‹ L'aventure de Nicolas CorbinChapitre 15 sur 28 · Helm, gouvernail · texte numérisé non relu

Helm, gouvernail

rendus de certaines expériences et sait combien ces navires aériens sont sensibles au mouvement de leur gouvernail.

Il lui faut donc agir avec la plus grande prudence, sous peine de faire chavirer l'appareil et de risquer un naufrage, c'est-à-dire une chute effroyable de plus de mille pieds.

Le cœur lui bat fort lorsque, après une dernière minute d'hésitation, il saisit les poignées.

Déjà la roue tourne imperceptiblement vers la droite, lorsque, formidable, un choc fait lâcher prise à Nicolas Corbin et l'envoie rouler à terre.

Pour ne pas être précipité par-dessus bord, il n'a que le temps de se cramponner à la balustrade.

Et il fait bien, car à peine tente-t-il de se relever qu'aussitôt une secousse tout aussi violente que la première le renverse à nouveau.

Autour de lui, c'est alors comme un râclement furieux, un bruit de tôles arrachées, tordues.

Trois secondes l'avion oscille comme s'il allait culbuter et semble pris d'un mouvement de roulis, puis il se penche, se penche épouvantablement.

Les doigts crispés à la barre d'appui, pâle, effaré, le domestique du docteur constate alors que les immenses ailes, que l'hélice, ne fonctionnent plus.

L'appareil tout entier semble glisser sur un plan incliné.

Et soudain il a la sensation horrible d'une chute dans le vide.

Sensation très courte, heureusement, car brusquement l'hélice se remet en marche, les ailes battent, et l'avion, se redressant, remonte rapidement dans l'espace.

Penché sur la balustrade, Nicolas Corbin jette alors un long regard sur les hautes maisons de Chicago, dont l'appareil volant vient, au passage, d'arracher en partie les toitures et qui, maintenant, diminuent, là-bas, loin derrière lui, dans l'ouest.

Dieu merci, il n'y a eu là qu'une alerte.

A présent le navire aérien est remonté dans l'espace. A l'aventure !

Recouvrant rapidement son sang-froid, le brave garçon se rappelle aussitôt ce qui lui reste à faire.

Le temps presse. Sans hésiter il reprend les poignées de la barre et, doucement, bien doucement, donne un léger coup sur sa droite, coup trop faible, sans doute, car l'appareil ne dévie pas d'un pouce.

Il est vrai qu'un quart de tour de roue donné à nouveau ne le fait pas changer davantage.

Inquiet, Nicolas Corbin donne un demi-tour, puis un tour complet, puis deux, trois, quatre tours.

Et toujours le navire du docteur poursuit sa route dans la direction primitive.

Troublé, — on le serait à moins, — le brave garçon oublie du coup toute prudence et fait tourner la barre à toute volée.

Page 1