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LE PARTI SOCIALISTE

Le parti socialiste qui, des premiers aphorismes de

Proudhon à la Commune, a tant effrayé les gens pai-

sibles, a cessé d'être pour eux un épouvantail. Il les a même si bien apprivoisés qu'il peut impunément gourmander, cravacher même la plupart d’entre eux : ceuxci n’en persistent pas moins à en attendre une meilleure pâture. Puis, on s’habitue à tout, on ne s’étonne de rien et, si on ne croit pas que toutes les promesses faites puissent êtres tenues, on se dit que, dans le nombre, il y en aura bien quelqu’une qui se réalisera ;

ce sera toujours autant de gagné, tandis que ceux qui

entendent rester dans le sfatu quo et excitent simplement les bons travailleurs à compter sur leur propre

énergie, ne promettent et ne font espérer en réalité rien

de nouveau.

Soyons justes, les socialistes ont renoncé à bien des chimères et assertions ou naïves, ou. risquons le mot... charlatanesques. Ils ont cessé d'être des « partageux » dans le sens grossier du mot, Ils ne croient pas que les professions, les tâches, les emplois, les charges et les rémunérations y attenant puissent être tirées au sort ou réparties par roulement. Ils établis-

‘sent des distinctions un peu subtiles, il est vrai, entre

les moyens de production et les moyens de consommation, les premiers devant être également mis à la disposition de tout le monde et ne devant jamais être détournés de leur usage propre par personne, les autres appartenant à qui les a gagnés ; qui les a gagnés peut en faire usage comme il lui plaît. Ils ne flétrissent donc plus autant le capital, dont ils acceptent au moins les services provisoires. Sur l'héritage, ils sont presque de l'avis de Proudhon qui le défendit un jour avec des

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accents pathétiques. Pourvu qu'ils puissent tirer d'une institution quelconque et d'une succession quelconque un impôt qui n'aille pas jusqu'à les décourager, ils les tolèrent.

D'autre part, les socialistes récents ne mettent plus aussi en avant, à beaucoup près, le nivellement par l'action de l'État. Dans une brochure parue en 1908 sur les Nouveaux aspects du socialisme (1), on lit que « l'État est le parasite par excellence »: et en compagnie de l'État est condamnée avec une égale sévérité la bureaucratie tout entière. Il fut un temps où démocratie et socialisme allaient de pair. « Vive la République démocratique et sociale, » fut jadis le mot d'ordre convenu dans les manifestations de la rue, dans les banquets, dans certaines grandes revues de la garde nationale. Les polémiques socialistes des dix dernières années ont changé tout cela. « Nous arrivons, écrit le Mouvement socialiste de mai 1908, à ce fait, d'une im-

portance capitale, du divorce croissant de la démo- cratie et du socialisme. » Serait-ce la démocratie qui aurait rompu avec le socialisme et réclamé la séparation? Pas du tout. C’est le socialisme qui dénonce — et en quels termes — son union devenue suivant lui malheureuse et inféconde : « La démocratie se décompose; la démocratie n’est qu'une pourriture. »

A cette pourriture s’en allie une autre : c'est celle du parlementarisme; car c’est surtout par l’action dissolvante des députés que l'État se gonfle à l'infini pour attirer à lui toute la substance de la société (2). Oui, ce sont les parlementaires qui organisent et qui activent la curée et ils sont « infiniment plus dangereux, plus mesquins et plus vils que les ministres de la

(1) Paris, Marcel Rivière (comme les autres brochures citées ci-après).

(2) Le Mouvement socialiste, brochure citée.

royauté ». Et encore : « La démocratie qui se dit une et est plus tyrannique que le droit divin (1). »

L'ancien socialisme était tour à tour romantique et raisonneur, plein de foi dans la fraternité universelle, épris de constructions idéales où il n’était parlé que de justice et de raison. Tout à fait à la fin du xix° siècle, les promoteurs du mouvement parlent une autre langue : ils déclarent que si le rationalisme est devenu, en effet, « la forme spirituelle de la démocratie », cette __ prétendue philosophie n’est qu'une négation, « une pré- tendue sagesse qui conduit tout droit au scepticisme, à la consomption et à la mort ». Nul, à coup sûr, ne S'y méprend. Si on condamne ainsi le rationalisme, ce nest pas pour le sacrifier à des croyances, encore moins à des sentiments ou à une foi quelconque. « L'idéalisme prétend gouverner, ce qui veut dire immobiliser, arrêter la vie. » Aller sans cesse de l'avant, troubler la quiétude de ceux qui possèdent, tenir constamment en haleine ceux qui cherchent, entretenir les mécontèntements et profiter ensuite des occasions, tout est là, dit-on.

