‹ L'aventure de Nicolas CorbinChapitre 16 sur 28 · EN FACE DE L'INCONNU · texte numérisé non relu

EN FACE DE L'INCONNU

Alors seulement il comprend et pâlit.

Soit que le gouvernail n'ait pas encore été adapté à l'appareil, soit que cette rencontre avec les hautes maisons de Chicago l'ait avarié, la roue est folle et ne fait rien manœuvrer.

D'un bond, Nicolas Corbin se précipite à l'arrière, puis à l'avant. "Il ne découvre pas trace de gouvernail.

L'avion du docteur Wigson marche, mais comme une bête folle, droit devant lui, au hasard, à l'aventure, et sans qu'il soit possible de lui imprimer la moindre direction.

Emporté par sa machine et par les courants aériens, il va, entraînant Nicolas Corbin, dans une course insensée, vers le mystère, vers l'inconnu.

: Cette découverte produit

sur le malheureux garçon un effet formidable.

En dépit de son énergie, il a un moment de désespoir, et durant quelques minutes il demeure appuyé à la balustrade de la plate-forme, anéanti, regardant autour de lui, sans voir.

Va-t-il donc se laisser emporter sans résistance ?

Non, cela n'est pas possible.

Puisque l'avion ne peut être dirigé, ramené à son point de départ, il faut qu'il descende, qu'il arrête sa course aveugle.

Oui, une fois à terre, on pourra peut-être, en le démontant avec soin, le ramener à Chicago, et, pour avoir été grand, le mal, du moins, ne sera pas irréparable.

Comme on le voit, Nicolas Corbin se désespère surtout à cause de son maître et ne songe toujours qu'à lui ramener l'appareil volant. }eux figures inconnues.

Déjà il s'avance vers le capot, lorsque, pâles, effarées, deux têtes se montrent à ras du pont, puis brusquement deux corps surgissent, suivis de quatre jambes, et, comme s'ils sortaient d'une boîte à surprise, les deux autres passagers involontaires de l'avion du docteur Wigson se trouvent debout sur le pont à quelques pas de Nicolas Corbin.

Ce dernier s'était reculé, surpris, en les voyant paraître.

C'est vrai, il ne pensait plus à ces deux drôles que le hasard lui a donnés pour compagnons; mais leur présence lui rappelle qu'ils ont été la cause principale de tout ce qui arrive, et cela le plonge aussitôt dans une fureur effroyable.

Il se met à les invectiver, à les menacer, les provoquant même.

Mais ces derniers ne font pas un mouvement dans sa dfirection.

Patiemment, longuement, ils le laissent aller; puis lorsque, à bout de souffle, congestionné, et les poings encore tendus, il cesse de crier :

« Pardon, Master Gorbin, prononce le plus grand des deux avec la plus exquise politesse, et en se découvrant devant lui, auriez-vous l'obligeance extrême de nous dire où nous sommes ? »

Cette question, et en un pareil moment, produit sur le domestique du docteur un tel effet que, sur l'instant, il demeure bouche bée et dans l'impossibilité absolue de trouver une parole. . -

Les deux hommes se regardent alors, et celui qui avait parlé, s'avançant d'un pas, reprend, toujours aussi correct :

« C'est vrai, vous ne nous connaissez pas, Master, et j'oubliais de nous présenter. »

Il dit, désigne son compagnon, puis :

« Le capitaine Harry Genfoc, de Philadelphie, fait-il, et votre serviteur, Gyrus Count, ingénieur, de Pittsburg. »

A TROIS DE JEU

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