‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 138 sur 232 · M. TRICOT, UN ANGLAIS · texte numérisé non relu

M. TRICOT, UN ANGLAIS

L'ANGLAIS

Oh ! Monsieur n'est-il pas ici, le Théâtre français ?

TRICOT

Oh ! non, Monsieur, nous en sommes bien loin. ]

L'ANGLAIS

Tant mieux, je suis très-content.

TRICOT

Et pourquoi donc. Monsieur?

L'ANGLAIS

Pourquoi?... Cet diable de Molière il m'ennuie beaucoup— et je vois aujourd'hui sur toutes les... toutes les... Cornaient appelez-vous ces papiers attachés contre les murs?

TRICOT

A.h !... les affiches.

L'ANGLAIS

Oui.... je voulais dite que je vois son nom sur toutes les affiches, en grosses lettres.

Ce n'est pas étonnant.

Âia. de ta Sentinetle, Avec raison ils fêtent l'Lctireux jour Qui de Molière a marqué ia naissance ; De ses bienl'ails , c'e*t uo jusle retour. Ne blâmez point notre reconnaissance.

S'illiislrant dans tous les tra\aux , De tous les arts , la patrie est la mère La France, en ses jours les i>lus beaux > A fait naître mille liéros , Eta'aYu naître qu'un Moiiwre.,

L'AjNGLAIS.

Goddam... C'est encore beaucoup trop.

TRICOT

Pent-on savoir d'où vient la prévention que vous av©« contre lui?

L'ANGLAIS

Oh !... je ne puis le souDrir.

TRICOT

l^Iais pour quelle raison ?

L'ANGLAIS

Par la raison que je ne [)uis pas le souffrir.

TRICOT

Peut-être Monsieur ne le ronnaît-il pas?

L'ANGLAIS 7-i«nf.

Oh ! je le connais parfaileniesit bien, je vous jure; j« l'ai joué très-souvent dans ma maison de caimpagne , où milady donnait des spectacles magnifiques et très-chers. TRICOT C'était vous qui payiez?

L'ANGLAIS. Yes.... On donnait les comédies à mes dépers : je me rappelle que c'était un membre du parlement qui «vait joué le Tartuffe, et milady, mon femme, faisait un rôle dans le Georges battu, et puis content. TRICOT.

Ah ! Georges Dandin.

L'ANGLAIS

Yes C'était moi qui faisais le Dandin — La piècv

elle était fort à la mode, et ils avaient ri beaucoup dt moi.

TRICOT

Puisque vous devez un pareil succès à Molière, je n« conçois pas pourquoi vous ne pouvez le souffrir. L'AKGLAIS.

Ce était pour des considérations personnelles; car je suis comme tous les Anglais, grand admirateur de Molière. Cet diable d'homme il m'a ruiné.

TRICOT

Pas possible !

L'ANGLAIS

C'est très-possible.... J'avais un oncle «omplétement

riche, et très-avare; espéraiice bien confortable peur les hcrilicrs ! ci» bien !... pour avoir vu le Harpagon, il était devenu un petit dissipateur, et il ne se laissait nuuiquer (If; rien : il buvait, il mangeait tous les jours : c'est un« chose bien toriible [)Our moi.

TRICOT

Je conçois maintenant votre colère contre Molière. L'ANGLAIS.

Ce était rien encore.... Je .ivais un autre oncle trèsviel, (|ui avait vingt milles livres sterling tle revenu , et qui était attaqué du spleen.... du moins.... lu iamille.... il Tespérait

Aie : Du Partage dé la Richesse.

Triste et cli.igrin dans sa sombre enveloppe.

Il méditait un l'unesle dessein ;

Qtiiiiid par liasard il mit le Misantrope, ,

Voilà , Monsieur , qu'il hésite soudain.

Le Poiirceautjnac, avec l'apotliicairc ,

L'a pres4iic rendu guilleret ,

Et le Malade imaginaire ,

Il l'avait guéri tout-à-Tait.

Il faisait plus que rire... Il parlait toujours de Thomas Diafoirus; et quand je lui demandais de l'argent, il me disait: Ctisterium donave , ciisuila purgarc... Il y â de quoi se pendre.

TRICOT

Sans doute, c'e^t une horreur.. .. Un auteur qui guérit du spleen. . . chez vous c'est sans exemple. L'ANGLAIS.

Je croyais l)ien. . . Nous avons lord Bijron qui serait •apable pour le donner lui seul à toute l'Angleterre; mais ee n'est pas tout encore. . Je avais une tante. . . TRICOT.

Ah! mon dieu, quelle fanuîle!

L'ANGLAIS

Qui faisait des romans très-longs , aussi longs que lady Morgan, et qui les vendait aussi chers que IValicr Scott... Elle avait eu le malheur de voir à Argilii-Rooms les miladys savantes.

TRICOT

Ah ! les F&mmes savantes.

L'ANGLAIS, Yes... Et elle avait jeté au leu les dix premiers volumes d'un petite roman dont le libraire de London il offrait six mille giiinée5.. . et je devais payer les dettes à moi avec le roman de ma tante.

TRICOT

Je conçois alors qu'entre Molière et vous, c'est une guerre à mort.

L'ANGLAIS, Et ie arrivais Justement pour le anniversaire... car vous êtes bien sûr que ce était le Aiiniversaire... TRICOT.

Monsieur, on le dit... c'C'^t une de mes pratiquas , le carrilloiuieur de Saint-Eustache qui a fait cette découverte-là sur le» registre,* de la paroisse... L'ANGLAIS.

Il paraîtrait alors que le lieu de sa naissance...

TRICOT

Monsieur, on ne le connaît pas.

L'ANGLAIS

Ah !.. . et le jour précis ?

TRICOT

On n'en est pas sûr.

L'ANGLAIS

Mais... son tombeau.

TRICOT

Blonsieur , c'est fort incertain,

L'ANGLAIS

Ai» : Muscs des bois.

Convenez-en, vous ôtes économes Dans les honneurs que l'on doit aux talents; Si nous avons, moins que vous, de grands hommes, Sur leurs autels , nous brûlons [.lus d'encens. Rende!', au moins justirc à l'Angleterre, Votre Molicie , applaudi tant de fuis. Obtint chpz vous à peine un peu de terre : Garrick repose à coté de nos rois.

TRICOT

AIE : Vaudeville de la Partie carré*.

Il est trop vrai, par une aveugle rage , Ce grand homme fut outragé ; Mais des préjugé d'un autre âge, TJolre siècle l'a bien vengé.

L'homme obscur tout entier succombe; Mais Molière est encor debout :

Qu'importe enfin où se trouve sa tombe , Son génie est partout. ( i>it. )

Et je ne dois pas vous cacher, Monsieur, qitc le mo-

( 7 ) deste Gymnase se permet aussi de fêter aujourd'hui l'anniversaire de sa naissance.

L'A?fGLAlS.

Goddem ce Molière, qui avait persécuté moi....

qui avait poursuivi tous les ridicules.

TRICOT

Vous ne pouvez pas lui échapper.

( Le Théâtre change^ et représente l'intérieur d'un temple, au fond duquel on voit te truste de Molière, 'placé sur un piédestal. Tous (es acteurs du prolo^ gue sont groupés autour de lut , et s'apprêtent à it couronner. )

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