‹ L'aventurier ou la barbe-bleueChapitre 6 sur 46 · AVERTISSEME'VT · texte numérisé non relu

AVERTISSEME'VT

Celte déclaration du père Griffon sembla donner à réfléchir au chevalier , il baissa d'abord la tète en silence , puis il reprit résolument :

— Je le sais , le Morne-au-Diable n'est éloigné que de quatre lieues d'ici ; il est situé dans le nord de l'île ; mon cœur me servira de boussole et me guidera vers la dame de mes pensées... avec l'assistance du soleil et de la lune.

Mais , malheureux insensé ! s'écria le père Griffon, il n'y a pas de chemin tracé dans les forêts où vous allez vous engager ; les arbres sont si touffus qu'ils vous cacheront la position du soleil , vous vous égarerez.

— J'irai tout droit devant moi, j'arriverai toujours bien quelque part , votre île n'est pas si grande , soit dit sans humilier la Martinique , mon père.

— Mais le sol de ces forêts est souvent impraticable ; elles sont infestées des serpents les plus dangereux ; je vous dis que c'est braver mille morts...

— Eh ! mon père, qui ne risque rien n'a rien ; s'il y a des serpents , eh bien , je mettrai des échasses comme les habitants de nos landes !

— Allez donc marcher avec des échasses au

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milieu des lianes , des ronces , des rochers , des arbres déracinés par le temps ; je vous dis que vous ne savez pas ce que sont nos forêts.

— Si l'on pensait toujours au péril , mon révérend , on ne ferait jamais rien de bon. Estce que vous pensez au mal de Siam quand vous soignez ceux de vos paroissiens qui en sont attaqués ?

— Mais mon but est pieux et noble à moi , mais je puis affronter la mort en faisant mon devoir,... tandis que vous l'affrontez , tandis que vous y courez certainement pour une vanité.

— Une vanité , mon révérend ? une commère qui a des écuelles remplies de diamants , des sacs pleins de perles fines , et peut-être encore cinq à six millions de biens ! Peste ! quelle vanité !

Il n'y avait pas à espérer de vaincre une pareille opiniâtreté , le bon curé ne l'essaya plus ; il conduisit son hôte dans la chambre qu'il lui destinait et passa une partie de la nuit à prier pour le chevalier , espérant que le Seigneur dissiperait l'aveuglement de ce malheureux.

Inébranlable dans sa résolution , Croustillac s'endormit jtrofondément. Une ardente curiosité était venue augmenter son entêtement na-

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lurel et sa confiance imperturbable dans sa destinée ; plus cette confiance avait été jusqu'alors trompée , plus le chevalier croyait que l'heure promise devait arriver pour lui.

Le lendemain matin , au point du jour , il s'éveilla et alla sur la pointe du pied jusqu'à la porte de la chambre du père Griffon.

Le curé dormait encore.

Le chevalier crut la partie gagnée ; pour échapper aux instances et aux reproches de son hôte , il voulut partir au moment môme.

Il ceignit sa formidable épée , arme assez incommode pour traverser des buissons ; il enfonça son feutre sur sa tète , prit une gaule à la main pour effaroucher les serpents , et le jarret ferme , le nez au vent , le cœur un peu palpitant , il quitta la demeure hospitalière du curé du Macouba et se dirigea vers le nord , en suivant pendant quelque temps la lisière d'un bois extrêmement touffu.

Il lui fallut bientôt quitter cette lisière qui , formant un angle vers l'orient , se prolongeai! indéfiniment dans cette direction.

Le chevalier , au moment de s'aventureidans l'intérieur de la forêt, hésita un instant; il se rappela les sages conseils du père Griffon, il songea aux dangers ({u'il allait courir ; mais

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évoquant aussitôt par la pensée les trésors de la Barbe-bleue , il fut ébloui des monceaux d'or , de perles , de rubis , de diamants qu'il crut voir étinceler et fourmiller à ses yeux ; il se figura l'habitante du Morne-au-Diable d'une beauté achevée. Entraîné par ce mirage , il entra résolument dans la forêt en soulevant un épais rideau de lianes qui retombaient du haut des arbres après s'y être enlacées.

