‹ L'aventure de Nicolas CorbinChapitre 25 sur 28 · HEURES TRAGIQUES · texte numérisé non relu

HEURES TRAGIQUES

Au-dessm de l'Atlantique.

Avec quelle effroyable vitesse a donc marché l'aviateur clu docteur Wigson, pour qu'ils se trouvent déjà au-dessus de l'Océan?

Il y a à peine dix-huit heures qu'ils sont en route ; or, pour franchir les seize cents kilomètres qui séparent Chicago de New- York, les trains ne mettent pas moins de vingt heures, en allant à quatre-vingts kilomètres à l'heure. Pour qu'ils soient au-dessus des flots en ce moment, il faut donc supposer qu'ils ont au moins marché à cent ou cent dix à l'heure, c'est-à-dire à une vitesse supérieure à celle des rapides.

D'ailleurs, quelle que soit la cause qui les a conduits jusqûe-là, ils n'ont pas de raison de s'en préoccuper outre mesure. Ce qui les intéresse et les trouble davantage, c'est le fait brutal qui se présente à eux et qui est effroyable.

Ils sont au-dessus de l'Océan, emportés ils ne savent où, et ils sont sans eau, ils sont sans vivres.

Et ils ne savent et ne peuvent juger combien de temps va durer cette course.

Descendre en ce moment leur serait impossible, même s'ils le pouvaient.

Mieux, si la machine s'arrêtait en cet instant, ce serait la mort certaine dans les flots.

Il est vrai que si cette marche vers l'inconnu se poursuit deux jours encore, ils n'en succomberont pas moins dans les affres effroyables de la faim et de la soif, qui déjà leur torture là poitrine et leur dessèche les lèvres.

Un seul moyen de salut leur reste. C'est d'apercevoir un navire et, risquant le tout pour le tout, de se laisser descendre en arrêtant la machine.

Dans ces conditions, ils ont deux chances de se sauver contre quatre-vingtdix-huit de périr, car, en admettant que l'explosion du moteur ne se produise pas, il est probable qu'ils n'échapperont pas à la chute qu'ils feront d'une hauteur de douze à quinze cents pieds.

N'importe, ils n'ont pas le choix. Mourir de faim et de soif ou mourir autrement, peu leur importe, mais ils ne peuvent rester dans cette alternative effrayante.

Armé d'une lorgnette marine qu'il a trouvée dans la cabine, Nicolas Corbin observe l'horizon.

Mais il ne voit rien. Pas une voile, pas une fumée en vue.

C'est égal, ils ne doivent pas désespérer. L'Atlantique est fréquenté de bien des navires. En dépit de la rapidité avec laquelle ils avancent, ils ne peuvent se trouver encore hors de la zone que parcourent de nombreux bâtiments.

Ils conviennent alors de surveiller à la fois la mer et la machine.

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