LA GRANDE DOULEUR
maintenant à Dijon, c"est que j"étais sûre de vous y revoir!... Que de fois j'ai cherché à pénétrer jusqu'à vous ! Vos maîtres m'ont toujours repoussée. . . Ah 1 je les hais tous — ces prêtres ! — eux, et l'orgueil sans pitié de leur vertu'.... Même, vous Tavouerai-je ? J'ai osé m'adresser au Procureur général de ce Parlement; je lui ai écrit lettre sur lettre; j'ai brigué de sa bonté une misérable audience... Il ne ni"a rien accordé!.. Hélas! ({u'aurais-je pu lui dire? Je l'ignore, en vérité. J'aurais pleuré à ses genoux, le priant, le suppliant de vous arracher à ce séminaire exécré : de me rendre par vous, Pierre, et l'honneur et la vie!.. Et cet homme, • •n riant de ma démence, m'eut sans doute fait (^hasser comme une créature dégradée , méprisable Enfin! !.. que tout soit oublié, puisque je
vous revois !... Dites-moi. bien-aimé. vos yeux, j'en suis certaine, m'avaient aujourd'hui reconnue au milieu de cette foule qui remplissait l'église ! Vous m'aviez aperçue — là, derrière ce pilier, où je semblais prier... Prier! moi?., oh non! non!... Ah! Pierre, mon regard ne vous a pas un seul instant quitté durant cette odieuse cérémonie. Vous me saviez présente: vous Mais, folle que je suis,
pourquoi le demander, puisqu'il est uniquement resté pour m'attendre !
Anxieuse, elle paraissait luonditn^ un oui. un
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simple oui! Le jeune homme ne lui fit pas cette aumône.
— Non, Dieudonnée. répondit-il avec tristesse; je ne vous ai point aperçue, et je ne suis pas resté pour vous attendre.
Dieudonnée pâlit. Défaillante, elle étendit un bras pour s'appuyer à la crrille du chœur. Toutefois réprimant cette faiblesse, et retrouvant son douloureux sourire :
— Pourquoi m'ôter cette chère iUusiun?. . . Pierre, ce n'est pas généreux.
Puis, avec une exaltation soudaine, une lièvre à chaque mot croissante :
— Ecoute-moi!... Nous allons partir... tout à l'heure... à Tinstant... Qui nous retiendrait maintenant, puisque tu m'aimes?... car tu m'aimes — tu viens de me le dire !... Ne sommes-nous pas orphelins, toi et moi, sans une mère pour pleurer sur nous, sans un père pour rougir de notre honte?... Partons!... Nous irons loin, bien loin... là bas, où nul ne pourra savoir que tu n'es pas mon époux, que moi, hélas! je ne puis être pour toi qu'une maîtresse!... Partons!... Appuyés l'un à l'autre, nous traverserons le monde. Autour de nous, tout vieillira peut-être; l'auLomne fanera les feuilles que le printemps aura verdies : en nos cœurs, l'amour ne vieillira, ne se fanera jamais!... l^ierre, nous
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reverrons ensemble les lieux où nous avons tant aimé!... Je veux, comme autrefois, pénétrer sous la fouillée bourdonnante. Nous marcherons, les bras enlacés, lentement, lentement... et devant nous, Foiseau effarouché s'enfuira, pour s'arrêter, nous regarder, et s'enfuir de nouveau... Oh! les joyeux propos^ les gais éclats de rire, quand une branche viendra frôler mon visage^ un insecte voltiger près de moi!... Je veux aussi, au déclin du jour, à cette heure où l'air est plein de parfums, d'harmonies et de chansons , m'asseoir au bord de l'eau , près du vieux moulin, parmi les joncs frissonnants sous le vent. J'appuierai ma tète sur ton épaule, ma main reposera dans ta main, et silencieux, nous écouterons le grand murmure de l'onde.... Ah!!... et le petit enclos caché sous l'aubépine... l'enclos où nous entrâmes un soir, à la tombée de la nuit... Souviens-toi!... L'enivrante soirée!... Personne dans la maison abandonnée... Nous fîmes le tour de la chaumine , appelant, heurtant à la porte, frappant à chaque vitre — effrayés et heureux à la fois de nous sentir ensemble en telle solitude!... Moi, je tremblais... et je riais. Mais toi, tu me pris dans tes bras, et entre deux baisers tu me dis : Plus tard... aux jours où tu n'aimeras plus, rappelle-toi!... et tu aimeras encore! »
La pauvre femme pleurait: ses nerfs s'étaient
détendus: un Ilot de larmes avait jailli de ses yeux, tandis qu'elle évoquait un passé si présenta son cœur.