Le chevalier n'oublia pas de battre les buissons avec sa gaule , en criant à haute voix : Dehors les serpents... dehors!

Excepté les cris du Gascon , on n'entendait aucun bruit.

Le soleil allait bien lût se lever ; l'air raffraichi par l'abondante rosée de la nuit et par la brise de mer , était imprégné des fortes odeurs aromatiques des fleurs tropicales.

La forêt était encore presque plongée dans les ténèbres au moment où le chevalier pénétra sous les voûtes impénétrables au jour...

Pendant quelques minutes , le profond silence qui régnait dans cette solitude imposante, ne fut troublé que par les coups de gaule que le chevalier donnait sur les buissons eu répétant: Dehors les serpents , dehors !...

Peu à peu les cris du Gascon, qui s'enfonçait

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de plus en plus dans l'intérieur de la forêt , devinrent moins distincts , puis ils s'éloignèrent . puis ils cessèrent tout à fait...

Le morne et profond silence qui régnait alors fut subitement interrompu par une espèce de hurlement sauvage qui n'avait rien d'humain.

Ce bruit et les premiers rayons du soleil semblèrent éveiller les habitants de ces grands bois ; ils y répondirent sur tous les tons , le tapage devint infernal ; les glapissements des singes , les miaulements des chats-tigres , les sifflements des serpents , les grognements des sangliers , les beuglements des taureaux éclatèrent de toutes paris avec un ensemble effrayant ; les échos de la forêt et des mornes se renvoyèrent ces airs discordants ; on eût dit une bande de démons répondant à l'appel d'un démon supérieur.

YllI

La caverne.

Pendant que le chevalier cherche la route du Morne-au-Diable à travers la forêt , nous conduirons le lecteur vers la partie la plus septentrionale de la côte de la Martinique.

La mer déferlait avec une majestueuse lenteur au pied de grands rochers presque à pic, (pii défendaient naturellement cette partie de l'île, et qui offraient une sorte de muraille perpendiculaire de deux cents pieds de haut; le continuel ressac des vagues y était si dange-

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leux, qu'une embarcation ne pouvait risciuer d'aborder en cet endroit sans être infailliblement brisée.

Le site dont nous parlons était d'une simplicité sauvage , grandiose ; une ceinture de rochers âpres, nus, d'un rouge fauve se dessinait sur un ciel d'un bleu de saphir ; leur base disparaissait au milieu d'un brouillard de neigeuse écume, toujours soulevée parle choc incessant d'énormes montagnes d'eau qui s'abattaient sur ces récifs en tonnant comme la foudre.

Le soleil dans toute sa force jetait une lumière éblouissante, torride , sur celte masse granitique ; il n'y avait pas le plus léger nuage au ciel. A l'horizon apparaissaient , à travers une vapeur brûlante, les terres élevées des autres Antilles,

A quelque distance de la côte, où brisaient les lames , la mer était d'un azur sombre , et calme comme un miroir.

Un objet, d'abord imperceptible, tant il offrait peu de surface au-dessus de l'eau, s'approchait rapidement de cette partie de l'île appelée la Cabesterre.

Peu à peu, du haut des rochers, on put distinguer un hidaou, pirogue longue, légère, étroite , dont l'arrière et l'avant sont également coupés

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en taille-mer ; cette embarcation non voilée s'avançait à force de rames.

A chaque banc on distinguait parfaitement un homme qui nageait vigoureusement ; quoique pendant l'espace de trois lieues la côte fût aussi inabordable qu'en cet endroit , l'on ne pouvait douter que le balaou se dirigeât pourtant vers ces rochers.

Le dessein de ceux qui s'approchaient ainsi semblait inexplicable. Bientôt la pirogue fut engagée au milieu des vagues énormes qui déferlaient sur les récifs. Sans la merveilleuse adresse du pilote , qui évitait les masses d'eau dont l'arrière de cette frêle barque était incessamment menacé, elle eût été bientôt submergée.

A deux portées de fusil des rochers, le balaou voulant mettre en travers profita d'une intermittence dans la succession des lames, appelé embellie, moment de calme qui revient périodiquement après que sept ou huit lames ont déferlé.

