‹ L'aventure de Nicolas CorbinChapitre 17 sur 28 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

A TROIS DE JEU

Cyrus Count et Harry Genfoc.

La stupéfaction et l'ahurissement de Nicolas Corbin sont indescriptibles.

Certes, s'il s'attendait à quelque chose de la part, des deux compagnons que lui a fournis le hasard, ce n'était pas à semblable question non plus qu'à cette singulière présentation.

Tout d'abord il ne répond pas. Mais voilà que, soudain, le souvenir lui revient.

Ces deux noms qui viennent d'être prononcés devant lui, il se rappelle les avoir entendus déjà.

Où?... 11 ne sait plus... 11 cherche, mais pas longtemps.

Ce sont les noms de deux visiteurs qu'il introduisit, il y a environ dix jours, près du docteur, aux heures fixées par les visites.

C'est lui-même qui a passé leurs cartes. Oui, oui, il se souvient très bien, à présent.

Sans hésiter, au risque de recevoir un mauvais coup, si sa

mémoire le trompe, il s'avance hardiment vers les deux hommes. La lune, à ce moment, brille dans son plein.

Ils sont tous les trois en pleine lumière et peuvent, en conséquence, se dévisager tout à l'aise. Pour sa part, Nicolas Corbin ne s'en fait pas faute.

11 a en face de lui deux individus solides, aux traits nullement désagréables et d'allure peu inquiétante.

L'un, le plus grand, Master Cyrus Count, a le front bandé d'un mouchoir qui porte des traces de sang, et pour cause. C'est lui qui, le premier, a été envoyé au milieu de la chambre, à son apparition en haut de l'échelle.

Le second, légèrement plus petit, et surtout très mince, boite quelque peu; c'est le capitaine Harry Genfoc.

Rapidement, le Français les examine, puis, certain ou presque de n'avoir pas affaire à des coquins, il se décide à les renseigner.

« Où vous êtes, messieurs, dit-il, mais avec moi, parbleu, et je dois déclarer

Ils s'approchent de la balustrade.

que nous nous trouvons tous les trois dans une drôle de situation. Quant à vous préciser l'endroit où nous sommes actuellement, j'avoue sur ce sujet n'en savoir pas plus que vous, n'ayant encore eu ni le temps ni le loisir de relever notre point. Pour le reste, un coup d'œil par-dessus cette balustrade vous en apprendra tout autant que j'en sais moi-même... Allons, approchez, messieurs, approchez, et... regardez. C'est assez pittoresque, et la vue n'en coûte rien. »

Cela est dit de verve, avec un accent faubourien et gamin sous lequel perce ) cependant comme un peu de dépit ou de colère.

D'un même mouvement, le capitaine et l'ingénieur obéissent à l'invitation de Nicolas Corbin.

Ainsi que ce dernier l'a fait quelques minutes plus tôt, ils s'approchent de la balustrade, se penchent, regardent et, brusquement, se rejettent en arrière avec un cri de stupeur.

L'ingénieur a pâli, alors que son compagnon sent le sang lui refluer au visage.

Un moment, les deux mains dans ses poches et le sourire légèrement gouailleur, le domestique du docteur Wigson s'amuse de leur étonnement. Puis, presque aussitôt :

« Bon, vous voilà renseignés, messieurs, s'écrie-t-il. Reste à savoir comment nous allons sortir de là. C'est à discuter, et nous sommes pour cela à trois de jeu : un capitaine, un ingénieur et un Parigot pas plus bête qu'un autre. C'est bien le diable si, ainsi réunis, nous ne trouvons pas quelque chose. Vous n'avez pas, je pense, l'intention de vous faire véhiculer de la sorte, à travers l'espace, jusqu'au jugement dernier. Alors, quoi? Que faire?

— Retourner, déclara Cyrus Count.

— Descendre, prononça Harry Genfoc.

— Et surtout, fait Nicolas Corbin, ne pas se casser le cou. Bon, voilà déjà deux propositions. Par malheur, la première est impraticable. Nous ne pouvons pas retourner, parce que nous ne pouvons pas gouverner. Ce navire n'a pas ou n'a plus de gouvernail. Reste la descente, et c'est, si vous le voulez bien, ce dont nous allons nous occuper^ et sans plus tarder. Mais, pour cela, je crois que nous serons mieux en bas. Je ne vois en effet, sur ce pont, rien qui puisse nous aider à cette manœuvre.

A TROIS DE JEU

— Descendons donc, » font ensemble les deux Américains. Et ils prennent les devants.

Inventaire.

A peine dans la chambre de l'avion, tous les trois jettent autour d'eux un regard rapide.

Le moteur va toujours de son allure régulière.

Un à un, ils inspectent tous les objets qui se trouvent dans la cabine. 11 y a là bon nombre d'appareils indispensables à tout navigateur aérien. Parmi ces instruments, l'ingénieur Gount remarque une aiguille aimantée destinée à indiquer la force magnétique dans les hautes régions, une boussole d'inclinaison et une de déclinaison, des baromètres, des thermomètres, un hygromètre.

Le baromètre, consulté par lui, indique quinze cents pieds d'altitude; il en fait part à ses compagnons et passe à d'autres recherches.

Trois leviers portent des indications spéciales en lettres rouges. Il les nomme rapidement et à haute voix :

Anchor, capstan, ballast^- Puis il passe.

Rien de tout cela ne peut servir pour le moment.

Deux autres leviers ne portent pas d'indication précise et sont simplement marqués, sur les poignées, d'un trait blanc. A quoi peuvent-ils servir? En les manœuvrant, ne va-t-on pas produire une catastrophe? N'importe, résolument l'ingénieur met la main sur le premier. Mais Nicolas Corbin l'arrête.

« Pardon, cher monsieur, fait-il, mais avant d'aller à l'aventure et de risquer le tout pour le tout, cherchons encore, voulez-vous?

— Soit, répondent les deux autres, \\ cherchons. » \

Et^ à nouveau, chacun de son côté, ils se mettent à fureter.

Le Français, pour sa part, découvre, vers l'avant et tout près du moteur, une petite porte qu'il n'avait pas encore remarquée. Il l'ouvre sans difficulté et se trouve dans un étroit réduit qui devait être destiné, sans nul doute, à servir de timonerie, car

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