Plus ému qu'il n'eût voulu paraître, le jeune lioiiiine prit la main de Dieudonnée :
— Silence!... je vous en conjure, silence!... Pourquoi ramener à ma mémoire ces rêves évanouis, ces parfums exhalés du souvenir?... Pourquoi vouloir troubler mon âme, égarer ma raison?
Bientôt pourtant, de sa voix grave et triste :
— Adieu, pauvre âme blessée, adieu pour la dernière fois!... Je n'appartiens plus à la terre ; le devoir
La femme l'interrompit avec violence :
— Le devoir!... Voilà comme ils sont tous, quand ils n'aiment plus : ils invoquent le devoir!... Mais moi, Pierre, moi, quand me sentant perdne, j"ai prononcé jadis ce même niot, ai-je été seulement écoutée? — Le seul devoir ici-bas est d'obéir aux entraînements de son cœur : — me l'as-tu assez répété?... Naïve, je t'ai cru; folle, je t'ai cédé!... Ah! sois maudit, maudit de})uis le jour où je t'ai connu !... Sans toi, sans ton lâche amour, je serais épouse et mère: mariée, modestement peut-être, honnêtement du moins!... Ainsi donc, cet amour, ce grand amour, était de ceux que le printemps fait naître, que l'hiver flétrit sans retour ! Tes beaux
LA liRANLE DuULEUR. 191
serments, tn tendresse éternelle devaient durer le liMii])s d'un baiser donné, le temps d\in baiser rendu!... Oui, oui, sois maudit, toi qui le premier m'as appris ce que vaut tout cela!... Tu ne réponds rien?... Mais, à défaut d'amour, ton misérable cœur ne connaît donc même plus le remords?... Pierre, je l'en supplie pour la dernière fois, partons!... Toi qui invoques le devoir, tu n'ignores pas, tu ne peux pas ignorer que le devoir suprême d'un homme d'honneur est d'empêcher la fille qu'il a perdue de mourir dans la boue!
La malheureuse créature ne pleurait plus. Elle avait saisi par le bras son ancien amant, et cher- <'hait à l'entraîner avec elle. Fort troublé, le jeune homme répondit :
— Dieudonnée !... Tout ce qu'un repentir sincère doit inspirer, je le ferai : j'ai si grande pitié de vous!... Allons trouver ensemble le P. de Martincourt. 11 vous recevra, il vous réconciliera avec Dieu
La femme éclata en injures :
— M. de Marlincourt ! Non!!. Non!!.. Garde pour toi-même l'assistance de ce bienfaiteur!.. Je le hais, cet homme, cause de toutes mes larmes! Je le hais! !.. C'est lui qui t'a volé à mon amour^ pour faire de toi... quoi?... un prêtre!!.. Tu as pitié de moi, dis-tu?... En vérité, je ris!... Ne sais-tu pas
li>2 L'AVENTURE D'UNE AilE EN PEINE.
qui je suis? Le séminaire où tu t'enfermais était-il une tombe si bien close que le bruil de mon nom n'ait point passé jusqu'à toi? Ignores-tu quelle est cette Nina Herniosa la comédienne, que chacun ici courtise?... Eh bien, c'est moi!!... Va! je n'ai nul besoin de ta pitié : les hommages d'une ville entière me consolent assez de ton indigne abandon!...
