LES HAUTS FAITS D'ISRAËL
sions, la sueur distillait sur ses joues flétries, la bouche humaine s'entr"ouvrait crispée pour livrer passage au souffle divin!... Chose étrange! des doigts sacrilèges avaient osé compléter cette œuvre en couronnant le Fils de THomme de vraies épines arrachées aux arbres de la Judée, en mutilant une seconde fois les pieds et les mains déjà cloués à la croix ! . . .
A peine le voile fut-il tombé qu'une clameur furieuse retentit dans la salle : la troupe des Juifs se rua forcenée sur le bois insensible. C'était spectacle hideux à voir cette curée d'hommes abattue sur ce Dieu! Ils le flagellaient à Tenvi de leurs fouets plombés, remplissant Tair de hurlements aigus, d'effroyables blasphèmes :
— Tiens! tiens! fils du centurion! criaient-ils; enfant de l'adultère ! . .. Encore, encore ce coup venu de moi!... Eh! eh! relève-toi donc, ô Messie! et si vraiment tu es fils de Dieu, que nous périssions tous à l'instant !
Muette de terreur, la Nina s'était reculée jusqu'au fond de la salle.
Dame Blémille s'approcha d'elle, et lui tendant un paquet de cordes :
— Viens, la belle! viens le flageller aussi! La Nina repoussa le bras de la mégère.
— Frappe-le donc! continuait dame Blémille en-
traînant Dieudonnée vers la table. N'es-tu pas comme nousTexcommuniée de sa loi? comme nous, n'as-tu pas, grâce à lui, la sépulture des loups et des chiens ?
Pour la seconde fois, Dieudonnée repoussa l'infâme lanière :
— Non! dit-elle d'une voix vibrante, non!... Je n'outragerai pas avec vous Celui-là qui eut pitié de la Madeleine parce qu'elle avait souffert; Celui-là qui daigna l'abriter sous son pardon et sous son amour!
Alors, se penchant sur le bois profané, la comédienne osa poser ses lèvres sur les pieds du Dieu des Miséricordes.