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POURQUOI LA FENÊTRE ÉTAIT OUVERTE

De ces deux hommes, aucun n'est le docteur.

Ils sont grands tous les deux, forts, taillés en Hercules, alors que le savant est petit et mince.

Comme ils se dirigent vers un coin du salon, se mettant ainsi hors du champ visuel de Nicolas Corbin, ce dernier constate alors que la fenêtre lui faisant face, la fameuse fenêtre désignée le lendemain par les policiers comme ayant servi à l'assassin pour fuir, est large ouverte.

Les deux inconnus, il ne faut pas être grand savant pour le deviner, ont dû entrer par là.

A ce moment, et comme pour enlever au domestique de Sir Wigson le loisir de réfléchir trop longuement sur ce point, les deux hommes reviennent sur leurs pas et, se retrouvant dans l'encadrement de la porte, jettent dans la bibliothèque un regard curieux, ■.es cambrioleurs.

Si Nicolas Corbin eût été poltron, l'émotion qui se serait alors emparée de lui lui eût peut-être fait commettre une faute qui eût décelé sa présence.

Mais il se trouve que notre homme est brave.

11 ne bronche pas.

Toutefois, comme les mvstérieux visiteurs projettent dans la pièce où il se trouve le rayon vif d'une lanterne sourde, il croit bon de ne pas se laisser voir encore, et, profitant du moment où le rond lumineux erre lentement sur les meubles, à sa gauche, il se lève sans bruit, perdu dans l'ombre épaisse de la salle, et, voltant légèrement sur sa droite, le glissement de ses pieds étouffé par la laine des tapis, il se

trouve tout à coup accroupi et abrité des regards indiscrets par le haut dossier du fauteuil qu'il occupait trois secondes plus tôt. Il est temps d'ailleurs.

Brusquement le rayon arrive sur un meuble, s'y arrête un instant, monte vers le plafond en frôlant les tableaux et les livres, puis soudain s'éteint.

Les deux inconnus visitent à nouveau le salon. Avec une promptitude digne; de grands capitaines, Nicolas Corbin se prend alors à réfléchir. .

Il se trouve à califourchon sur la barre d'appui.

Que doit-il faire ?

Les deux hommes qui se trouvent dans le salon n'ont pas eu besoin de lui montrer leur carte pour lui faire connaître leur profession.

Les fdous et les cambrioleurs sont de tous les pays, et le nouveau monde, sous ce rapport, n'a rien à envier, au contraire, à l'ancien.

Du premier coup, et bien qu'il se sache d'une certaine force aux exercices corporels, Nicolas Gorbin comprend que s'attaquer à ces deux drôles taillés en force, serait une imprudence impardonnable de sa part, d'autant que ces coquins peuvent fort bien être armés.

Il lui faut donc agir de ruse et, tout d'abord, avertir le docteur.

Pourquoi pense-t-il à ce moment au savant et ne se décide-t-il pas à agir seul ? C'est ce que nous ne saurons jamais.

Cela lui vient à l'esprit, brusquement, comme la chose la plus naturelle du monde, et cependant le docteur a bien recommandé qu'en dehors des deux heures fixées par lui, dans la journée, en cas de visites bien improbables, on ne le dérangeât pas, et ce sous quelque motif que ce fût.

Il est dans la vie des moments où certaines recommandations vous échappent. Nicolas Corbin est dans l'un de ces moments-là, et cet oubli de sa part doit être la cause des pires catastrophes.

Tout à son idée d'avertir le docteur, il se demande tout d'abord où il pourra le trouver, et, pour la première fois depuis qu'il est à son service, il regrette sincèrement de n'être pas mieux renseigné sous ce rapport.

Il s'en désole même, lorsque, fugitive, rapide, la pensée de l'aile droite du jardin traverse son cerveau.

Oui, bien certainement le savant doit être là, et l'y joindre est chose facile.

Rampant sur le tapis, il se met en devoir de se glisser jusqu'à la fenêtre laissée ouverte par lui et donnant sur le jardin.

Un Indien courbé sur la piste de guerre n'agirait pas avec plus de lenteur et de précautions. Une mouche ferait plus de bruit que lui.

Il met deux minutes au moins pour franchir deux mètres.

Parvenu près de la baie, il se redresse lentement, doucement, et, sans que rien ait pu déceler sa présence, il se trouve tout à coup à califourchon sur la barres d'appui.

A ce moment précis, la lune, se dégageant d'un amas de nuages, inonde l'homme et la fenêtre de sa clarté pâle. L'aile droite du jardin.

Cette apparition inattendue de l'astre des nuits produit sur Nicolas Corbin l'effet d'une pile électrique.

Sans prendre plus de précautions, il saute dans le jardin.

Derrière lui il y a un double cri, et, fort distinctement, les paroles suivantes arrivent à ses oreilles :

« C'est lui !

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