POURQUOI LA FENÊTRE ETAIT OUVERTE
Une sieste interrompue.
Pour ce faire, et sans plus nous attarder, nous nous reporterons directement à cette nuit étrange.
Il est alors neuf heures du soir environ, et, dans ce quartier tranquille de Kenv^ood, tout est calme.
Depuis une demi-heure le docteur Wigson a quitté la salle à manger pour vaquer à ses occupations secrètes.
Suivant son habitude, maître Gorbin, son service fini, s'est installé dans la bibliothèque et s'est consciencieusement plongé dans la lecture de VHerald.
Bien que l'on soit seulement dans la première quinzaine de mai, le temps est lourd, et, pour se donner un peu d'air, le domestique du docteur Wigson a trouvé bon d'ouvrir, derrière lui, la fenêtre donnant sur le jardin.
Nous disons la fenêtre sur le jardin, et non pas celle du rez-de-chaussée donnant sur la rue et trouvée ouverte le lendemain matin.
Ce détail, que nous soulignons, a, en effet, son importance.
Nicolas a donc ouvert la fenêtre sur le jardin, celle de la rue restant, au contraire, hermétiquement close. Cette dernière fenêtre, d'ailleurs, n'est pas située dans la bibliothèque, mais bien dans le salon attenant à cette pièce.
De la place qu'il occupe, Nicolas Corbin, par la porte grande ouverte, la voit parfaitement, mais ne s'en occupe guère.
Qu'a-t-il, en eflPet, besoin de s'occuper d'une fenêtre ?
Hélas ! Il est des événements que nul ne peut prévoir.
Donc, Nicolas Corbin est fort absorbé par sa lecture lorsqu'il se sent doucement envahi par une torpeur qui, peu à peu, lui ferme les yeux.
Machinalement il tourne alors le commutateur de la lampe qlectrique et s'endort d'un sommeil de juste, car cela est encore chez lui une habitude à laquelle il se livre quotidiennement et sans contrainte.
Ce soir-là, cependant, cette sieste est interrompue plus tôt que de coutume.
Un bruit sec, métallique, lui fait brusquement rouvrir les paupières.
Il est, dans l'existence, des spectacles parfois inattendus et stupéfiants.
C'est le cas pour celui qui s'offre à ses yeux, et, durant trente bonnes secondes, il demeure sur son fauteuil, sans respirer, dans un état de stupéfaction tel que, bien certainement, il lui serait impossible de souffler mot.
Par la porte de la bibliothèque s'ouvrant devant lui sur le salon voisin, il aperçoit deux hommes qui, posément, lentement, sans bruit, vont et viennent à travers la pièce.