‹ L'aventure de Nicolas CorbinChapitre 23 sur 28 · A TRAVERS L'ESPACE · texte numérisé non relu

A TRAVERS L'ESPACE

Ils sont en ce moment sur la plate-forme et s'empressent de regagner la cabine.

Tout ce qui s'y trouve est soulevé, inspecté, manié avec soin, mais inutilement, il faut bien le constater, et avec quel effroi!

Ainsi, non seulement l'appareil du docteur ne devait pas être muni de son gouvernail au moment du départ, mais encore ni eau ni vivres n'ont été portés à bord.

Cette découverte complique étrangement la situation des trois voyageurs involontaires. Si la marche en avant se continue quelques jours encore, si le moteur ne stoppe pas de lui-même avant vingt- quatre heures, que vont-ils devenir?

Cette question se présente à leur esprit, inquiétante et troublante.

Le premier instant de stupeur passé, sans même se donner le mot, ils se remettent à fouiller partout avec énergie, avec rage.

Nicolas Corbin soulève les nattes qui recouvrent le plancher de la cabine, dans l'espérance de trouver quelque trappe indiquant l'entrée d'un petit magasin à provisions; mais il ne découvre absolument rien.

Sur le pont, mêmes recherches inutiles.

Les parois de la cabine sont sondées, mais toujours en vain.

Au bout d'une heure, il leur faut enfin se rendre à l'effroyable évidence.

« N'importe! s'écrie alors Nicolas Corbin, ne désespérons pas encore. Cette machine étrange ne fonctionnera pas éternellement. Ce fameux air liquide, qui l'alimente, ne durera pas tout le temps. Soyons forts. »

11 dit cela pour redonner du courage à ses compagnons, pour se remonter lui-même, mais au fond son inquiétude est terrible.

Cyrus Count et Harry Genfoc ne disent rien, mais n'en pensent certainement pas moins.

En se fouillant, le Parisien retrouve dans sa poche une demi-tablette de chocolat.

Voilà donc tout ce qu'ils ont pour se nourrir et patienter durant des heures ou des jours.

Divisé en trois, ce débris a d'ailleurs tôt fait de disparaître.

Si peu que cela soit, c'est suffisant pour que les tiraillements, faibles encore, de leurs estomacs puissent se calmer.

Vers midi, et pour tromper leur faim qui se fait à nouveau sentir, les deux Américains se mettent à griller cigarette sur cigarette.

Le Français, qui ne fume pas, serre simplement la boucle de sa ceinture. Après la faim, la soif.

Mais au fur et à mesure que le soleil monte au zénith, la chaleur, qui jusque-là ne s'était pas trop fait sentir, devient de plus en plus forte.

Cela aggrave la situation, car à la faim va s'ajouter la soif, plus pénible et plus accablante.

Allongés sur les couvertures étendues sur le pont, à l'ombre de la tente

complètement établie, Cyrus Count et Nicolas Corbin tentent de dormir pour tromper leurs soufFrances.

En bas, dans la cabine, où règne une chaleur lourde, en dépit des hublots grands ouverts, le capitaine Genfoc, alFalé dans un fauteuil, somnole à demi, tout en surveillant le moteur.

L'appareil navigue toujours au-dessus des nuages. Peut-être pleut-il sur les villes et sur le pays qu'ils ne peuvent voir. Vers trois heures de la journée, Corbin, qui ne peut dormir, se lève pour aller relever le capitaine et prendre sa place.

L'excellent garçon sent que la fièvre le brûle, que ses lèvres se tuméfient,

mais il n'en fait rien paraître et prend, sans un mot, son poste dans la cabine.

Sur le pont, où le rejoint Harry Genfoc, Cyrus Count, les yeux clos, ne fait pas un mouvement et ne paraît même pas remarquer la venue de son compagnon.

Le capitaine, lui, ne s'étend pas sur la couverture laissée libre parle Français.

11 va s'asseoir sur un pliant qu'il a monté de la cabine, contre la balustrade et tout à l'avant, comme pour chercher un peu de fraîcheur.

Mais l'air qui le frappe au visage est chaud, lourd, et ne soulage guère.

Et le soleil continue à les ^^ilïIBlI couvrir de ses rayons de feu.

Positivementune soif eflFroya-

Le Français serre simplement la boucle de sa ceinture, Jg^j^. j^^^^ig ^^^.^^^ j^^j,

dessèche les lèvres.

Il leur semble que les heures ne passent jamais. Sur le pont, les deux Américains ne font plus un mouvement. Dans la chambre, Nicolas Corbin regarde se mouvoir les pistons du moteur, pendant qu'entre ses lèvres passent, indistincts, des grognements sourds. A un moment, il sort sa montre et regarde l'heure. « Trois heures vingt-cinq, » fait-il.

Dans une demi-heure environ, ce sera au tour de l'ingénieur de prendre sa faction.

Comme le temps est long à couler !

Il se rencogne dans son fauteuil et attend.

Il lui semble qu'il y a une éternité qu'il est là, dans ce four.

Il se lève, se met à marcher de long en large, et soudain, comme il passe près de l'ouverture conduisant au pont, il s'arrête.

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