‹ L'aventure d'une âme en peineChapitre 6 sur 102 · CROIS CROISSANT CROISSANT TROI · texte numérisé non relu

CROIS CROISSANT CROISSANT TROI

sants seigneurs, fort connus des bailliages franccomtois, renommés aux pays d'Empire, famés sur les terres du roi de France. — Iliclies parmi les plus riches, disait d'eux la gent corvéable à la rondelet certes, telle assertion n'était pas mensonge. Possédant depuis des siècles le guéret de la plaine, le genêt de la montagne, depuis des siècles lesdits sieurs entassaient en leur trésor le fouage et le forage, le cliampart et la mainmorte... Nobles parmi les plus nobles, auraient pu ajouter les gentilshommes de la province, et semblable propos eût été véi'ité. Le nom d'un Mauldict se lisait inscrit sur le Boohisday-Book de Guillaume le Bâtard, et la Cliansoii de Jérusalem faisait par deux fois mention d'un Martincourt. Leur écu d'argent à la croix de (jvev.le cantonnée de huit croissants affrontés de même, était couleurs maintes fois sonnées dans maints tournois, et personne, en Lorraine comme en la comté bourguignonne, n'ignorait la devise :

C/'ois croissant croissant crois.

Or, il faut savoir c{ue ces quatres mots, si clairs en apparence pour les simples et les ignorants, mettaient à quia les doctes et les habiles: traités sur traités explicatifs n'avaient encore rien expliqué : jamais croix héraldique n'avait été croix plus dure pour les maîtres en la science blasonnante.

Cliose étrange! Établis de longue date dans la Vosge franc-comtoise, les sieurs de Martincourt ne se connaissaient pourtant ni affins ni amis dans la contrée. Hardis compagnons, à la solde du plus offrant, de père en fils ils traînaient leur vie par les camps^ la jouant dans les batailles, aux quatre coins de l'Europe; reitres avec La Marck, lansquenets sous Pleurange, gendarmes aux ordres du sieur Jean-Jacques. Parfois, après quelque dix ans d'absence, rentrait au gîte un sieur de Martincourt, ramenant dans son bagage force ducats et pistoles, chevaux et haquenées^ orfèvrerie d'argent et d'or, fruits de ses lontaines rapines; plus une compagne, son épouse sans aucun doute, femime venue de Milan ou de Pampelune, du Mantouan ou de la Biscaye : c'est ainsi que se perpétuait la race.

Aussi la maison de Martincourt était-elle vue de fort mauvais œil par la gent titrée du pays, jeunes ou vieux, femmes ou filles, filles surtout; et sottises, bourdes, bourderies allaient leur train, trouvant aisément débit ou créance, oreille pour écouter, bouche pour redire. On causait, on jasait, on glosait. Tout, chez un telle soudardaille, offrait prise à la critique, le maître et le valet, la livrée comme la bannière. Cette bannière, ce champ d'argent à la croix et aux croissants de gueule, soulevait, suscitait des harn sans nombre : « Blason sa-

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