Elle lança un rire nerveux :
— Sa pitié! Il m'offre sa pitié!!... lui, un chétif prestolet, un homme qui finira obscur, inconnu, sa triste vie... tandis que moi
Elle n'acheva point sa pensée :
— J'ai honte!! murmura-t-elle. Tu dois me trouver bien lâche, moi qui te jette l'insulte à la face, parce que tu ne m'aimes plus !.... Adieu! oui, adieu!.... Remplis donc sans remords ton devoir... ton glorieux devoir!....
Elle se rapprocha, et d'une voi.v basse, menaçante :
— Ton devoir!!... Ce même devoir, sans doute, qui te poussait, il y a quatre années, malfaiteur sinistre, vers la grande clairière — tu sais — la clairière maudite... là-bas... à la rencontre des routes... à la Croix-Travers ! . . . Ah ! ne le nie pas ! pour Dieu, Pierre, ne le nie pas! !... Je t'ai suivi... je t'ai vu,
LA r.RANIiE LuULErr,. VX]
oui — moi — je t'ai vu... aiixrayonsde la lune... donner le baiser d'amour... entourer dates bras... Ah ! liens [c'était hideux!... hideux, te dis-je!!... Ha! lia! te voilà stupéfié! Tu te tiens plus pâle, plus blême que la statue assise sur ce tombeau!... Un être humain a osé te guetter!... Pauvre Pierre! !... Va : le meilleur des espions est encore la femme
De ses doigts crispés, Dieudonnée saisit le vêtement de son amant, et, le regardant œil à œil, face à face :
— Ecoute bien ceci. Il est possible que le nom di' Xina, Nina la comédienne, ne soit pas venu jusqu'à tes chastes oreilles. Mais il est un bruit qui a dû retentir — celui-là — jusqu'à ton cœur!... En ce moment, on façonne, on charpente le hourd, réchafaud où monteront les maudits de Semur... Ils sont là cent cinquante, aux geôles de la ville, que disloque l'estrapade — cent cinquante donneurs de baisers infâmes ! Encore un peu de temps, un mois, quinze jours peut-être, et tous, tous, ils se tordront dans les flammes... Le beau spectacle, Pierre! J'ai promesse formelle d"une fenêtre sur
la Grand'Place Misérable! misérable!!
Adieu donc, puiscpe tu pars ! — car tu pars, n'estce pas? Xe l'annonçais-tu pas tout à l'heure à M. de Martincourl?... Ah! tu pars !... tu te sauves de ces
194 L'AVENTURE D'UNE AME EN l'EINE.
litMix ! !... Eli bien ! je te le dis en vérité : avant peu, nous nous reverrons!
Pâle, Tœil sec, la lèvre frissonnante, la Nina s'éloigna rapidement, traversa le vaste développement de la nef, et franchit le portail de Téglise.
Elle sortit — et ses doigts ne touchèrent point cette eau sainte à jamais refusée à sa dépouille mortelle; son front ne s'inclina point devant ce Dieu qui prétendait lui disputer son infidèle amant.
YllI
Au moment où la comédienne mettait le pied sur le parvis Notre-Dame, elle vit déboucher dans la place tout une foule bruyante et joyeuse.
En tête de la cohue s'avançaient deux hommes parés d'oripeaux éclatants; l'un battant du tambour, l'autre soufflant dans un fifre. Derrière eux, marchait un troisième personnage, attifé en costume d'arlequin^ masque au visage, barrette sur Toreille, large rapière au poing. Ils allaient, et le populaire, badauds ou rustiques, suivait s'ébaudissant en grande liesse. Parvenus au centre du carrefour, les trois hommes s'arrêtèrent : le tambour et le fifre interrompirent leur musique criarde ; le bon peuple fit cercle, puis l'arlequin commença d'une voix glapissante :
« Ho! ho! ho!... ^lessieurs, oyez tous!...
» Ce jourd'hui^ dix-septième jour de mai, sera » représentée, en la Salle du jeu de paume, la
lyt) L'AVENTURE D'UNE AME EN PEINE.
» plaisante, récréative et nouvelle pastorale du » sieur Hardy, poëte français : Âlrée ou Y Infidèle, » le deux cent cinquantième clief-dYcuvre dû au » Phcebus de ce rare génie !