Il est bien vrai que dans le parti quelques esprits plus raisonneurs et plus instruits rougissent un peu de cette absence d'idées et de cette absence de certitude. Deux intellectuels, deux normaliens, deux agrégés, M. Andler en 1912, M. Albert Thomas en 1913, vont nous donner à ce sujet les renseignements de la der-

nière heure. Dans son opuscule sur la Civilisation so- | cialiste, le premier se fait, reconnaissons-le, très mo- deste. Qu'est-ce que la civilisation socialiste? Beau

(1) Faisons attention à ces accès de franchise ; ils expli- quent l’engouement un peu superficiel de certains esprits qui, croyant que le socialisme venait à eux, ont cru devoir lui rendre la pareille.

sujet, mais qu'il ne pourra, il le déclare, « ni approfon-

dir scientifiquement, ni construire philosophiquement ». Et il nous en donne une raison péremptoire : « Je me suis bien gardé, dit-il, de rien prédire : l'incertitude de toutes choses me paraît le fond par lui-même le mieux établi. » Son collègue, plus jeune d'environ quinze ans, n’a pas encore subi, semble-t-il, les mêmes atteintes de pyrrhonisme; il lui est toutefois arrivé de dire qu « il manque au socialisme une doctrine ». En effet! De là le fort et de là le faible de ces deux nouveaux conseillers (car des chefs, à proprement parler, le parti ne doit pas en avoir). :

Le succès apparent du socialisme tient en ce moment à ces trois faits, aussi anciens que la nature humaine, mais plus ressentis peut-être aujourd'hui dans la mobilité des hommes et des choses.

Les mécontents se multiplient d'autant plus que rien ne semble plus interdit à personne (1).

Les mécontents s’en prennent toujours aux caractères les plus saillants de la société dans laquelle ils vivent.

Enfin, dans les programmes de ceux qui promettent de faire cesser les sujets de plainte, il faut que les plaignants — trop souvent déçus — se voient toujours annoncer quelque chose de nouveau, destiné à être, leur dit-on, plus efficace.

Maintenant, les mécontents qui prêtent l'oreille aux promesses des socialistes se divisent eux-mêmes en deux groupes. À côté de ceux qui sont mécontents de leur propre sort et de leurs propres déceptions (ce sont

(1) De ce qui est tenu pour inévitable on ne se plaint plus autant, à beaucoup près, que de ce qu’on a cru pouvoir éviter sans y réussir, comme on s’en flattait. Les paysans de la Savoie qui passent six mois sous la neige ne s’en plaignent pas. Il n’y a pas de pays où l'on se plaigne du temps qu'il fait autant qu’à la côte d'Azur.

évidemment les plus nombreux), il y a ceux qui sont émus, scandalisés, indignés du sort fait à un trop grand nombre de leurs contemporains. Ils sont volontiers comme ceux qui refusent de croire à l'existence

de Dieu, attendu que, s’il y en avait un, on ne verrait

pas d'accidents mortels, on ne verrait pas de crimes,

on ne verrait pas de ces fléaux que sa prétendue justice et sa prétendue bonté s'empresseraient de nous épargner. Les socialistes, qui ne comptent plus sur le Dieu du ciel, veulent compter sur le Dieu de la terre. Donc, il faut que l'État, le gouvernement, qui on voudra, « prenne à ceux qui en ont trop et donne à ceux qui n'ont pas assez ». Si le gouvernement actuel ne s’en charge pas, eh bien ! qu'on le change, car cela, on le peut. Les fonctionnaires en prennent à leur aise ; ils sont impérieux, cassants, formalistes. Sovons tous, nous-mêmes nos propres fonctionnaires : on fera ainsi de belles économies dont la démocratie, ou ce qui doit la remplacer, profitera. On connaît toutes ces billevesées.

- S'il n'y a rien d'absurde qui n'ait été dit par quelque

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philosophe, encore moins y a-t-il rien d'impossible et de contradictoire qui n'ait été ici exigé, là promis, par quelque politicien.