Deux hommes, qu'à leurs vêtements on reconnaissait facilement pour des marins européens, assurèrent leur toque sur leur tête, et se jetèrent hardiment à la nage, pendant que leurs compagnons, virant de bord à la fin de

yn L\ C\VER!VE.

l'ombcllic , regagnèrent le large et disparurent après avoir de nouveau bravé la fureur et l'élévation des vagues avec une adresse merveilleuse.

Pendant ce temps, les deux intrépides na geurs, tour à tour soulevés ou précipités au milieu de lames énormes qu'ils coupaient avec adresse, arrivaient rapidement au pied des rochers au milieu d'une nappe d'écume.

Ils paraissaient courir à une mort certaine, et devoir être brisés sur les récifs.

Il n'en fut rien.

Ces deux hommes connaissaient parfaitement la côte ; ils se dirigèrent vers un endroit où la violence des eaux avait creusé une immense grotte naturelle.

Les vagues, s'engouffrant sous cette voùlc avec un bruit horrible, retombaient ensuite en cataracte dans un bassin inférieur, large, creux et profond.

Après quelques sourdes ondulations, les lames s'apaisaient et formaient ainsi , au milieu des parois d'une caverne gigantesque, un petit lac souterrain, dont le trop-plein retournait à la mer par (juelque conduit caché.

Il fallait une grande témérité pour s'abandonner ainsi à l'impulsion des vagues furieuses

!,A t;AVER>'E.

qui vous précipitaient dans l'abîme ; mais cette submersion momentanée était plus effrayante que dangereuse; l'ouverture de la caverne était si vaste qu'on ne risquait pas de se briser contre les rochers, et la nappe d'eau vous jetait ensuite au milieu d'un étang paisible, entouré d'une grève de sable fin et battu.

Pour ainsi dire tamisée à travers la chute d'eau qui bouillonnait à l'entrée de cette voûte énorme , la lumière y arrivait faible , douce , bleuâtre comme celle de la lune.

Les deux nageurs haletants, étourdis et meur tris par le choc des vagues, sortirent du petit lac, et abordèrent sur sa grève, où ils se repo sèrent quelque temps.

Le plus grand de ces deux hommes, quoique vêtu du costume d'un simple marin , était le colonel Rutler, partisan exalté du nouveau roi d'Angleterre , Guillaume d'Orange , sous les ordres duquel il avait servi, alors que le beaupère de l'infortuné Jacques II était stathouder de Hollande.

Le colonel Rutler était grand et robuste ; sa figure avait une expression d'audace , presque de cruauté ; ses cheveux, dont quelques mèches roides et mouillées passaient à travers sa loque de marin, étaient d'un rouge ardent; d'épais-

SCS moustaches de même nuance cachaient presque une large bouclie surmontée d'un nez crochu comme le bec d'un oiseau de proie.

Rutler, homme fidèle et résolu , servait son maître avec un dévouement aveugle ; Guillaume d'Orange lui avait témoigné de sa confiance en le chargeant d'une mission aussi difficile que périlleuse, ainsi qu'on le verra plus tard.

Le marin qui accompagnait le colonel était petit mais vigoureux , et semblait aussi actif que déterminé.

Le colonel lui dit en Anglais, après un moment de silence :

— Es-tu bien sur au moins , John , qu'il y a un passage pour sortir d'ici ?

— Ce passage existe , colonel , soyez tranquille.

— Pourtant... je n'aperçois rien...

— Tout à l'heure, colonel, lorsque votre vue sera habituée à cette espèce de jour couleur de clair de lune , vous vous baisserez à plat ventre, et là, à droite , tout au bout d'un long conduit naturel, dans lequel on ne peut avancer qu'en rampant, vous distinguerez la lueur du jour qui y pénètre par une crevasse du roc.

— Si le chemin est sûr , il n'est pas commode.

— Si peu commode, colonel, que je défierais bien au raaster du brigantin le Roi des eaux, qui vous a amené à la Barbade , d'entrer avec son gros ventre dans le boyau qui nous reste à traverser. C'est tout au plus si j'ai pu autrefois m'y glisser, moi ; il est à peine large comme un tuyau de cheminée.

