SCENE XX
Les Mêmes, AMAURY, véiu en hermite, la téïe couverte d'un capuchon.
Air : Fleure du Tage. (Avec sourdine.)
RAYMOND
Dieu clu mystère, Proleclfur des amants,
Dieu de Cv'lbére , Prête-nous tes accents j Que la douce iumièie, La sûluise et Téclaire ,
fet que ta voix
La soumette à nos lois.
TOUS
Que ta douce lutiiïèi'e
La ,, .
T,, séduise , etc.
Me '
CONTADES , bas à Raymond.
Dites donc, est-ce qu'il va e'voquer les esprits?
RAYMOND
Ils sont déjà ici!
CONTADES , tremblant.
Ah I mon Dieu !
Il regarde autour de lui.
BAYMOND.
Mais invisibles à vos yeux, ils vous entourent.
CONTADES, plus ejfrayé.
Que diable ! on pre'vient au moins . . c'est que, voyez-vous , je n'ai jamais eu de rapport avec les esprits.
RAYMOND
Pour vous ucfcndre de leur approche, restez au milieu de ce cercle , et quelque chose que vous '-oyiez, gardez-vous d'en sortir, je ne répondrais pas de voire salut! Chut! le charme commence. // trace un cercle à un bout du théâtre , et y place Contades,
Jmaiiry en trace un autre à C autre bout du théâtre , et y
amène Aline.
ALINE , à part., suivant Amaury.
C'est singulier... ce vieillard me depiaît moins que les autresi.» sa voix ressemble...
CONTADES , à Raymond.
Nous sommes bien loin.
RAYMOND
C'est l'essentiel.
AMAURY, à Aline.
Choisi pour faire pe'ne'trer d<ins votre ame le plus doux des sentiments... je crains, charraaute Aline, dem'étre flatté d'une fausse espérance...
ALINE, avec curiosité.
Je vous e'coute avec attention.
L'Ermite. 5
RAYM'^ND , « Contades.
Elle l'ccoutc avec attention.
CONTADES
C'est dcji quelque chose pour uii commencement.
AMAVRV , h Aline.
Tout dans la nature nous parle d'amour ; Aline , pour connaître le vrai bonheur, il faut aimer , il faut choisir un doux ami.
ALINE, à demi voir.
Mais un doux ami , ce n'est pas IMoitsiigneur.
AMATTRY , è/ VOIX basse.
C'est celui qui mettrait lous s< s soins à vous plaire... sans cesse
occupe de votre bunhfur, ses volontés seraient les vôtres, sou
seul plaisir serait de vous voir , de vous entendre , de vous parler.
COMTADES, (jui a suisï quelques mots.
Pas mal , pas mal, c'est mon portrait (|u'il lui trace là.
AMAURY , plus vivement.
Aline, pourquoi rcMsitr au sentiment que vous inspirez... il est quelqu'un dans le monde qui ne s'occupe que de vous, qui \ous aime, vous adore....
ALINE
Quelqu'un qui s'occupe de moi?
AMAURY, de même.
T.m'ôf sous vos fcnèties... cette lettre tout-à-l'heure... rt'chff du rocher...
ALINE
Est -il possible !
CONTADES , à Raymond.
Que diantre distnt-il> I je n'* n-ends plus lien.
RA\MOND
Bon signe pour vous , ce* > a am c.
ALINE , émue.
Mais pour lui rendre sa triKhesse, il faudrait le connaître.
AMAURY
Aline, tcul le trahira , nn moi, un ref;ard. CONTADES , à Raymond.
Votre confrtre n'eu liuit pas... depuis le temps elle devrait m'aimer à la fciie.
RAYMOND , à Contades qui veut aller vers Aline. Piet.a donc garde, vous sortez du cercle, les espnls invisib.e* sont là...
I Air : Quoi! répond elle à l'ermile ?
AMAURY , à Aline.
Jamais cet amanl fiilèle De vous ne Si ra iropprès.
CONTADES
Il s'approche beaucoup d'elle,
RAYMO>D.
Bon, vous faites des progrès.
AMAIRY.
Il voudra , d?>iis sou ivresse, "\'ous ailirer sur son sein.
CONTADES
Mais dans ses bras :l !a presse.
RAYM'KD.
Voire affaiie est en bon train.
ALINE
Que nepent-il païaîire!
Je voudrais le connjilre.
AMAURY , tombant à ses pieds.
Le voici, C'est l'/n doux ami.
àoNTADEs , voulant s'élancer hors du cercle >
Le voici , (i<i) C'est Ion doux ami , C'est moi qui suis ton doux ami.
^ Raymond, Laissez-moi donc sortir d'ici.
TOUS
Oui , c'est lui , {àis.) C'est sou doux ami.
ALINE , émue.
ie,\e reconuais, oui.
Amaurj jette sa robe.
eoNTADES, hors du cercle.
Uu damoisei î
RAYMOND , se mettant devaiU lui.
Illusion rabalisliquc!..!. changemeut fantastitjue!... effet d'op= ^ue !..- g tic les c^piiis
CONTADES
H u'y a ni esprits, i)i eroiites, ni diables qui lieanenî...
Ah î de grâcCj r.e îroubkzpas l'instant le plus Lcureux de ma vie!... j'aime...
CONTADES
Tu m'aimerais ?
ALINE, vivement.
Vous? je TOUS chérirai cornme un pcri» , un protecteur; mais» c'est* à ce damoisci que je dcis îc Viouvcau senlimetit que j'éprouve, c'est lui seul que j'aiuie , et que j';iiiucrai toute uja vie.
Ta, ta ,ta, ta... Que! feu! quel transport! elle ue m'a jamais laut [ ar é. {A Eajinond.) Dépèchez-vous d'éltiudre cet auiour-là.
BAYMOND.
Je n'rù plus qu'un moyen de ia guérir : c'est de les marier.
CONTADES
Allez au di.ible ! le nmède est pire que le mal... mais je puni-s rai l'audacieux Ermite....
S'ai'ancant vers Amaury.
AMAURY, souriant.
Je suis pièt à vous répondre, .'-ire de Baurlouin, et le comta Amaury de Monlfort la défendra contre toute la terre.
CONTADES ,yi<r/ez/.r.
1x comte de Moutforl !.. ah ! félonie.
Air : Romance de Saint-Ai'eUt.
AMAUHY, ALINE, RAYMONEu
ji\j>ai!.ez voue colère,