» Le sieur de Beau-Soleil, un acteur parisien ! » jouera le personnage de Tamoureux Démode; la » demoiselle Nina Hermosa, une divine espagnole! » tiendra le rùle de la bergère Alcée.
» Venez, Messieurs ! Venez, Mesdames ! Venez 5) voir ce poëme magnifique, cette pièce arcadienne » et bocagère^ spécialement composée pour la ville » de Dijon ! ! !
» Il y aura des feintes ! oui des feintes ! ! Jupiter » fera gronder sa foudre ! . . . Les rochers module- )) ront une langoureuse musique!... Vénus se ba- » lancera dans un nuage d'azur ! . . . Venez^ venez ! ! !
» Le spectacle sera bien exactement terminé à » cinq heures de l'après-midi, conformément aux » Ordonnances du Royaume!... »
L'arlequin se tut; le tambour fit entendre un roulement, le fifre grinça quelques notes; puis, tous trois, suivis de leur escorte populaire, ils se remirent en route.
Dieudonnée s'était arrêtée pour écouter l'orateur bergamesque : elle l'accompagna du regard : — Pauvre Gros-Guillanme ! dit-elle. Demain, on
enterre son petit garçon, et pourtant, clans une heure, il va jouer son Turlupin derrière les chandelles!... Vaillant casur!
Elle réfléchit un instant, et ajouta :
— En moi aussi quelque chose vient de mourir : Tespoir!... Serai-je moins vaillante que celui-là?... Oh! non...
Elle avait repris sa course enfiévrée, et se parlait à voix haute, tout en marchant.
— Je ne me suis jamais senti le corps mieux dispos, l'esprit plus allègre !... Oui, je vais jouer, et je me surpasserai moi-même ! On m'applaudira, on me trouvera belle, on me proclamera une incomparable comédienne... et un écho de ma renommée passera jusqu'à lui!... Alors, il regrettera... il reviendra confus et repentant... alors, il aimera peutêtre !
Elle poussa un léger cri de douleur, et porta vivement la main à sa poitrine : une petite toux sèche desserra ses lèvres : .
— Ah! oui! je sais ce que c'est !... Encore deux années de pareille existence — puis la fosse sans croix et la terre sans eau bénite!... Ah! l'infâme! l'infâme! s'il avait voulu, il pouvait encore me sauver!
La Nina s'arrêta de nouveau.
— Et pourtant, il m'aime !... Oui, oui, je le sens,
j'ensuis sûre... il m'aime ! Il était si bon, si noble, si grand autrefois !... Ah ! folle que je suis, comment n'ai-je rien compris? C'est ce Martincourt détesté, c'est l'exécrable Jésuite qui me vaut cette dernière douleur ! Tout à l'heure, dans l'église, il prononçait mon nom ; il imposait à Pierre cette épreuve suprême : « Dieudonnée va venir, il faut l'écarter, il faut la chasser! Vous êtes prêtre !... » Oui, il a ordonné cela — cet homme — j'en suis certaine ! Voilà ce qu'il murmurait tout bas, le misérable !... Va, pauvre Pierre ! ce n'est pas toi qui es le coupable ! ce n'est pas toi que je maudis !... Comme il souffrait pourtant! Ses yeux étaient pleins de larmes, parce qu'il me voyait pleurer!... Et puis, il m'a suppliée, il m'a dit — oh ! je l'ai bien entendu ! — il m'a dit : « Mon cœur se trouble, ma raison s'égare! » Mais alors... il luttait donc... il combattait... mais alors... Ah! béni soit Dieu ! il m'aime encore !... Et moi, moi qui ai choisi ce moment-là pour lui jeter à la face Ja menace et l'injure !... L^'injure, la menace sur toi, pauvre Pierre ! ô bien aimé!... Non, je ne m'éloignerai pas sans qu'il m'ait accordé mon pardon — mon pardon et un mot, rien qu'un seul mot, qui me donne courage !... Et puis après, ce sera fini, bien fini... Nous ne nous reverrons plus... Dieu! plus jamais !!... Allons, allons, Dieudonnée, sois forte! sois vaillante!... En
vérité, ce serait trop cruel de se quitter ainsi, alors qu'on s'est tant adoré !...