— Et il aboutit? *

— Au fond d'un précipice qui sert de défense au Morne-au-Diable, car de trois côtés ce précipice est à pic, et il est aussi impossible de le descendre que de le gravir... Quant à sua quatrième côté, il n'est pas tout à fait impraticable, et en s'aidant des aspérités du roc , on peut arriver par ce chemin jusqu'aux limites du parc de l'habitation de la Barbe-bleue.

— Je comprends, ce passage souterrain nous conduit au fond d'un abîme dominé par le Morne-au-Diable.

— Justement, colonel, c'est comme si nous étions au fond d'un fossé dont un des côtés intérieurs serait à pic et l'autre en talus... Quand je dis talus , c'est une manière de parler , car pour atteindre au sommet du rocher, il nous faudra rester plus d'une fois suspendus à quelque liane entre le ciel et le précipice. Mais, arrivés au faîte , nous nous trouverons à l'extré-

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mile du parc du Mornc-au-Diable ; une fois là, nous nous blolUi'ons dans quelque Irou en allendant le moment d'agir.

— Et le moment d'agir ne tardera pas. Allons, allons, pour connaître si bien les êtres, il faut qu'en effet tu aies servi la Barbe- bleue?

— Je vous l'ai dit, colonel.

— J'étais venu de la Côte-Ferme avec elle el son premier mari ; au bout de trois mois , ils m'ont renvoyé ; alors je suis parti pour Saint- Domingue, et je n'ai plus entendu parler d'eux.

— Et elle, la reconnaîtrais-tu bien ?

— De taille, de tournure , oui , mais pas de iigure, car nous sommes partis de la Côte-Ferme la nuit, et une fois débaniuée, on l'a transportée en litière jusqu'au Morne-auDiable ; quand, par hasard, elle sortait dehors pendant le jour, elle mettait son masque ; les uns disaient qu'elle était gentille connue un ange ; les autres (ju'elle était laide comme un monstre : je ne puis pas dire qui se trompe, car moi et mes camarades nous ne mettions jamais le pied dans l'intérieur de la maison, le service j)arliculier se faisait par des mulàtrcss(;s toujours muettes comme des poissons.

— Et lui ?

LA CAVERNE. iOl

— 11 était grand, mince, élancé, il avait trente-six ans environ, brun, des yeux et une moustache noirs, le nez aquilin.

— C'était lui, c'était bien lui, se disait le colonel à mesure que John faisait ce signalement. C'est ainsi ({u'on l'a toujours dépeint; et l'on ne sait pas comment il est mort?

— On a dit qu'il était mort en voyage ; ou n'en a pas su davantage.

— Et l'on n'a jamais eu de doutes sur sa mort?

— Ma foi non, colonel, puisque la Barbebleue s'est remariée deux fois depuis.

— Et ces deux maris , les as-tu vus?

- Non, colonel, caj* j'arrivais de Saint-Domingue lorsqu'il y a huit jours vous m'avez engagé pour cette expédition , sachant que je pouvais vous servir. Vous m'avez promis cin- (juante guinées si je vous introduisais dans l'ile, n)algré les croiseurs français qui , depuis la guerre, ne laissent aucun bâtiment anglais approcher des côtes.

— abordables... s'entend; aussi notre balaou n'a pas été gêné, car, gracie aux rochers à pudo la Cabesterre personne ne s'imagine (|u'on j)uisse s'introduire dans l'île de (;e côté, et on n y veille pas.

— Et puis ainsi personne ne peut soupçonner notre présence dans l'ile, et , selon ce que tu m'as dit, la Barbe-bleue a une espèce de police qui l'instruit de l'arrivée de tous les étrangers.

— Du moins, colonel, on disait dans le temps que les gens qui tiennent ses comptoirs à Saint- Pierre ou à Fort-Royal étaient aux aguets , et (|ue pas un étranger débarquant à la Martinique n'échappait à leur surveillance.

— Tout est donc pour le mieux ; tu auras tes cinquante guinées... Mais, encore une fois, tu es bien sur que le conduit souterrain...

— Soyez donc tranquille, colonel; j'y ai passé, vous dis-je, avec le nègre pêcheur de perles, qui m'a le premier conduit ici.