Or où est l'époque, où est le milieu, où est la profession, où est la carrière, où est la famille qui n’entende de pareilles plaintes êt n’y ajoute ? Mais se plaindre de l'humanité en général et de la nature des choses, c'est bien banal et aussi bien peu productif. C'est pourquoi on fait surtout le procès du temps où l’on vit, de son organisation sociale, de ses méthodes et de leurs conséquences, telles qu'on les voit. Quand la société des premiers siècles était foncièrement chrétienne, chrétienne dans ses lois, dans sa hiérarchie, dans sa constitution, c'était sur le terrain religieux que se produisaient les pires conflits. L'opposition, c'était l’hérésie. Puis, ce fut à la féodalité, puis ce fut à la monarchie

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(épargnée cependant beaucoup et longtemps), puis ce fut à la bourgeoisie que s’en prirent successivement les

mécoztents. Enfin, après l'accroissement énorme des

capitaux, résultat, non d'un système social artificiel, mais de prodigieux changements spontanément opérés dans la circulation, dans les échanges, dans l’amélio-

ration des moyens de production, l'on devait nécessai-

rement s’en prendre au capitalisme. Le capitalisme a

donc pris la place de tout ce dont on se plaignait jusque-là : les oppositions partielles contre le fonctionnarisme, contre le parlementarisme, contre l'intellectualisme et surtout contre le militarisme ne sont, en général, que des formes particulières de l’anticapitalisme : du moins se donnent-elles pour telles.

Le faible des socialistes, c'est qu'ils ne voient plus guère de grand fait économique qu'il leur soit aisé d'interpréter et d'invoquer. Les théories de Karl Marx ne sont plus considérées que comme de curieux monuments d’une dialectique agitatrice, dont on a été heureux de profiter pendant quelque temps; mais on ne peut plus mettre en avant ni ses prophéties catasirophiques, ni sa théorie de la valeur, pas plus qu’on

ne soutient encore, avec Henry Georges, l’accroisse-

ment fatal et fatalement progressif de la pauvreté. C'est avec timidité qu'on parle de la nationalisation du sol. Quant au rêve de la substitution d’une guerre de classes à la guerre entre nations, la désillusion à été assez cruelle. Peut-on dire qu'il y a eu là un retour

subit, imprévu, impossible à renouveler, de traditions

militaristes expirantes et destinées à disparaître pour toujours? Mais c'est dans l'été même de 1913 (1) que M. Andler, en des pages clairvoyantes et suggestives, signalait l'invasion conquérante, non seulement du

(1) Revue socialiste, 2 mai 1915.

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ocialisme germanique. Il relevait les pages où Bebel et ses amis distinguaient très bien, dans le militarisme ; de leur pays, ce qui les choquait et ce qui ne les choquait pas du tout. Ils ne voulaient plus de ce qu’on appelle le caporalisme prussien et de la domination insupportable des hobereaux: mais quant aux con- quêtes extérieures et aux fruits à en obtenir, la majo- rité du parti les condamnait-elle? Écoutons PhNtO PCu lettré de la AReoue socialiste :« Ce qui me répugne, ce qui est le paradoxe entre tous insupportable, c’est Jl'insouciance avec laquelle les socialistes réputés graves se jouent de la guerre. Je suis révolté de l’espérance secrète que certains marxistes outranciers mettent dans l'impérialisme poussé à bout, dans le __ choc fatal qu’il produira et d’où ils attendent la catastrophe (1) génératrice... De tous les sophismes du marxisme postérieur à Marx, le plus sinistre parce ur exerce je ne sais quelle sadique attirance, est cette théorie de l'impérialisme conduisant à la Répu- blique sociale par les convulsions de la guerre. » Donc on était averti partout, et partout on eût pu, on eût dû se mettre un peu mieux en garde.

Mais ce n’est pas seulement sur le concours à

__ attendre des alliés socialistes du dehors que le parti a

des déceptions. On a pu s'égayer — ce n'était pas dé- __ fendu — des jugements portés par un état-major ré- À volutionnaire (2) en une sorte d'inspection générale. Aucune de ses troupes ne le satisfait. Il n’aime ni les

(1) Non plus la catastrophe économique universelle, mais la catastrophe militaire imposée à l’ennemi. Si la majorité des socialistes allemands en vient à en désavouer l'idée,

“ce ne sera que sous le coup de sa propre déiaite. (2) Voyez GRIFFUELHES, Voyage révolutionnaire. Impressions d'un propagandiste.

