UNE NUIT DANS L'ESPACE
croyez bien que je m'en excuse de grand cœur; mais les cambrioleurs qui ont pénétré par la fenêtre du salon n'en existaient pas moins, et le docteur, mon maître...
— A dû les recevoir à coups de revolver, dit Cyrus Count.
— Gomment! c'est lui...?
— Qui les accueillait de la sorte, alors qu'ils se précipitaient sans nul doute sur vos pas, je le pense. Les cambrioleurs ne se seraient pas amusés à faire feu sur vous, au risque de donner l'éveil. »
Nicolas Corbin pousse alors un soupir.
« C'est vrai, dit -il. Ah! tant mieux.
Si c'est ainsi, et cela doit être, en effet, me voilà plus rassuré sur le compte de mon maître, et si seulement je pouvais lui ramener... »
Les deux autres le comprennent.
« Comptez sur nous pour cela, fontils ensemble. Le moment venu, nous ferons l'impossible pour sauver l'appareil en même temps que notre vie. »
Et, dans une vigoureuse poignée de main, tous les trois affirment cette décision.
Puis, le capitaine conseille de prendre quelques moments de repos, dans l'attente de l'imprévu. Il faut que, le moment critique venu, ils soient tous les trois solides et dispos.
Cyrus Count s'offre à veiller les deux premières heures, car il importe, en effet, de ne pas quitter de l'œil le moteur, en cas d'arrêt brusque. A tour de rôle, le capitaine et Corbin viendront le remplacer.
Des couvertures sont empilées dans un coin de la cabine; le domestique du docteur et Harry Genfoc s'en emparent, puis, de compagnie, laissant l'ingénieur seul dans la cabine, ils montent s'installer sur le pont, où Nicolas Corbin prend soin d'établir la tente pour préserver leurs yeux des rayons de la lune.
Quelques minutes plus tard, la fatigue et les émotions aidant, ils s'endorment d'un sommeil profond chez le capitaine, mais quelque peu agité chez le Français, qui ne cesse, même en songe, de penser à son maître.