OUVERTE
— Non. ' ■
— Si!
— Alors, en avant! »
Mais il n'en écoute pas davantage. D'un bond il s'élance à travers un taillis, se jette à plat ventre sous les brandies, se glisse, se faufile sous l'ombre du feuillage, dépistant brusquement ses poursuivants.
Bien lui en a pris, d'ailleurs, de ne pas perdre de temps à exécuter cette manœuvre, car, presque aussi vite, une double détonation claque dans le silence de la nuit.
On a tiré évidemment sur lui.
Heureusement cette opération s'est effectuée au hasard.
Durant une demi-minute, Master Gorbin continue de ramper.
Soudain, tout près de lui, il aperçoit un étroit sentier noyé d'ombre.
Alors seulement il se redresse, s'oriente une seconde et se lance en avant, en obliquant légèrement sur sa droite.
Il se trouve ainsi dans la partie du jardin que le docteur lui a interdite.
Que va-t-il trouver par là? Quelle surprise l'y attend? Quel secret va-t-il violer?
Il n'y pense même pas. Ce qu'il veut, c'est dénicher le docteur, c'est avertir son maître, le seconder, le défendre même s'il le faut.
Cependant, derrière lui, le silence s'est fait à nouveau.
Seuls les battements d'ailes des oiseaux cachés dans les feuillages et que sa venue brusque effraye, troublent le calme de la nuit.
Et soudain le brave' garçon se trouve à l'entrée d'une clairière au milieu de laquelle une masse étrange, baroque et quelque peu fantastique, dresse sa structure.
C'est, autant qu'on en peut juger, car l'ombre d'arbres immenses intercepte les rayons de la lune, une sorte de cabane rectangulaire dressée sur une charpente métallique qui lui donne, à première vue, l'aspect d'une énorme araignée, d'un immense faucheux debout sur ses longues pattes.
Deux larges auvents établis horizontalement s'étendent de chaque côté de cette curieuse construction et font corps avec elle.
Une échelle de fer, légère, est rivée à l'une des pattes de l'araignée et monte jusqu'à une porte tracée dans la paroi gauche de l'habitation aérienne, laquelle se trouve bien à quarante-cinq ou cinquante pieds du sol.
Autour de cette étrange chose règne un calme profond.
Ce calme est à la fois menaçant, impressionnant.
Mais Nicolas Corbin n'est pas venu jusque-là pour se laisser troubler par le silence de la nuit ou l'image des choses. Son idée fixe ne l'a pas quitté.
Ce qu'il veut, c'est le docteur. Bien certainement l'aspect particulier du lieu où il se trouve ne l'a même pas frappé. Il n'a vu tout cela que superficiellement.
L'échelle de fer, seule, a attiré son attention.
Sans même une liésitation, il saute sur les échelons, et en quelques instants il est en haut près de la porte, contre laquelle il appuie l'oreille. Mais aucun bruit ne parvient jusqu'à lui.
Sûrement, le docteur ne peut être enfermé dans cette étrange cabane , il l'entendrait aller et venir.
Pour en être plus sûr, il frappe, doucement d'abord, puis plus fort ensuite .
Rien ne répond à ses appels.
Rien, de l'intérieur de l'habitation du moins; car, de l'extérieur, le galop pressé de quelqu'un courant clans la direction de la clairière arrive jusqu'à lui.
Et c'est à ce moment qu'il se souvient de la défense absolue du docteur de le déranger pour quelque motif que ce fût, et de l'interdiction qui lui a été faite de pénétrer dans l'aile droite du jardin.
Gela lui traverse le cerveau comme une flèche.
Il se sent tout à coup fautif et se reproche avec dépit son manque de réflexion.
Que va-t-il faire maintenant ?
Redescendre et résolument regagner l'habitation, au risque de se faire assommer.^
Au-dessous de lui, dans l'ombre, le galop entendu vient de s'arrêter.
On parle, mais il distingue mal les paroles.
Et soudain, Nicolas Gorbin sent l'échelle trembler sous lui.
On se hisse sûrement dans sa direction.
On Fa donc suivi, à moins qu'il n'y ait là qu'un hasard.
Quoi qu'il en soit, il comprend que s'il reste immobile sur son échelon une minute de plus, il est perdu, les bandits, il en a eu la preuve, étant armés.
D'instinct, il tend la main, cherche le loquet de la porte, qui, chose étrange, s'ouvre brusquement sous ses doigts en un glissement silencieux.
Nicolas GorWn sent l'échelle trembler sous lui...
Oui, c'est là le mieux.
Malheureusement il est trop tard pour agir.
GORBIN
L'attaque et la riposte.
Un peu interloqué tout d'abord, il se reprend vite, et sans plus d'hésitation saute dans la cabane.
Autour de lui, c'est alors l'obscurité. Au dehors, on monte toujours.
Rapidement il se plaque, dans le noir, contre la cloison, tout près de la porte, qu'il a essayé, mais en vain, de refermer dès son entrée.
Soudain une ombre paraît sur le seuil et s'y tient debout une seconde.
Nicolas Corbin est l'homme des décisions promptes. Il ne tergiverse pas.
Résolument il tend le bras, happe l'homme à la gorge, et d'une secousse brusque l'envoie rouler dans le noir au milieu de la cabane.
Surpris, celui-ci n'a que le temps de pousser une clameur sourde et s'abat avec un « han » étouffé, le crâne fendu par un corps solide contre lequel, en sa chute, il est allé donner de la tête.
Cela s'est produit avec une rapidité surprenante. Mais ce n'est pas fini.
Inquiète, une autre ombre surgit presque aussitôt à l'entrée de la chambre.
Sans hésiter, le domestique du docteur Wigson opère la même manœuvre, en y ajoutant, cette fois, l'usage d'un coup de poing savant porté en plein thorax.
La respiration coupée net, l'inconnu a une sorte de gémissement et pivote sur lui-même, les bras tendus en avant.
Devinant le passage libre, Nicolas Corbin fait alors un pas vers l'ouverture avec l'intention de se laisser glisser le long de l'échelle de fer. Mais il lui faut s'assurer qu'aucun autre ne lui coupera la route, et, pour ce faire, des deux mains s'appuyant fortement au chambranle, il penche la tête dans le vide.
Quand nous disons « il penche », nous nous avançons.
Nous voulons dire que telle est son intention.
Mais à peine ses mains ont-elles touché la paroi que, brusque et manquant de le décapiter, la porte se referme devant lui avec un bruit sec. Il pousse un cri.
Sans s'en douter, maladroitement, il vient de faire jouer le déclic manœuvrant le battant. Furieux, cherchant le ressort, il allonge la main et palpe la cloison devant lui.
A cet instant, le second individu auquel il a octroyé un si magistral coup de poing bute, à moitié étourdi, sur le corps de son compagnon et pique une tête à l'aventure, dans l'ombre, avec un grognement furieux.
Croyant à une attaque, Nicolas Corbin fait aussitôt volte-face, les poings en arrêt. Mais il n'a guère le loisir de conserver longtemps cette position.
Brusquement, le sol tremble sous ses pieds, et lui aussi, perdant l'équilibre, par suite d'une secousse formidable qui ébranle toute la cabane, s'en va tomber à l'autre bout de la pièce, à moitié assommé et complètement ahuri.