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ouvriers du Nord, ni ceux du Midi, ni ceux de l'Est, ni ceux de l'Ouest, ni ceux du Centre, ni ceux de la côte d'Azur ou de la côte d'Émeraude. Les uns ont trop peu d’entrain, les autres trop peu d'endurance; la plupart sont trop ignorants ou trop insouciants pour qu'on puisse les inciter à un effort vigoureux et les sortir de l’infériorité où ils croupissent. Ils ne savent pas ou ne veulent pas se syndiquer. Dans telle industrie qui compte trois mille ouvriers de la même industrie dans la même ville, il n'y en a pas plus de trente qui soient syndiqués. On avait espéré que la diminution des heures de travail, dans les arsenaux, dans les monopoles, donnerait aux ouvriers l'occasion et le désir de s’instruire, de sé coaliser, de préparer leur organisation militante. Or, que font-ils? Ils profitent des deux heures dont on leur a fait cadeau pour aller individuellement chez un patron qui les emploie à quelque besogne supplémentaire, et ils font ainsi concurrence aux ouvriers de la ville.

On n’est pas plus satisfait des adhérents aux coopératives. On pensait que les économies réalisées là serviraient de trésor de guerre, c’est-à-dire de moyens de. propagande et d'organisation socialiste. Hélas ! partout où l’on a empêché les coopérateurs de toùucher personnellement leurs bonis ou leurs ristournes, ils ont déserté en masse. Il faut que les « trop perçus » leur soient distribués « bourgeoisement » ; autrement, » les sociétaires passent indifféremment des coopératives socialistes aux antisocialistes ». Cette persistance invétérée d'un esprit patient, généralement ennemi des aventures et très individualiste, les nouveaux socialistes la voient donc très bien! Ils savent très bien que le Français, ouvrier ou patron, intellectuel ou agriculteur, est, à la vérité, le plus sociable des hommes quand il s’agit de sortir de chez soi pour $’égayer en compagnie ou de prêter main forte à un camarade

devant un péril évident; mais ils savent aussi à quel point il tient à rentrer chez lui pour arranger ses affaires à son idée sans en rendre compte à personne (1). C'est ce dernier trait du caractère hérédi- taire qui les inquiète; et c’est ce qui fait que les plus éclairés d’entre eux en viennent à chercher, fût-ce en dehors du socialisme proprement dit, des méthodes nouvelles de groupement et d'action commune.

Comptent-ils beaucoup sur les monopoles, sur les régies directes, sur les entreprises municipales? Tout . cela a été remis sur le drapeau, tout cela s’y lit encore, et on en répète encore de temps en temps les formules. Avec uné pleine conviction? Ici, comme en beaucoup d’autres matières, ils sont très habiles à distinguer, comme de simples casuistes. Toujours prêts à se servir * de ce qui est fait — par n'importe qui — contre les entreprises privées, contre la reconstitution des in-

au ourd'hui — nous l'avons vu — de l’action de l'État. Leur tactique est très onduleuse et, pour dire le mot, très opportuniste. « Le monopole de l’enseignement, écrivait M. Albert Thomas (2) en 1913, outre qu’il : s'exprime par des projets très divers, ne saurait servir de programme commun. Du point de vue économique politique, redoutant les survivances de l’État autori- taire ou l'oppression des classes au pouvoir, des socia- listes résolument le combattront. » La phrase est assez entortillée. « Des socialistes le combattront. » Le parti n’est donc pas unanime? Et puis, quand ce seront de nouvelles classes qui seront au pouvoir, elles impose- rout donc à autrui ce monopole qu’elles ne voulaient point subir quant à elles? |

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(2) Fourntire, l'Unité coopérative, p. 53. Voir notamment le chapitre intitulé : « Irréductibilité de l’individualisme. » (o) Le Parti socialiste, brochure.

NOS TROIS PARTIS POLITIQUES SM à D

dustries et des fortunes individuelles, ils se défient.

