‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 127 sur 232 · PREMIER CURIEUX · texte numérisé non relu

PREMIER CURIEUX

Et moi aussi. {Peu-à-peu les Curieux t'éîoignent et disparaissent. )

TRICOT

C'est vrai, ils sont là un tas de curieux... qui cherchent à tromper les faclionnaires et à gagner les invalides... il faut donc que ces gens- là n'aient rien à faire?

viEUBRiQUET , l'arrêtant.

Eh bien... Monsieur , où allez vous donc ?

TRICOT

Je vais voir si cela avance et où ils en sont.

VIEUBRIQUET, ôtant son chapeau.

Monsieur est actionnaire ?

Du tout , simple amateur ; j'exerce ici une surveillance active et gratuite... Mais on se lasae de tout, même d'être sur ses jambes, el grâce à la demande que je viens de faire...

VIEUBRIQUET.

Vous avez demandé une place ?

TRICOT

Trois!

VIEUBRIQUET.

Trois places à-la-fois !

TRICOT

C'est plus sûr... parce que , voyez-vous, par le temps qui court , les places, ça n'est pas comme les iièvres... on peut...

( Il prend du tabac. )

VIEUBRIQUET.

Perinellcz, Monsieur, je remets bien votre figure mainteliatil, il n'y a que votre nom qui ne me revient pas.

TRICOT

Tricot, l'ancien marcliaiul bonnetier du carré Saint-Denis, fabncanl de bas, au mollet d'Hercule... el fournisseur en cheFdc plusieurs tliéâues... Xei que vous me voyez, l'Opéra me doit beaucoup

VIEUEEIQUET.

Vous n'avez pas été soldé ?

Si fait, mais ils ont eu là cimj ou six danseurs qui ne seraient rien san^moi... je les ai formés... c'cbl le mol.

Air : fai vu partout dans mes voyages.

Oui , des erreur» de la nature 3^élais l'adroit tcparaleiir.

Mainl Zéphyr de faible structure Me dut son embonpoint flatteur.

JU nVn étaient que plus ingambes j El le >rai connaisseur en6n Savait bien distinguer les jambes Qui sortaient de mou ma^asio.

Je viens rendre le même service au Gymnase.

VIIiUBRIQUET.

• El vous croyez que vous obtiendrez...

TRICOT

Est-ce qu'il est possible que l'Administration me refuse ^ ajreo les services que je lui ai rendus ;

Air : Parcs est comme autrefois.

Par amour pour le théâtre J'étais toujours là, morbleu!

Et je m'exi)osais au plâtre, Comme vous jadis au feu !

Dès si» heures moins un quart J'étais sur le bou!ev,ird.

On sait tout ce que je vaux.

Pour activer les travaux.

Je ne parle pas du reste ; Mais , pendant des jours entier», Et de la voix et du geste J^animais les ouvriers.

Quede pii;rres , de moellonf , M'ont roulé sur les talons!

Combien j'.ii reçu, grands dieux î De poussière d.iiis les jeux !

J'ai mesuré l'architrave,

Et , «ans voir le soupirai,

Je suis tombé dans la cave

En regardant le portail.

La pose du chapiteau

M'a fait perdre mon chapeau.

La sculpture du fronton

Me coûte un habit marronj

La ruaiioeuvre de la grue

M'a deux fois presqu'assoininé !

^!t vous jugez , dans la rue ,

Si je me suis eorhiirué...

Enfin le jour fortuné ,

Où de peuple enviionné,

Je vois le toit terminé,

Et mon travail couronné,

Ma montre, hélas ! m'est ravie!

(Une montre de Bréguet ! )

Au rrioment où je m'écrie:

Enfin voilà le bouiiuet!

Vous semez bien qu'avec des litres pareils, si on ne faisait pas droit à ma deinaiide, je leur inteulerais un procès en dommages et iiiléréls.

VIEUBRIQUET.

Ah ca , sans être trop curieux quelles sont donc les deux autres places que vous attendez. ?

TRICOT

D'abord celle de soufileur en chef et celle de directeurgénéral des combats à outrance.

VIEUBRIQUET.

Directeur-général des combats!..

TRICOT

Oui... à un Théâtre de boulevard, c'est la place la plu? importante. Mais, vous autres, mon cher, vous ne vous douiez pas de ce que c'est que des combals.

VIEUBRIQUET.

Mille canons... je ne m'en doute pas, et celte blessure-làl

TRICOT

C'est justement ce qui prouve que vous n'y entendez, rien. La première règle est de se battre sans se faire de mal

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