— Mais pour sortir du précipice, il t'a fallu traverser le parc du Morne-au-Diable ?

— Sans doute , colonel ; c'était curiosité de voir, par ce moyen, le parc dans lequel nous ne pouvions jamais entrer, qui m'avait fait accepter l'offre du pêcheur de perles ; étant de la maison, je savais la Barbe-bleue et son mari absents ; j'étais donc bien sur de pouvoir sortitpar le parc après être sorti du précipice ; c'est ce que nous avons fait, non pas sans risquer de nous rompre le cou mille fois ; mais que

voulez-vous , je mourais d'envie de voir ce jardin et cette maison, qui nous étaient défendus. Le fait est que c'était comme un vrai paradis. Ce qui a été très-amusant, c'est la surprise de la mulâtresse qui servait de portière ; quand elle nous a vus , moi et le noir , elle ne pouvait pas concevoir comment nous avions fait pour entrer. Nous lui avons dit que nous avions échappé à sa surveillance. Elle nous a crus, aussi nous a-t-elle mis à la porte le plus vite possible, et elle s'est tue pour n'être pas chassée par ses maîtres.

Après quelques moments de silence, le colonel dit brusquement à John :

— Ce n'est pas tout, maintenant il n'y a plus à reculer, je dois tout te dire.

— Quoi donc? colonel.

— Une fois introduits dans le Morne-au-Diable, nous aurons un homme à surprendre et à garrotter ; quoi qu'il fasse pour se défendre, il il ne faudra pas qu'il lui tombe un cheveu de la tète... à moins qu'il ne nous force absolument à défendre notre vie ; alors , ajouta le colonel avec un sourire sinistre, alors... à la guerre comme à la guerre. Dans tous les cas, il y aura encore deux cents guinées pour toi , que nous réussissions ou non.

104 L\ CAVERSE.

— Mille diables... vous attendez un peu lard pour me dire cela, colonel... Mais maintenant... le vin est tiré, il faut le boire...

— Allons, je ne me suis pas trompé, tu es un brave...

— Ah çà , mais cet homme que vous cherchez, est-il fort et courageux?

— Mais... dit lUitler après avoir réfléchi (pielques minutes, iigure-toi à peu près le premier mari de la veuve... un homme grand et mince.

- Diable... celui-là il était mince, c'est vrai, mais une baguette d'acier aussi est mince , ce ([ui ne l'empêche pas d'être furieusement forte. Voyez-vous, colonel, cet homme-là savaitmieux que personne comment on se sert du plomb et du fer, il était si vigoureux que je l'ai vu prendre un nègre insolent par la ceinture et le jeter à dix pas de lui comme il eût fait d'un enfant, quoique ce nègre fût plus grand et plus robuste que vous. Ainsi donc, colonel, si l'honnne que vous cherchez ressemble à celui-là , nous aurons du mal à le buter, comme on dit...

— Moins que tu ne le crois... je l'expliquerai ça...

— El puis, dit le (u)lonel, si par hasard le flibustier ou le boucanier qui, dit on, fréquentent

la veuve, sont aussi là... ça commencera à devenir gênant...

— Kcoute-moi : d'après ce que lu m'as dit, il y a au bout du parc un bois où l'on peut se cacher ?

— Oui, colonel.

— Excepté le boucanier, le flibustier ou le Caraïbe, personne n'entre donc dans la maison intérieure du 31orne-au-Diable?...

— Personne, colonel, excepté les mulâtresses de service...

— Etriiomme que je cherche, bien entendu ; j'ai mes raisons pour croire que nous l'y trouverons.

— Bien, colonel...

^- Alors, rien de plussimpie, nous nous enr Jjusquons au plus épais du bois, juscju'à ce que telui que je cherche vienne de notre côté.

— Ce qui ne peut man([uer d'arriver, colo nel , car le parc n'est pas grand , et quand on s'y promène, il faut forcément passer près d'un bassin de marbre non loin duquel nous serons cachés...

— Si notre homme ne se promène pas, une fois la nuit venue , conmie c'est l'usage daiis ce pays-ci , nous attendons qu'il soit couché , et nous le surprenons au lit...

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