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Dans le domaine de la production, les socialistes avisés savent bien quels déboires ont donnés en divers endroits les essais d'industries municipales ; aussi se gardenti-ils d'en dresser le bilan comme est obligée de le faire une grande maison de banque et une grande entreprise anonyme. ils ne vantent plus les conséquences du rachat de l'Ouest. On ne les étonnerait pas beaucoup en leur disant : « Vous attaquez quelquefois les grandes industries centralisées autour d’un personnel nombreux; vous en raillez les lenteurs bureaucratiques, vous vous flatiez d'y trouver des. traces de gaspillage. Regardez-les de près, et peut-être verrez-vous que, sielles méritent quelques-uns de vos reproches, c'est dans la mesure où elles tendent à former comme un petit État; mais reconnaissez qu'elles sont inévitables, en raison de l'énorme importance des services à grouper et qui ne peuvent être confiés ni à “un seul homme, ni à une coilectivité incohérente et insuffisamment préparée. » :

Pourquoi donc, dès lors, le parti socialiste hésite-t-il si peu à accepter, à encourager, à provoquer même toutes ces mesures de concentration collectiviste, si mal organisées, si coûteuses, si infécondes, comme lui-même se voit obligé de les qualifier? C’est, dit-il, qu'elles ne sont telles que dans le moment présent et dans la phase de transition que nous traversons. Quand tous les travailleurs y seront formés selon nos principes, elles deviendront ce qu'elles ne sont pas encore, ennemies du gaspillage et du coulage, pénétrées du sentiment de solidarité.…., ete, etc. En attendant la construction du nouvel édifice il nous faut bien démolir l’ancien pour faire place nette : c’est pourquoi est si bien accueilli tout coup de pic contribuant à ébranier la société capitaliste, à y ouvrir une brèche, brèche du sabotage, brèche de la grève générale (si elle est pratiquement possible). L'important, c'est

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d'avoir toujours l'œil aux aguets et d'être toujours

prêt à profiter des « intuitions senties », c’est-à-dire,

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en bon français, irréfléchies, non raisonnées. De là ces appels aux « orientations spontanées » aux « méthodes insoupçonnées » aux « perspectives impré- vues »; cette partie du vocabulaire socialiste est très riche. Parmi ces « perspectives » néamoïns, on voit que ceux qui les dessinent ont oublié celle de l’anarchie et de la réaction qui à la suite arrive toujours d'un

7 pied ou boiteux ou rapide.

Nous n'en sommes pas là. Aussi l’école dont nous parlons demeure-t-elle le rendez-vous d'une quantité croissante de chercheurs courant après ce qu'on peut appeler la monnaie du socialisme. Îls n'auraient pas demandé ni même désiré qu'on entreprit en grand l'opération de l'expropriaiion universelle, mais ils prennent volontiers leur part de bénéfice — de bénéfice fictif et trompeur le plus souvent — dans les ruptures de contrats, dans les distributions faites gratuitement et sans contrôle, dans l'assimilation des concubines aux épouses légitimes, dans la substitution forcée de l'assistance légale à la charité libre, dans la diminution toujours croissante des heures de travail, dans l’affaiblissement d’une autorité désarmée, et ainsi de suite.

Là est vraiment la partie absolument inacceptable de la tactique socialiste. Disons bien tactique, puisque de doctrine on n’en a pas. Procéder sans but de guerre avoué et discuté, sans plan précis, procéder à tout propos et hors de propos par des escarmouches dont chacune porte un coup de plus, non seulement à l'autorité et à la discipline, mais à la productivité des industries, réduire au minimum tout effort des subor- - donnés et des travailleurs manuels, porter au maximum les sacrifices imposés aux travailleurs de l'esprit, aux inventeurs, aux organisateurs, aux conducteurs

d'hommes, c’est-à-dire à ceux qui font précisément le

Dr plus pour la productivité universelle, tel était, hier

“ encore le mot d'ordre. Pour ceux qui le propagent

et encore plus pour ceux qui l’acceptent, il semble encore trop que tout ce qu'on enlève aux propriétaires, aux entrepreneurs, aux gros Commerçants, AUX gens qui ont économisé et font fructifier par leurs économies les travaux et les entreprises les plus variées, que tout cela soit autant de gagné pour les” autres catégories de travailleurs. En réalité, tout ce que font perdre la grève injustifiée, l'absence de conscience dans le travail et à plus forte raison le sabotage, est bel et bien perdu pour tout le monde et finalement pour ceux-là surtout qui aiment encore mieux le mal d'autrui que leur bien propre. : a Prenons maintenant que de telles erreurs deviennent : de plus en plus exceptionnelles, prenons qu'on se mette à étudier et à préparer des combinaisons qui

: associent davantage et plus pacifiquement le travail

Lu au capital, qui par un juste équilibre assurent mieux

| la permanence des salaires, qui permettent aux prolétaires prévoyants de grouper peu à peu des sommes grâce auxquelles — comme les millions de certaines sociétés de cheminots — ils seraient à même de créer

AVE des entreprises ou des œuvres soustraites aux exi-

. gences, peut-être usuraires, de financiers abusant de leurs ans et du besoin qu'on a d'eux! Il y a là . de quoi nous rapprocher ! |

; Toutes ces mesures valent-elles par ee

SRE doit-on demander aux socialistes, ou sont-elles subor-

NE données à certaines conditions? » « Subordonnées », répondent heureusement les conseillers les plus sérieux, sinon les mieux écoutés. Ceci est meilleur encore.

