation des mesures d'instruction et d'entraînement, d'observations sur le rôle respectif de la défense par les forteresses et de l'offensive par les armées en rase campagne, de leçons à tirer des plans dévoilés chez l’ennemi probable, rien!

On a souvent raillé les critiques timides qui croient se mettre à l’abri de la réfutation et de la réplique derrière ces deux mots : « jusqu'à un certain point. » Jusqu'à quel point? est-on toujours tenté de leur demander; ils doivent être là pour nous le dire, et s’ils ne le

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Nos TROIS PARTIS POLITIQUES

disent pas, à quoi servent- ils? On voudrait bien également savoir où se place exactement le minimum à obtenir. Le maximum dépend sans doute pour beaucoup de l'intelligence et de l’activité des gens; mais n'est-on pas autorisé à crafndre qu'un minimum de moyens ne donne un minimum de résultats? Et puis, il reste toujours à marquer une limite au-dessous cn de laquelle on ne peut pas le faire descendre sans Pa péril. S'il croit qu'il sera temps de le dégager sous | la mitraille et sous la pression de l'artillerie lourde, le radical unifié ne fait pas beaucoup d'honneur à ce que cette épithète paraît, dans l'imagination populaire, impliquer de tranchant, de décisif et presque de redoutable.

L'argent est le nerf de la guerre... comme de la paix, du reste. Le radicalisme unifié va-t-il nous donner ici le secret des grandes réformes annoncées? Elles doi- . vent être grandes assurément, puisque c'est d’une refonte complète qu'il s'agit. Et comment? « En assurant les nouvelles ressources nécessaires aux budgets de l'avenir sans recourir à l'impôt. » — « Demandons plus à l'impôt et moins au contribuable, » disait le député de Bombignac. La formule de 1914 est encore plus parfaite : elle entend ménager à la fois et le con- tribuable et l'impôt. Par quelle magie? Par la magie du monopole? Mais le réformateur devrait bien expliquer comment le monopole pourrait trouver de l’argent qui ne vint pas du contribuable, comment, par exemple, l'écart du prix que nous payons pour nos allumettes et nos tabacs, au regard de celui que nous demanderaient les industries privées, et que demandent chez elles telle ou telle nation du voisinage, ne. représente pas un véritable impôt. Le réformateur unifié n'entre pas dans ces considérations. Il hésite seulement entre le monopole pur et simple, directement régi par l’État, et celui des compagnies associées

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à l'État, en lui abandonnant la majeure partie de leurs bénéfices. Et voilà tout!

L'Economie sociale, avec son troublant cortège de problèmes intéressant le travail et les travailleurs, comparaît à son tour, et, à son tour, elle est jsommée de procéder à « une refonte complète » des lois d'assistance et de prévoyance. Il faut donc « une grande loi « — si grande qu’on renonce à nous en préciser ni l'étendue et les limites, ni les divisions..., ni les ressources. Il ne s’agit pas moins que d'assurer obligatoirement contre « tous les risques de lexistence ». — Tous les risques de la vie conjurés, voilà qui serait en effet d’un bienfait radical. À ceux qui ne sont pas radicaux de mettre sur pied la réforme en trouvant les meilleurs moyens d'exécution. ee

Dernier idéal radical : la liberté d’enseignement en fait partie, mais avec l’organisation d'un « contrôle efficace de l’enseignement libre ». Sans doute, on ne doit rien faire ici qui ne soit « efficace » : mais de quelle efficacité est-il question ? Efficacité en faveur de la liberté bien garantie, ou efficacité en faveur d’un acheminement à un monopole de fait ?

Telles étaient encore, au début des hostilités, les incertitudes de la majorité des radicaux, trop épris de certaines formules ambitieuses, à l’abri desquelles on se flattait d'éluder les exigences positives des véritables intérêts nationaux. Ce qui s’est trouvé de meilleur dans le parti a toutefois pris le dessus dans sa déclaration du 21 octobre 1916. Là viennent d'être proclamées et la nécessité de l'union sacrée et la nécessité de soutenir jnsqu'au bout contre l’agresseur les efforts d’une guerre pleinement libératrice. Le parti radical a restauré ainsi deux principes dont la fécondité n’est pas douteuse. Disons mieux, il a pris des engagements positifs dont il faut le féliciter. Comment y est-il répondu par les deux autres partis ?

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