‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 188 sur 232 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FRONTIN, DEiNISE.

DENISE

Ah ! c'est bien heureux ! . . . .

Air : Del Senor Baroco,

iJepuis une heure entière, Je suis au rendez-Tou^.

J- viens toujours la première D'puis qu'il est mon époux.

Avant le conjungo ,

Oh!

Vous n'étiez pas comm' ça.

Ah!

Maiî changez au plutôt ,

Oh!

Ou sans ça l'on verra ,

Ah!

FRONTIN

Qu'est-ce que c'est ? ou verra ?

DENISE

Dame!.. Si vous crayezque c'est agréable d'arriver comme ra en catimini... Quand on est marié pour de vrai...

FRONT IN

Allons , embrasse-moi et faisons la paix.

DENISE

Non, monsieur.

Tu ne veux pas m'eiiibrasser ?

DENISE

Du tout... Je suis faclie'e contre vous! Tenez... je viens de chez le petit notaire bossu, qui est au bout du village, il m'a délivré... ce papier qui prouve comme quoi je suis votre femme...

FRONTIN

Ah! noire contrat... ( Le mettant dans sa poche ).

DENISE

Ah ra, n'allez pas le perdre au moins... ça serait à reeoinmeucer...

FRONTIN

C'est bon...

DENISE

Il dit aussi quei l'usage est de le faire signer à tous nos pareils et connaissances.

FRONTIN

Oui... excellent moyen... quand on veut qu'un mariage soit secret...

DENISE

Mais ce secret là cane peut pas tenir... Ma tante et moi nous avions d'abord promis de nous taire , parce que nous ne savions pas à quoi nous nous engagions... Mais v'ià tout à l'heure huit jours que ça dure... j'en tomberai malade... La langue me de'mange , et j'allons mettre tout le village dans la confidence.

FRONTIN

Je te le demande , de quoi te plains tu ? Je t'aime à la fureur...

Bel amour , ma foi , qui m'force à m'enuuyer d'un côté , tandis que monsieur s'amuse de l'autre... Knfin , depuis not' mariage, j' sommes tout juste comme la lune et le soleil ; je n' pouvons plus marcher de compagnie?... Arrangez-vous... je n'ai pas épousé un homme en place pour lieu... J'veux; loger au château, moi... et jouir comme vous disiez des... pérogatils de mon rang...

FRONTIN

y oyez-vous Tambition?..

DENISE

Aîr : Du lendemain.

Je n' veux plus d' ce m \ stère Qui m' tient toujours lom d'ici.

J' VOUS épousai pas j'espère, Pour me trouver sans mari !

Puis, ça fait rougir un' belle.

Lorsqu'elle o quelques vertus.

De s'entendre app'ler mamzelle , Quand ail' n' l'est plus.

FRONTIN

Ah ! voilà le grand mot lâché!.. Songe donc qu'il y va de notre fortune... Monsieur le comte Edouard, mon maître, qui , pour reconnaître certains services que je lui avais rendus, quand il était garçon, m'a fait douze cents livres de rentes, à la seule condition de rester à son service , et de ne jamais me marier...

DENISE - C'est drôle... Il déteste donc les femmes?

FRONTIN

Lui , pas du tout , il les adore ! C'est le mariage qu'il ne peut souffrir.

DENISE

Comment se fait-il donc que lui-même soit marié?

FRONTIN

Il l'a bien fallu.. Une femme charmante... 60,000 liv. de rentes. . .Ily a bien des honnêtes gens qui oublient leurs principes, à meilleur marché. Mais il prétend qu'un valet marié n'esl; ; plus bon à rien, qu'il devient négligent... paresseux...

DENISE

Ah ! ra , monsieur Frontin , il n'a pas tort... Il est siir quej depuis not' mariage.... vous êtes bien plus...

FRONTIV.

Enfin , vois ce qu'une seule indiscrétion peut nous enlever... J'ai la promesse d'être son intendant... et tu sens bien^ qu'alors...

DENISE

Oui..., oui... Mais combien qu'il vous faudra de teropsi pour faire fortune ?

FRONTIN

Comme j'ai de la probité , il me faudra bien dix-huit ou yingt... mois.

DENISE

Tant que ça \

FRONTIN

Je sais bien qu'il y a des iniendans qui font fortune en

moins d'un an , mais ce sont des fripons que l'on rae'prise ; il vaut mieux y meure le temps.

DEISI6E.

Et aurons-nous un carosse ?

FRONTIN

Sans doute.

DENISE

Moi d'abord , j' veux aller en carosse avant d' mourir,

FKO>TrN.

Eh bien !.. tu iras dès aujourd'hui.

DENISE

Vrai?

FROfîTIN.

Nous dînerons, ici au château, en lête-à-téte... et je te mène ensuite à la fête du hameau voisin dans la calèche de mon maître , que je vais commander sur le champ. IONISE , sautant de joie.

Dans la calèche. . . C'est-i-possible ! . . Queu plaisir !

FR(^NTIN.

Ah! bien oui , mais j'espère que tu feras un peu de toilette , pour donner le bras à un intendant.

DENISE

J" crois Bien. . . J' vas me requinquer ! . .

* FROKTIN.

Tiens , pour que tu ne sois plus obhgée d'attendre , prends la clef de celte porte... et surtout dépéclie toi.

( // lui donne une clef).

DENISE

^^ Air : Courons aux Prés St.-Gervais.

J' vas mettr' mes plus beaux habiti ; J' veux éclipser tout le villa^f.. .

Daus peu vous verrez qu' l'.ti pris Les airs de vo> dam's de P=ris.

Les jeun's fiU's du voisinage Au^f)ur d' moi vont s'empresser. . .

Ah ! j' voudrais dans n't équipcige Me voir passer!

FRONTIN

Oui , mets tes plus beaux habits; M^ij ne vas pas, îuivant Tufage, ENSEMBLE. / Prendre auprès de leurs maris , Les airs des dames île Paris.

DENISE

J' vas mettr' mes plu* beaux habits , etc.

( Denise sort par la petite yorte ).

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