SCÈNE VI
LES MEMES FABRICE
FABRICE
Grand bien vous fasse, ami! Le seigneur Mucarade?
ITORACE.
Mon oncle...
FABRICE
C'est votre oncle? Alors, mon camarade, N'es- tu pas le petit Horace?
HORACE
C'est mon nom.
Et toi, mon cher ami, comment t'appelle-t-on?
FABRICE
Tu ne me connais pas?
Non, le diable m'emporte.
FABRICE
Quoi! 4ix ans ont-ils pu me changer de la sorte? C'est de ma longue absence un reproche cruel Qu'il faille me nommer sur le seuil paternel! Je suis Fabrice.
CÉLIE
Dieu !
HORACE, lui tendanl la main.
Reçois la bien-venue !
Voici ta sœur.
FABRICE
Ma sœur?
CÉLIE, à Horace.
Qu'il n'a pas reconnue !
14 actk I.
FABRICE
Ah! c'est que dans mon cœur tu n'avais pas grandi Et je n'y rapportais qu'un enfant étourdi ! Comme te voilà grande et timide et jolie ! Mais as-tu peur de moi ? Dans mes bras, ma Célie !
CÉLIE, timidement après l'avoir embrassé.
Notre père est sorti.
FABRICE
Tiens, je n'y pensais plus ! 11 est sorti? tant mieux, c'est qu'il n'est pas perclus. Je le craignais bien vieux, bien vieux, mon pauvre père
HORACE
11 n'a jamais été plus gaillard au contraire ; II gagne un an de moins tous les jours.
FABRICE
Dieu merci !
Me voilà déchargé de mon plus grand souci î Je m'accusais déjà de sa décrépitude Comme d'un fruit amer de mon ingratitude. Aussi comme je vais lui demander pardon De mon libertinage et de mon abandon ! A-l-il toujours son air vénérable et sévère?
CÉLIE
11 rentrera bientôt; vous le verrez, mon frère.
FABRICE
Hé bien, en l'attendant, parle-moi, chère sœur, Car j'avais de ta voix oublié la douceur.
CELIE
Aussi, méchant, pourquoi faire une telle absence?
FABRICE
Longue absence, en effet ! ces lieux de mon enfance Doivent être étonnés du triste voyageur Qui les avait quittés si jeune et plein d'ardeur 1 Qu'ils ont de souvenirs pour moi ! tiens cette glace!
(Il s'en approche; après on silence : )