A TRAVERS L'ESPACE
C'est qu'un mot, mot étrange et magique en un pareil moment, vient d'arriver jusqu'à ses oreilles.
« De l'eau ! »
Non, il a mal entendu sans doute.
Pourtant il ne reprend pas sa marche; le regard fixé vers le capot ouvert audessus de lui, il attend.
Il attend, et durant une minute qui lui paraît un siècle, il ne perçoit rien. A-t-il donc été le jouet d'une hallucination de l'ouïe? Non!
A nouveau la voix se fait entendre.
Il la reconnaît.
C'est celle du capitaine.
« De l'eau! crie-t-il. De l'eau! Cyrus! Master Corbin ! Vite ! vite ! venez voir de l'eau! »
D'un bond, oubliant sa faction près du moteur en marche, le Français se hisse le long de l'échelle et s'élance sur le pont.
Penchés sur la balustrade, les deux Américains regardent au dehors.
Rapidement il les rejoint.
« De l'eau? Où cela, de l'eau? » gronde-t-il.
Alors, d'un geste circulaire, le capitaine montre l'étendue immense au-dessous d'eux.
« Là! » fait-il.
Et Nicolas Corbin, se penchant, constate avec une effroyable stupeur que les nuages se sont dissipés et que, sous leurs piedç et aussi loin que porte sa vue, s'étend, non plus la terre américaine, mais une étendue liquide incommensurable.
« La mer! clame-t-il. L'Océan! ^
— De l'eau! gronde alors le capitaine avec un mouvement de colère; nous en demandions; en voilà! »
Ils sont au-dessus de l'Océan.