CHAPITRE X
A TRAVERS l'eSPACE
Inquiétantes constatations.
Le reste de la nuit se passe sans incident et ainsi qu'il a été convenu.
Le moteur mystérieux du docteur Wigson continue à marcher aussi régulièrement. Les grandes ailes sombres frappent l'air à coups larges et majestueux. A l'arrière, l'hélice souffle en un ronronnement perpétuel.
Le jour est venu, mais au-dessous de leur navire aérien les voyageurs ne distinguent rien qu'une mer de nuages.
La hauteur se maintient entre quinze à seize cents pieds, et la direction suivie est toujours, assure Cyrus Count, est-nord-est.
Quant à la vitesse, il lui est assez difficile de l'estimer, même d'une façon approximative, l'avion, en plus de sa machine, devant être poussé par un courant aérien dont l'ingénieur ignore la force et la rapidité.
Il y a bien, dans la cabine, un anémographe destiné à marquer la direction des vents et leur vitesse, mais il a dû recevoir quelque choc au départ, et maintenant il ne fonctionne plus, ce qui est excessivement fâcheux.
En mettant la marche à quinze ou seize milles^ à l'heure, Cyrus Count ne croit pas se tromper de beaucoup.
En se fondant sur ce chiffre et en calculant d'après l'heure du départ, qu'il fixe à dix heures du soir, Nicolas Corbin constate alors, puisque sa montre porte en ce moment six heures du matin, que le chemin parcouru doit être déjà de cent vingt-cinq à cent vingt-huit milles, soit près de deux cent trentesept à deux cent trente-huit kilomètres.
Partis de Chicago et se dirigeant toujours vers l'est-nord-est, le capitaine croit pouvoir affirmer qu'ils doivent se trouver actuellement dans les envi- - rons du lac Erié et qu'ils passeront peut-être avant longtemps au-dessus du Niagara.
A cet instant, Nicolas Corbin s'étire et dit, presque machinalement : « Sapristi, que j'ai faim! »
C'est en effet une chose à laquelle ils n'ont pas encore songé; pourtant elle a son importance.
La phrase prononcée par le domestique du docteur fait brusquement passer sur leurs traits comme une inquiétude rapide.
Ils se régardent tous les trois, et Nicolas Corbin, résumant la pensée générale, murmure :
(c II faut voir. »