Tournant vivement sur elle-même, l'air égaré, les cheveux au vent, la Nina se mit à courir vers Téglise Notre-Dame. De nouveau, elle traversa la place; de nouveau, elle franchit les degrés du parvis et pénétra sous le porche.
— Suis-je assez méprisable ! assez lâche ! bégaya-t-elle en s'arrêtant enfin.
Son regard s'efforça de percer la demi-obscurité de la nef; son oreille interrogea le silence. Bientôt elle crut entendre un léger murmure, paroles échangées à voix basse aux pourtours extrêmes de la liasiliquo. Rasant la muraille, elle avança lentement.
Un singulier spectacle s'ofirit à sa vue.
Adossé contre le pilier d"une des chapelles absidales, Pierre semblait ravi en mystérieuse contemplation. Ses yeux brillaient étincelants de clartés étranges; ses lèvres entr'ouvertes dessinaient un sourire d'une douceur infinie ; ses bras étaient jetés en avant dans une attitude à la fois suppliante et passionnée.
Le jeune homme était seul ; et cependant il parlait. Par moments il se taisait, semblant écoute i-
quelque silencieuse réponse ; par moments, sa voix se faisait entendre, éveillant le grand sommeil de l'église.
— C'est donc toi. disait-il, toi qui daignes visiter l'abandonné aux heures de sa solitude et de son désespoir !... Oh! qui que tu sois, sainte ou damnée, je t'aime!... je t'aime, toi qui mets le sourire dans mes larmes, toi qui verses la volupté dans mes tourments!... Je t'appartiens!... Naguère tu m'as dit : Sois prêtre, et que nulle créature humaine ne se dresse plus entre toi et moi! — Eh bien! je suis prêtre!... Tu m'as dit encore : Il faut tuer! — Tuer?... oh! pardonne! j'iiésite. L'idée du meurtre m'épouvante: la pensée du sang à répandre me glace de terreur! Pardonne!... Ah!!... tu viens de me parler?... tu me reproches mon peu de courage, tu railles mes défaillances?... Cet homme est vraiment hérétique, me réponds-tu: il est relaps, il est renégat dans sa pensée : Dieu l'a condamné ! Ma main pourrait sauver l'Église, mon nom devenir saint parmi les plus saints?... Oui, je le sais, j'ai une mission à remplir ! Hier, le Crucifix qui domine cet autel a tourné les yeux vers moi ; il m'a regardé en pleurant. Ce matin, sous ma lèvre, l'hostie immaculée s'est teinte de sang! Oui, je suis le sarcloir! oui, je suis la cognée! oui, je suis le glaive ! Et povn-lant. lâche, misérablement lâche,
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— tu le vois, — je n'ose!... Que me dis-tu?... Répète, oh! par pitié, répète!... Serait-il vrai?... le saiîiT du Néron impur s'élèverait vers Dieu, offrande propitiatoire pour toi? Le mérite de ma main souillée s'appliquerait à ma bien-aimée? ton infinie souffrance descendrait de trois degrés!... Ah ! plus d'hésitations! je pars! je vais tuer!... Maintenant, mets la main sur mon co.Mir : il ne tremble plus!... Regarde : voici précieusement caché dans ma poitrine le couteau qui doit frapper, l'arme que tu m'as remise toi-même, le fer qui nous rapprochera l'un et l'autre!... Oui, je pars! mais une dernière fois, permets à mes lèvres de presser tes lèvres... que mes bi'as t'enlacent... que mon front s'incline sur tes genoux!... Ah! pour un instant, le repos!... le sommeil!... l'oubli!...
A ce moment, un cri strident retentit sous la voûte de Notre-Dame. Nonchalamment le jeune homme redressa la tète : ses yeux, à moitié clos de langueur, purent entrevoir une femme vêtue de deuil qui fuyait éperdue.
Il l'entrevit: — puis, de nouveau, fermant sa paupière, il laissa voluptueusement retomber son front sur les i^enoux de son invisible amante.