« Être socialiste, dit l’un d'eux, c’est avoir passé par une régénération externe totale et par un renouvelle- . ment de tout l'esprit. » Voilà qui doit tenir en respect

ne voient que partage et nivellement. Qu'on le re- marque bien, cette régénération ne doit pas seulement accompagner, mais précéder la conversion au socia-

lisme. « IL faut d'abord, dit M. Andler, chargé de

parler de la civilisation socialiste, que le socialiste 4 crée en lui-même et en chacun des siens un parfait exemplaire de la nouvelle moralité. » Il vaut la peine de nous arrêter ici un instant. On avait souvent dit :

« Les hommes ne sont envieux, cupides, haineux, immoraux, méchants, que parce qu'ils sentent trop ce qui leur manque. Servez à chacun une pari égale dans la distribution des biens de ce monde, et vous verrez tout de suite la bonté humaine rayonner en chassant tous les cauchemars des vilaines passions. » Il semble bien qu'on n'en soit plus à ce degré de naïveté. La doctrine matérialiste de la lutte pour la vie, l'épreuve si largement faite de trop d’exigences déraisonnables, la vue des moyens détournés par lesquels les détenteurs d’un avantage s'efforcent de recevoir plus et de - donner moins, le développement de l'alcoolisme et de la débauche, Mis que les socialistes convain- __ cus sont les premiers à relever entre la légèreté des mœurs ouvrières et le particularisme rural (1), l'hor- reur enfin que provoque à juste titre dans le monde la vue de la barbarie déchaînée dans notre Europe centrale, tout cela fait bien reculer l’optimisme des fils de Jean-Jacques Rousseau et de George Sand. Aussi ne craint-on plus de nous le dire : ne comptez pas sur l'avènement apparent d'un socialisme en quelque sorte

- extérieur pour transformer l’humanité; c’est par cette

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(1) « Le paysan est un individualiste forcené; il est

égoïste, personnel et, dans la plupart des cas, fou de son

bien. » (ComPère-Morez, La question agraire et le socialisme, Paris, Marcel Rivière.)

transformation intérieure qu'il faut commencer si l'on veut amener le règne du socialisme. En 1912, le doctrinaire de la Sociale démocratie, l'auteur de la Révolution sociale, Kautsky, écrivait lui-même (page 92921) : -« Il faudra au prolétariat une haute intelligence, une parfaite organisation de ses grandes masses : et ces qualités deviendront en même temps tout à fait indispensables dans la vie économique. Nous pouvons nous attendre à ne le voir réussir gue lorsqu'il possédera ces

qualités à un degré très élevé. » « Aïmez et faites ce que vous voudrez, » disait saint Augustin. On serait bien tenté de dire également : « Donnez — aussitôt

que vous le pourrez — de telles qualités aux gens, et ayez ensuite le système que vous voudrez en l'appelant du nom qui vous plaira. »

Malheureusement le gros du parti socialiste n'a pas l'ambition d'arriver préalablement à de si hautes vertus. Et c’est ici qu'apparaît l'aspect le plus fâcheux de sa mentalité. Le socialiste croit qu'il est « comme tout le monde », « ni meilleur ni pire » que ses concurrents, rivaux où camarades, qu'il fait ce que font tous les autres, pas davantage, et que cela suffit. Si les abus du système sont évidents, qu'on le laisse en opérer la démolition tout de suite : le reste, dit-il, ne regarde que lui. Quant aux intellectuels et aux moralistes du parti qui, mieux inspirés, croient que cela et la suite regardent tout le monde, cn peut leur demander si, après avoir tracé un si haut idéal, ils forment et habituent-bien leurs adeptes à le réaliser dans la vie privée, dans la vie familiale, dans leurs pensées et dans leurs actes.

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