G I.A. CAVERNE
— Cela serait plus sûr, colonel, à moins que votre homme n'appelle à son aide un des consolateurs delà Barbe-bleue...
— Sois donctranquille. . . pourvu qu'avec ton aide je puisse mettre la main sur lui, alors fùt-il entouré de cent personnes armées jusqu'aux dents, il est à moi. J'ai un moyen sur de le forcer à m'obéir... Ceci me regarde... Tout ce que je te demande, c'est de me conduire dans un endroit d'où je puisse sauter sur lui à l'improviste...
— C'est convenu, colonel...
— Alors, marchons donc... dit Rutleren se levant.
— A vos ordres, colonel, seulement au lieu démarchons... c'est rampons qu'il faut dire. Mais voyons donc, ajouta John en se baissant, si l'on aperçoit toujours la lumière du jour ? Oui, oui... la voilà, mais comme ça paraît loin... A propos, colonel, si depuis que je suis venu ici , le conduit avait été bouché par un éboulement?nous ferions, à l'heure qu'il est, une singulière figure , condamnés à rester ici et à mourir de faim... à moins de nous dévorer mutuellement. Inqiossible de sortir par le gouffre, vu qu'on ne peutpas remonter une chute d'eau commeune Iruife remonte une cascade...
LA CAVERSK. 107
— C'est vrai , dit Rutler, tu m'épouvantes ; heureusement il n'en est rien. Tu as toujours le sac?
— Oui, oui, colonel; les courroies sont solides et la peau de lamentin imperméable ; nous trouverons là dedans nos poignards, nos pistolets et notre cartouchière aussi secs que s'ils sortaient d'un râtelier d'armes.
— Allons... John, en route, passe le premier, dit le colonel, il nous faut le temps de faire sécher nos habits.
— Cela ne sera pas long, colonel... une fois au fond du précipice, nous serons comme dans un four; le soleil y donne en plein.
John, se mettant à plat ventre, commença de se glisser dans un passage si étroit, qu'il put à peine s'y introduire.
Les ténèbres y étaient profondes... au loin seulement on distinguait une pâle lueur.
Le colonel suivit John en se traînant sur un sol humide et fangeux.
Pendant quelque temps les deux Anglais s'avancèrent ainsi, rampant sur les genoux, sur les mains et sur le ventre , dans l'obscurité la plus complète.
— Tout à coup John s'arrêta brusquement, et s'écria d'une voix altérée par l'épouvante :
108 LA CWEUAE
— Colonel...
— Que veux-tu?...
— Ne sentez-vous pas une odeur forte oi puante?
— Oui, celte odeur est infecte.
— Ne bougez pas... c'est un serpent... fh-de-lance, nous sommes perdus.
— Un serpent ! s'écria le colonel avec effroi.
— Nous sommes morts... je n'ai pas avancé... l'odeur en devient plus forte, murmura John.
— Tais-toi... Écoute.
Dans une morlelle angoisse, les deux hommes retinrent leur respiration.
Tout à coup, à quelques pas d'eux, ils entendirent un hruit continu , précipité, comme si l'on eût battu le sable humide avec un fléau.
L'odeur fétide et subtile que répandent les gros serpents devint de plus en plus pénétrante...
— Le serpent est en fureur, il s'est lové; c'est de sa queue qu'il bat ainsi la terre, dit John d'une voix affaiblie. Colonel... recommandons notre âme à Dieu...
— Il faut crier pour l'effrayer, dit Rntlcr.
— Non, non, il se jettera tout de suite sur nous dit John.
Les deux hommes restèrent quelques moments dans une horrible attente.
Ils ne pouvaient ni se retourner ni changer de position ; leur poitrine touchait au sol, leur dos touchait au roc... ils n'osaient faire un mouvement de recul dans la crainte d'attirer le reptile à leur poursuite.
L'air, de plus en plus imprégné de l'odeur fétide du serpent, devenait suffocant.
— Ne trouves -tu pas une pierre sous ta main pour la lui jeter? dit tout bas le colonel.
A peine avait-il dit ces mots que John poussa des cris terribles en se débattant avec violence et en criant :
— A moi ! à moi ! Je suis mort...
Éperdu de terreur, Rutler voulut se redresser, mais il se frappa violemment le crâne aux parois de l'étroit passage.
Alors, rampant en arrière aussi rapidement qu'il le put à l'aide de ses genoux et de ses mains, il tâcha de fuir à reculons pendant que John, aux prises avec le serpent, poussait des hurlemements de douleur et d'épouvante.
Tout à coup ses cris devinrent sourds , inarticulés, gutturaux , comme si le marin eût été étouffé.
Eneffel, leserpenl furieux, après avoir, dans