CHAPITRE V
UNE HEURE d'aFFOLEMENT
lans le noir.
Cet étourdissement dure deux minutes à peine; presque aussitôt Nicolas Gorbin recouvre ses esprits.
En même temps tout son sang-froid lui revient.
Assis sur le parquet de la cabane, qu'il reconnaît couvert de nattes épaisses, il se met à songer.
Le brusque mouvement qui a occasionné sa chute a cessé aussi vite.
La cabane paraît maintenant ne plus bouger, mais subit cependant une trépidation étrange.
Sous ses mains, appuyées sur le sol, le domestique du docteur Wigson sent encore un tremblement continu, en même temps qu'un bruit particulier, tout semblable à celui que produirait, sans une minute de répit, un essaim d'abeilles en mouvement, arrive du dehors jusqu'à ses oreilles.
Ce bourdonnement persistant ne se produit pas seul; un autre bruit, non moins singulier, se fait également entendre.
Mais, alors que le premier semble venir de l'extérieur, comme si l'essaim , s'amusait à voleter autour de la cabane, le second se fait entendre à l'intérieur, à quelques mètres à peine du brave garçon, qui, assis sur le sol, n'osant bouger et l'oreille tendue, cherche à comprendre, à deviner ce que cela peut bien être.
Positivement on dirait une machine en marche, mais une machine de dimensions évidemment restreintes et dont les pistons battraient à coups réguliers.
Une machine.^
Cette idée, qui est venue tout à coup au cerveau de Nicolas Gorbin, le fait sourire.
Mais presque aussi vite il redevient t i. t. • . ,
, . ^ J-ia cnamore mystérieuse se trouve inondée
sérieux. lumière.
Après tout, la chose n'est pas impossible.
Cette chambre, en laquelle il ne voit rien tant la nuit y est profonde, doit servir de laboratoire au docteur. Quoi de surprenant, dans ce cas, qu'il s'y trouve une machine électrique ?
Cette dernière réflexion lui fait penser, en même temps, qu'un peu de lumière ne lui nuirait pas.
Moralement et physiquement, la situation dans laquelle il se trouve manque, en effet, de clarté.
Il se fouille.
Malheureusement pour lui, il ne fume pas, et ses recherches, bien que ! faites en conscience, ne donnent aucun résultat.
Toutes ses poches retournées, il constate qu'il n'a rien trouvé de ce qu'il désirait.
Et toujours ce bourdonnement, toujours ce bruit proche et mécanique, ! arrivent jusqu'à lui, énervants, lancinants, inquiétants même. Oui, inquiétants.
Car enfin il ne sait pas du tout ce que c'est. 11 le suppose, mais n'en est i nullement sûr. '
Pour secouer ce trouble léger qui l'envahit, il fait un mouvement pour se relever, mais d'abord il prête l'oreille. j
Les deux hommes qu'il a si joliment culbutés dans le noir ne bougent plus. '
Certainement ils sont en partie assommés et probablement hors d'état ; de nuire.
Peut-être même sont-ils morts ? • Cette dernière pensée fait passer sur l'échiné de Nicolas Corbin un désagréable frisson.
L'idée de se trouver ainsi enfermé avec deux cadavres, dans cette nuit, le , fait se dresser debout, comme secoué par une décharge électrique.
Qui est brave et hardi devant un danger précis, perd souvent tout sangfroid en face de l'inconnu et du mystérieux.
Tel qui n'aura pas peur de dix hommes armés, s'affolera à l'idée de l'apparition d'un fantôme. '
Nicolas Corbin est une de ces natures-là.
Sans qu'il s'en rende compte, un commencement de peur s'empare de lui, et la sueur lui pointe à la racine des cheveux.
Il est brave, nous l'avons dit; mais que l'on songe froidement à la situation étrange en laquelle il se trouve; que l'on pense une minute à toutes les pen- ^ sées qui peuvent traverser le cerveau d'un homme enfermé il ne sait où, dans un endroit qu'il n'a jamais su où le hasard l'a conduit la nuit. 11 est là entouré i de choses qu'il ne connaît pas, d'objets qu'un mouvement maladroit peut ' rendre dangereux; sous ses pas le sol tremble, se soulève, des craquements se font entendre, des heurts se produisent, et, pour comble, il y a peut-être