Salut, Colombie
MAITRE ET SERVITEUR
Autant de questions que Nicolas Gorbin ne se posa même pas.
Ce brave garçon était un philosophe qui ne connaissait et ne voulait connaître que son service.
II. savait que ce service commençait à six heures du matin pour se teniiiner à neuf heures du soir, et n'en demandait pas plus.
Certaines parties de la maison lui étaient interdites, entre autres l'aile droite du jardin; mais il ne s'en inquiétait en aucune façon.
L'aile droite du. jardin lui était défendue. C'était au mieux, et il s'en souciait comme d'une guigne. L'aile gauche, vaste, ombreuse, lui restait et lui suffisait largement.
Dans de telles conditions, le maître et le serviteur ne pouvaient manquer de s'entendre à merveille.
Nicolas Coï-bin avait, d'ailleurs, lui aussi, ses petites habitudes.
Son service terminé, par exemple, il enlevait son tablier, et, correct, il passait dans la bibliothèque, où, tranquillement installé, il se plongeait dans la lecture des immenses journaux américains, qui, chacun le sait, comportent au moins douze pages de texte, sept colonnes par page, deux cent vingt lignes par colonne et quarante lettres par ligne.
Que faisait le docteur pendant ce temps ?
C'est ce que Nicolas Corbin n'eût certainement jamais su, si les circonstances ne le lui eussent révélé.
Et cette vie calme, posée, cette existence régulière se fût certainement prolongée longtemps encore si maître Nicolas Corbin eût continué à observer toujours aussi scrupuleusement la même ligne de conduite.
Les événements, il est vrai, poussent quelquefois les hommes hors du chemin qu'ils se sont tracé; ils sont comme le caillou énorme qui, posé en travers de l'ornière, fait dévier la charrette.
Le caillou qui allait faire dévier Nicolas Corbin dégringola dans le sentier de son existence en cette nuit fameuse du 14 mai 1903, et ce, dans des conditions toutes particulières que nous allons faire connaître.
Il se plongeait dans la lecture des journaux américains.