‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 113 sur 232 · CÉCILE, ARMAND · texte numérisé non relu

CÉCILE, ARMAND

Ils se saluent. Armand la regarde avec beaucoup d'attention.

CECILE

Ne trouvez-vous pas, Monsieur, notre sil nation assez singulière ! nous ne nous sommes jamais vus , et nous voici.... ( avec embarras ) en tète-à-tête ?

ARMAND

C'est le meilleur moyen de faire une prompte connaissancr; et, pour ma part , je vous assure , Madeuioiselle , que je suis disposé à autant de confiance que si je vous connaissais déjà depuis dix ans.

CKGILE.

Je serai bientôt votre tante, et ce titre permet....

ARMAND, léiièrcment.

Non , non , ce n'est point à ce titre.

CECILE

C'est bien dommage que Cécile ne soit pas avec nous ; convenez que vous la regretter ?

ARMAND, tendrement.

Moi, pas du tout! Soyez franche , je parie qu'elle n'est ni aussi jolie , ni aussi aimable que sa tante.

CÉCILE , minaudant.

Monsieur , je ne sius point aeco-itiunée à entendre de semblables discours.

ARMiND.

On ne vous dit point que vni èles aimable ? nvcc quelles gens vivez-vous donc ?

CECILE

Encore?... Pirlous de m. uace ! tous ignorez peut-être une parliculaïué ircs rcm.irquahle ?

ARMAlSTi.

Quoi donc ?

CECILE

C'est quVIIc et moi , nous lums ressemblons e'tonnammcnt.

ARMAND

C'est singulier !

CECIIE.

Au point que , maigre l,i différence d'âges , on nous prend l'une pour l'autre : mais pour le caractère , nous sommes loin de nous resseiubKr. Maigre mes sermons éternels.... Cécile ne rêve qu'à la parure et aux iijoycns de plaire.

ARMAND , à part.

On me l'avait bien dit.

ce'cile.

Son plus grand plaisir est de désoler les pauvres ieunes gens qui lui rendent des soins; si elle vous voyait.... oh ! malheur à vous.... elle aurait bientôt tiouvé quelque moyen de s'amuser à vos dépens.

ARMAND , d'un air de confiance.

Oh ! j'ai quelqu'expcrience I et l'on ne me trompe pas aussi facilemciit que et s jeunes étourdis... je rae serais aperçu de ses projets, et alors...

CÉCILE

Cela n'est pas sûr , elle a tant de flexibilité dans l'esprit , que, même en trompant , elle conserve l'accent de la vérité !

ARMAND

D'après ce que vous me dites , et d'après ce que je savais déjà, je vois qu'elle Cït bim loin de...

CÉCILE , vivement.

Ce que vous saviez ?... Comment , Monsieur, vous venez pour épouser Cécile, et vous..

ARMAND , à demi-voix.

L'épousrr! mon Dieu , non !... je venais au contraire pour engager Dorval à rompre l'hymen qu'il projetait ; j'étais décidé d'avance à ne pas le contracter ; aussi jugez de miui bonheur , de rencontrer, à la place de Cécile, une bonne tante, bien franche,

«■nnemie de toutes les roses... qui ne veut pas que l'on me 'rompe... et qui m'aidera dans mon projet... ïcncz, entre nous, je suis ravi que l'iiulispositidn de Cecde l'ait empêchée de me recevoir... elle nous aurait gcucs, nous n'aurions pas pu nous expliquer à cœur ouvert.

Je nn reviens pas de raa sur[)risc ! comment , quand je vous parlais des travers de rua nièce...?

jiRMAND.

Bon ! j'en savais encore plus I

CÉCILE

Encore pins ?

ARMAND

Vous ne m'avez pas tout dit ; ou m'a parle' d'un petit cousin, qui, dit-on, n'est pas mal reçu.

CÉCILE, vivement.

Oh! pour cela, on vous a trompe; Cécile peut s'amuser, rire aux dépens de quelques fous , mais jamais...

ARMAND

Tant mieux s'il n'en est rien; m-iis je ne l'épouserai point, et je compte sur vos bons offices pour rompre...

CÉCILE , piquée.

Cela ne sera pas difficile, Monsieur; Ce'cile se porte aussi bien que moi, et n'a prc(exté une indisposition que pour se dispenser de vous voir.

ARMAND

Voilà qui se rencontre parfaitement j mais d'où peut venir cet éloisnement ?

CÉCILE

Elle n'a pas entendu dire be.nicoup de bien de vous ; on Jui a lapporlé que vous étiez léger, dissipateur, ridicule dans vos systèmes, censeur très ri;j;:de de !a conduite des autres, et cepcudai S peu sévère pour vous-même.

AtlMAND.

Ah I .'\Iadame , c'est une calomnie I il m'importe inGnimcut [ue vous, surlout, ^ovcz désabusée.

CÉCILE

Eh! Monsieur, que vous fait mon opinion... puisque vous n'épou^cz p;is rua nièce ?

ARMAND , ai'ec feu.

Je serais désespéré si vous ajoutiez foi à ces inJigues uien-

songes! Si vous saviez combien je vous mets au-dessus de toutes les autres femmes...

CECILE

Que voulez-vous dire ?

ARMAND, ai^ec amour.

Il ne m'a fallu qu'un instdut pour vous appre'cicr pour distinguer eu vous ce ton modeste , cette grâce séduisante...

CÉCILE

Gomment , Monsieur...

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